Crédit Mutuel pose ses conditions financières au divorce d'Arkéa

 |   |  839  mots
Le groupe Crédit Mutuel est aujourd'hui découpé en six groupes régionaux, dont Arkéa en rouge.
Le groupe Crédit Mutuel est aujourd'hui découpé en six groupes régionaux, dont Arkéa en rouge. (Crédits : DR)
L'organe central de la banque mutualiste a mandaté Lazard pour évaluer les rétrocessions et indemnisations qu'il compte réclamer au groupe breton en cas de séparation.

Est-ce un pas dans la voie de la séparation entre le Crédit Mutuel et son affilié breton Arkéa ? Pour la première fois, ce mardi 19 juin, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l'organe central du groupe mutualiste, évoque de façon concrète la possibilité d'une sortie du Crédit Mutuel Arkéa, que réclame ce dernier. Quand le divorce ne prend pas la voie du consentement mutuel, le conjoint qui ne souhaite pas la séparation demande sa part des biens du couple et une prestation compensatoire. Et la CNCM fait exactement cela : elle pose ses conditions financières à une sortie, sur le mode : "vous voulez vraiment partir ? voilà ce qu'il vous en coûtera !" Et la note du divorce s'annonce salée.

La CNCM annonce ce mardi dans un communiqué qu'elle a mandaté la banque Lazard pour évaluer "toutes les conséquences financières (rétrocession et indemnisation) d'une éventuelle désaffiliation".

"Sur la base des 3,5 milliards [d'euros] de réserves accumulées au sein du Crédit Mutuel Arkéa et de ses caisses locales, la rétrocession au groupe Crédit Mutuel du bénéfice de mutualisation créé par la collectivité des clients et sociétaires" réclame la Confédération.

Elle veut sa part des bénéfices mis en réserve par Arkéa arguant qu'ils ont été générés grâce au régime de la mutualisation (la marque, la note de crédit consolidée du groupe pour emprunter, etc). Une estimation qui s'annonce ardue mais que la Confédération attend dans quelques jours. L'organe central estime que les sociétaires des caisses d'Arkéa qui souhaiteraient rester au sein du Crédit Mutuel seraient "spoliés" si cette part des réserves n'était pas rétrocédée au groupe.

"Indemnisation des dommages"

Ensuite, la Confédération nationale, qui a adopté cette délibération lors de la réunion de son conseil d'administration ce mardi, en présence du représentant d'Arkéa, exige :

"l'indemnisation du Crédit Mutuel pour les dommages créés, en particulier la nécessité de redéployer son réseau dans le Sud-Ouest et en Bretagne, rendue nécessaire par l'obligation de continuité territoriale, propre à sa mission de service public et à sa volonté de financement et d'animation au plus près des territoires."

L'organe central du groupe mutualiste se fonde sur une décision du tribunal administratif de Paris en septembre 2016, soulignant que le groupe doit veiller au maintien d'un "réseau équilibré sur tout le territoire" pour traduire le "principe de territorialité" (chaque groupe a son périmètre et ne doit pas empiéter sur les plates-bandes du voisin), établi par la loi, en une notion de "continuité territoriale." La CNCM avait jusqu'ici présenté l'installation de caisses du Crédit Mutuel en Bretagne et dans le Sud-Ouest comme une menace de concurrence à Arkéa, et non comme une obligation. Le montant réclamé dépendra du nombre de caisses choisissant la rupture et celles restant au sein du Crédit Mutuel : la Confédération espère bien que la perspective de ce coûteux divorce découragera les présidents de caisses locales.

Entre mars et avril, plus de 300 caisses du groupe breton Crédit Mutuel Arkéa ont voté à 94% en faveur du projet d'indépendance et de construction d'un groupe distinct du Crédit Mutuel en abandonnant la marque.

logo Arkéa credit mutuel

[Le logo officiel du Crédit Mutuel à gauche, celui d'Arkéa à droite]

Abandon de la marque et du logo

D'ailleurs, la Confédération pose dans les autres conditions cet abandon de la marque (déjà prévu par Arkéa) mais aussi du logo actuellement utilisé par le groupe breton, une version revisitée des trois ronds blancs sur fond rouge du Crédit Mutuel en une sorte de triskell. La CNCM avait même attaqué son affilié pour contrefaçon. Elle demande désormais "le développement d'une marque et d'un logo ne créant ni confusion, ni parasitisme."

Arkéa n'a pas commenté les prétentions financières de la Confédération dans son communiqué en réaction :

"Le groupe Arkéa prend acte de ce que la Confédération nationale du Crédit Mutuel envisage désormais la mise en oeuvre de l'indépendance d'Arkéa. En revanche, le groupe Arkéa rappelle que la CNCM ne dispose pas des prérogatives pour fixer unilatéralement les conditions de cette sortie" réplique-t-il.

Le groupe assure poursuivre les travaux engagés avec les autorités bancaires en vue d'aboutir à un schéma de sortie. Cependant, la reprise du dialogue, demandée par les pouvoirs publics, n'a toujours pas eu lieu. L'organe central a posé comme préalable le retrait de tous les contentieux, notamment les poursuites au pénal engagées contre Nicolas Théry, le directeur général de la CNCM Pascal Durand, et six autres dirigeants.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/06/2018 à 10:07 :
Tiens, c'est déjà moins catégorique. Les convictions sont solubles dans l'argent, surtout dans la banque.
a écrit le 20/06/2018 à 13:46 :
Effectivement les cartes bancaires ne sont gratuites chez Fortuneo que si vous utilisez la dite carte au moins une fois par mois. Je suis également client chez Fortuneo et j'avoue que je me sers bien plus d'une fois par mois de la carte pour les paiements et retraits. D'ailleurs, pourquoi demander une carte si l'on ne s'en sert pas.
Fortuneo est très clairement une des deux meilleures banque en ligne (avec Boursorama).
Les autres sont trop chères (ex : Monabanq ou Hello Bank par exemple pour les frais)... ou peut efficaces (la gestion des dossiers de crédits chez Ing Direct est catastrophique)...
Fortuneo offre par ailleurs de meilleurs rendements en Assurance-vie et livrets d'épargne que Boursorama, Ing Direct, Hello Bank...
Je suis client de Fortuneo (et donc du Crédit Mutuel Arkea) et pour longtemps.
J'ai déjà testé Hello Bank et Ing Direct : deux grosses déceptions. Seule Boursorama tient la comparaison mais avec des rendements inférieurs pour les placements.
a écrit le 20/06/2018 à 11:54 :
Ça fait 25ans que je suis à credit mutuel dans le Nord , cela va changer pour nous. Faut-il craindre pour nos comptes bancaires?.
a écrit le 20/06/2018 à 10:49 :
Pour ma part j'avais un compte chez Fortunéo banque en ligne d'Arkéa
Ils ont modifié les conditions de gratuite de la CB , ce qui ne me convenait pas et quand j'ai vu la pagaille actuelle je me suis empressé de clôturer ce compte

D'ailleurs comparée à Hello Bank ING et Boursorama Banque la banque en ligne Fortunéo ne tient pas la comparaison.

Arkea veut son indépendance et bien qu'elle assume et se débrouille .., bon courage à ceux qui vont y conserver un compte.
a écrit le 20/06/2018 à 9:09 :
Je recherchais une banque, souhaitant licencier la mienne et aurais pu me tourner vers le Crédit Mutuel Banque Sociétaire s'il en est d'après la pub.
Et en fouillant un peu, je m'aperçois que cette banque est apparentée au CIC et n'est donc entièrement indépendante que sur les écrans !
Je ne sais plus vers quelle banque me tourner !
De plus avec des plaintes au pénal de son représentant principal, même retirées...
Quel panier de crabes que la finance ; je me demande si je ne vais pas acheter un matelas plus grand puisque de toute façon c'est toujours la grande finance qui est gagnante !!!
a écrit le 20/06/2018 à 0:04 :
Si je comprends bien la CNCM présidée par le président du Crédit Mutuel Centre Est Europe, président du CM11 et président de la banque privée CIC (son bureau préféré), nous répète depuis des mois que le Crédit Mutuel Arkea n'est pas assez solide financièrement...
Mais l'argent mis de côté par les sociétaires du Crédit Mutuel Arkea doit lui revenir à hauteur de plusieurs milliards d'euros (parce que M. Théry a participé personnellement aux choix de développement du Crédit Mutuel Arkea peut-être? )

Cela lui permettrait de :
- payer ses amis de la banque privée qu'il vient de mandater
- détériorer les ratios de solvabilité d'Arkea et améliorer ceux du CM11-CIC (qui sont nettement moins bons depuis plusieurs années que ceux d'Arkea... Ça ferait mauvais genre qu'Arkea ait de meilleurs ratios de solvabilité quand même)
- accélérer l'ouverture de nouvelles agences CIC en face des agences d'Arkea (processus déjà en cours et qui pousse Arkea à l'indépendance).

En fait ce monsieur veut le beurre, l'argent du beurre et ne va pas tarder à demander la crémière ? Peut-être les bons investissements d'Arkea dans la fintech...
Allez les bretons et autres sociétaires du CMSO et du CMMC... ouvrez le porte monnaie que Monsieur Théry se serve et surtout on dit "merci Monsieur".

Le CM11-CIC va-t-il rembourser l'argent qu'Arkea lui a apporté pour sauver le CIC de ses mauvais investissements aux États-Unis ? Et l'argent perdu par le CM11-CIC dans les subprimes ?

Crédit Mutuel, la banque qui appartient au grand capital !

P.S. Merci à Arkea de retirer ses plaintes au pénal contre M. Théry... voyons c'est la moindre des choses.
Réponse de le 22/06/2018 à 11:09 :
Pour émettre ce genre de commentaire, j'imagine que vous n'avez pas tout lu ou, plus probablement, que vous appartenez au cercle de personnages qui convoitent l'actif des caisses locales de Crédit Mutuel et qui s'applique à formater l'opinion publique avec, sans cesse, les mêmes leurres de communication.
Cette brillante communication (expérimentée par le malheureux Fillon avec la même grande prêtresse) se partage entre déni et intox : elle ne saurait masquer la multiplicité des déboires de Crédit Mutuel Arkéa devant les tribunaux, l'absence de projet juridiquement recevable par les autorités bancaires, la démutualisation rampante développée ces dix dernières années, le mépris pour le mutualisme et le manque de respect pour les sociétaires symbolisé par la société privée Arkéa SCD (société des cadres dirigeants), véritable outil de siphonnage au profit de quelques privilégiés, et j'en passe.
Se gargariser des investissements de CMA dans les Fintech, ça évite de dire que les autres le font aussi mais qu'ils ne négligent pas pour autant les énormes investissements requis par la nécessité de rester en pointe sur le système d'information : la pilule administrée à CM-Akéa par CM-11sur le dossier "Armoney", devrait conduire à en analyser les causes plutôt qu'à clamer sottement (comm' oblige) "nous sommes les plus forts, nous sommes les plus beaux" en faisant des moulinets.
Le respect dû aux sociétaires mérite un peu plus de sérieux.
a écrit le 19/06/2018 à 22:00 :
Admettons qu’il y a un groupe , qui se divise en deux ,
ceux qui partent : ( c’est logique,du bon sens)
c’est normal qu’ils redémarrent le «  tout » à zéro , sans marque et sans prendre le nom credit mutuel et sans avantage quelconque puisque c’est «  eux » qui partent.
Réponse de le 20/06/2018 à 7:22 :
À bon ! Votre vision de la normalité dans les affaires est surprenante ! Si vous ne pouvez le comprendre en dehors de la notion de création de richesse et de chaîne de valeur, vous pouvez faire un raccourci en faisant une similitude avec un divorce ! Aucun des deux ne repart avec zéro ! Bonne journée
Réponse de le 20/06/2018 à 8:50 :
😃
ce n’est pas un divorce, le mariage est établit sur les sentiments et non sur l’aspect financier.
bien que 90% des couples c’est le deuxième point : mais ça c’est d’un autre domaine et un autre débat.

il faut «  regarder l’historicité » d’un groupe , qui l’a créé et ou ?

Après ceux qui veulent partir c’est «  leur droit » mais sans détruire ceux qui «  ont leur raison d’être » depuis l’origine.

Il est évident que choisir de partir d’un groupe qui «  fonctionne très bien » pour créer une indépendance a «  un prix »( un peu comme couper l’herbe sous le pied)

le prix d’être fort pour se construire avec «  sa propre force » et sans utiliser les «  autres »

ceci est un «  choix »

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :