Face aux Gafa, l'Europe lance le virement en moins de 10 secondes

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Le paiement instantané peut se faire entre particuliers (entre amis, membres de sa famille, transactions individuelles, etc), entre entreprises (BtoB), pour payer un artisan ou un commerçant, voire une administration, un service public. Il est immédiat et irrévocable.
Le paiement instantané peut se faire entre particuliers (entre amis, membres de sa famille, transactions individuelles, etc), entre entreprises (BtoB), pour payer un artisan ou un commerçant, voire une administration, un service public. Il est immédiat et irrévocable. (Crédits : BCE)
La Banque centrale européenne a inauguré vendredi 30 novembre son service de règlements de paiement instantané paneuropéen baptisé TIPS. Seules huit banques, dont Natixis (BPCE), sont connectées à ce jour, mais les autres françaises ne devraient pas tarder. L'objectif est d'éliminer les délais de paiement entre particuliers et entre professionnels

« Les paiements électroniques ne seront plus bloqués à l'âge de pierre » résume la Banque centrale européenne (BCE) dans une courte vidéo qui explique le paiement instantané ou "Instant Payment" en anglais. L'institution européenne a inauguré ce vendredi 30 novembre son service de règlements de paiement instantané paneuropéen baptisé TIPS, désormais totalement opérationnel, qui utilise « la monnaie de banque centrale pour régler les paiements individuellement en moins de 10 secondes. »

La toute première transaction a eu lieu ce vendredi entre un client de la banque espagnole CaixaBank et un client de la banque française Natixis (groupe Banque Populaire Caisse d'Epargne, BPCE), qui avait lancé le paiement instantané en France cet été. Ces deux établissements font partie des huit banques seulement connectées au lancement : d'autres espagnoles dont le mastodonte BBVA et de plus petites, Abanca Corporacion Bancaria, Banco de Crédito Social Cooperativo et Caja Laboral Popular Cooperativa de Crédito, ainsi que deux allemandes, Berlin Hyp (spécialiste de l'immobilier) et TeamBank (filiale de crédit conso de DZ Bank), constituent le groupe de pionnières.

Seules des banques peuvent se connecter à ce système, qui s'appuie sur l'infrastructure de règlement en temps réel de la BCE (appelée Target2), déjà utilisée par les banques centrales et commerciales pour les paiements de montants élevés : ni PayPal, ni le français Lydia, ou encore Amazon Pay, Apple Pay ou Google Pay, ou bien les chinois Alipay et WechatPay, ne pourront se connecter directement au système. Ces acteurs devront passer par une des 1.700 banques de la zone euro ayant accès à Target2.

La BCE n'a d'ailleurs pas caché la dimension de souveraineté et de compétitivité de l'Union européenne derrière ce service.

« Nous devons, en Europe, changer notre façon d'envisager le rôle des paiements et les considérer non plus sur un plan purement opérationnel mais davantage stratégique » a fait valoir Yves Mersch, un des membres du directoire de la BCE, dans un discours prononcé lors de la cérémonie de lancement. « Pour être en mesure d'affronter la concurrence des fournisseurs internationaux de solutions de paiement de détail innovantes, il est urgent que les prestataires européens mettent à niveau leurs systèmes internes. »

Et le banquier central d'ajouter que « les prestataires européens de services de paiement doivent exploiter les possibilités offertes par l'infrastructure de marché européenne de pointe au lieu de laisser le champ libre aux acteurs internationaux. Cela n'a rien à voir avec le protectionnisme. Nous restons au contraire ouverts vis-à-vis de ces acteurs tant qu'ils satisfont aux exigences réglementaires. Nous devons cependant apporter des réponses au manque de grands acteurs européens sur le marché des paiements. »

Les banques françaises tièdes mais bientôt connectées

Les autres banques françaises seront connectées sous peu, en passant par la plateforme de compensation des paiements de détail de l'Hexagone, celle de la société Stet (contrôlée par les six principales banques françaises), mise à jour pour le temps réel. C'est pourquoi la BCE a fait valoir dans son communiqué que :

« Les banques dans toute l'Europe peuvent à présent suivre l'exemple de la France, de l'Allemagne et de l'Espagne, qui se sont déjà connectées à TIPS, en se reliant à la plateforme et en développant des solutions conviviales qui favorisent l'adoption des paiements instantanés en attirant à la fois les commerçants et les consommateurs. »

Les banques ne sont pas obligées de fournir ce service mais elles y sont fortement encouragées par la BCE. Elles renâclent en réalité, comme le montre le faible nombre de banques connectées au lancement, assurant qu'il y a peu de cas d'usages, hormis le virement entre particuliers. Certaines banques, notamment françaises, font payer des frais, assez élevés (12 à 14 euros) pour les virements appelés "valeur jour", sans le traditionnel délai d'un jour ouvrable. Ce qui pourrait expliquer qu'elles ne se précipitent pas sur cette nouveauté.

En revanche, les banques françaises se sont mises à concurrencer Lydia et Paypal en proposant le transfert d'argent de personne à personne par mobile à partir de la solution qu'elles ont développé, Paylib, au départ pour le paiement en ligne. Cette solution est uniquement nationale et non paneuropéenne comme le permet TIPS.

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[Qu'est-ce que le système de règlement de paiements instantanés TIPS ? Crédits : BCE]

Immédiat et irrévocable

La Banque centrale européenne ne fournit que l'infrastructure et elle va facturer ce service aux banques, « à un prix attractif » soit « 0,002 euro [par transaction] pour les deux premières années d'activité », les 10 premiers millions de paiements réglés sur chaque compte TIPS avant fin 2019 étant gratuits. Libre ensuite aux banques de facturer ou non ce service. BPCE envisage de faire payer ce service, en arguant qu'il coûte un euro en Espagne.

Le paiement instantané peut se faire entre particuliers (entre amis, membres de sa famille, transactions individuelles, etc), entre entreprises (BtoB), pour payer un artisan ou un commerçant, voire une administration, un service public. Selon les solutions développées par les banques, ou en partenariat avec des Fintech, il sera possible d'envoyer de l'argent vers un simple numéro de téléphone ou une adresse email qui serviraient d'équivalent de l'Iban (comme c'est le cas déjà dans certaines applications).

Lire aussi : Le numéro de mobile remplacera l'Iban bancaire en Europe en 2018

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paiement instantané schéma BCE

[Comment fonctionne le paiement instantané. Crédits : BCE]

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Le service est utilisable 24h/24, 365 jours par an, ce qui permet de dépanner en urgence et de s'affranchir des dates de valeur, sachant que virement SEPA prend généralement un jour ouvrable. Un plafond de 15.000 euros a été décidé au niveau européen. Le paiement est immédiat et irrévocable : le consommateur préférera pour certains achats utiliser sa carte bancaire, présentant des avantages en termes d'assurances et de délais de paiement, plutôt que ce virement en temps réel, sauf s'il obtient un avantage en échange (points de fidélité, livraison gratuite, etc). En revanche, pour le commerçant, la garantie d'être payé immédiatement et sans payer de frais de carte (commissions interbancaires de paiement) présente de vrais avantages. Le paiement instantané pourra surtout remplacer le cash pour de petits montants et le chèque, en particulier entre clients et fournisseurs (20% des chèques en circulation en France servent à des paiements entre entreprises).

Dans un premier temps, seuls les paiements en euros seront traités, mais le système a vocation à être étendu à d'autres devises européennes.

A terme, la BCE envisage une dizaine de millions de transactions par jour de ce type.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2018 à 4:25 :
Ca fait longtemps que ca existe en Coree, Japon et Chine.
a écrit le 03/12/2018 à 12:35 :
Cela vient-il en concurrence de swift? Si c’est le cas, c’est bien!
a écrit le 02/12/2018 à 19:12 :
C’est bien mais il faudrait mettre un cadre juridique.
L’artisan en question devrait obligatoirement délivrer son «  assurance » avant payement car en cas de litige ( mal façon , service non fait mais avec une facturation immédiate : comment fait le particulier pour défendre ses intérêt ?)
Le plafond est trop important et sans cadre juridique : ça va être la «  catastrophique «  ça va impacter directement le particulier.
Augmenter les fonds des artisans et surtout arranger le prélèvement à la source...
a écrit le 02/12/2018 à 10:04 :
Toujours égale à elle même et fière de son idéologie destructrice fin acière. Avec ça on est bien tiens...

Vite un frexit.
Réponse de le 03/12/2018 à 12:57 :
C'est quoi le rapport entre "idéologie destructrice" et la mise en place d'un service pour ne pas dépendre des GAFA ?

Sur ce coup là, c'est même plutôt l'inverse : la BCE prend la mesure d'une menace et met en place un système pour ne pas dépendre des GAFA.

En cas de Frexit, on aura le choix entre :
- soit dépendre des GAFA
- soit demander à intégrer le système de la BCE pour en être indépendant
- soit ... ben, rien... les nouvelles générations ne resteront pas aux années 2010 jusqu'en 2050.

Sur ce coup là, on a plutôt un exemple d'effet positif. A condition que le système fonctionne et se généralise.

Et si on aborde "oui, mais ensuite les banque vont faire payer des commissions", ce sera pareil pour les GAFA, sans doute en pire.
Réponse de le 03/12/2018 à 14:39 :
POurquoi je peux pas faire supprimer ces trollages svp ? Ou même y répondre...
a écrit le 02/12/2018 à 0:03 :
Au Royaume Uni cela existe depuis plusieurs années et fonctionne de manière instantané. Que se soit dans la même banque ou pas le tout gratuitement.

Je ne connaissait pas les détails technique, mais je n'ai jamais compris pourquoi cela prenait autant de temps en France et dans la zone euro de manière général.

Si quelqu'un à une explication je suis preneur.
a écrit le 01/12/2018 à 21:08 :
Est-ce que quelqu'un sait si ça s'approche de ce que font les Fintech Ayden par ex. ?
Si c'est le cas, cette initiative publique risque de causer quelques dégâts dans le secteur non ?
a écrit le 01/12/2018 à 19:05 :
Ce service se rapproche bizarrement des services proposés par Ripple, y a-t-il un lien ? Ou la BCE a crée son propre réseau et sa propre blockchain ? ou ca n'a rien à voir ?

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