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Entreprises & FinanceBanques / Finance

« Il faut un new deal du financement des PME »

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 11 juin 2018 à 04:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:52

Olivier Millet, Amélie de Montchalin, composite,

Olivier Millet, Amélie de Montchalin, composite, Peter Allan/Eurazeo et A.Lamielle (CC BY-SA 4.0)

Peter Allan/Eurazeo et A.Lamielle (CC)

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La députée de l'Essonne Amélie de Montchalin, cheffe de file La République en Marche de la commission des finances, milite pour une mobilisation de tous les acteurs de la chaîne de financement au service de la croissance des PME. En particulier des sociétés de capital-investissement, regroupées au sein de France Invest. Interview croisée avec le président de cette association professionnelle, Olivier Millet, président d'Eurazeo PME.

LA TRIBUNE - En vous adressant aux acteurs du non-coté, vous avez parlé d'un « new deal » de l'investissement. De quoi s'agit-il ? 

AMÉLIE DE MONTCHALIN - J'ai employé le mot « deal » car il s'agit bien de trouver une forme d'accord ou plutôt un nouveau point d'équilibre afin de relancer la dynamique d'investissement et de financement avec un cap clair. Le « deal » consiste à dire au secteur du private equity : nous avons aplani beaucoup de choses, nous vous aidons à travailler avec un nouveau cadre favorable, notamment la réforme fiscale, en échange nous avons besoin que vous vous mobilisiez pour créer de l'emploi et répondre aux attentes sociétales collectives de notre époque, l'innovation et la transition climatique. La loi Pacte n'est que l'opportunité de faire autrement. C'est aux acteurs financiers de changer la relation avec les épargnants, avec les entrepreneurs et entre eux, et de prouver qu'ils sont aussi des acteurs engagés.



Qu'attendez-vous de ce « new deal » et de la loi Pacte ?

OLIVIER MILLET - Il faut différencier le cadre général, que l'on attendait, même s'il reste des marges de progrès - c'est-à-dire la fin de l'ISF, la « flat-tax », la loi travail - de ce qui ressort du toilettage, qui va nous donner l'occasion de nous revoir sur certains sujets, par exemple, la possibilité d'accroître la contribution de l'assurance-vie en unités de compte au financement du capital-investissement. Amélie de Montchalin porte un message fort, appelant à une nouvelle relation, une nouvelle intelligence entre investissement public et privé. L'amorce de ce mouvement remonte à la création de Bpifrance, qui joue un rôle utile dans la transformation des entreprises non cotées, en alliance avec les capitaux privés, dont les ressources ont considérablement augmenté ces dernières années et ont été investies dans les startups et les PME. Notre secteur, qui regroupe les investisseurs dans le non-coté, a déjà engagé de lui-même sa transformation depuis dix ans en travaillant sur les sujets extra-financiers, environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Nous avons aujourd'hui un point de rencontre.

AM - La question est désormais de passer à l'action. Nous avons posé le cadre, nous avons la vision, maintenant travaillons ensemble pour que nos entreprises trouvent des fonds propres pour financer leurs investissements de transformation.

Le private-equity doit-il davantage participer au financement des PME et comment ?

OM - Les canaux sont là, le capital-investissement est déjà en action depuis plus de 30 ans et a levé, au seul titre de l'année 2017, quelque 16,5 milliards d'euros qui vont être investis au cours des 5 prochaines années dans les entreprises. Pour les investisseurs nous produisons un rendement qui dépasse largement la rentabilité moyenne de l'épargne. Il nous faut continuer à expliquer le sens de notre activité et son impact positif sur l'économie et sur l'emploi.

AM - La France manque cruellement de grosses PME qui exportent, qui se numérisent, qui renouvellent leur appareil productif, ce qu'elles ne peuvent financer par du prêt bancaire à trois ans. L'outil des fonds propres, le capital-investissement sont essentiels.

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Comment embarquer les épargnants ?

AM - Il faut surtout s'occuper de la « tuyauterie » entre l'épargnant et l'entreprise. C'est pourquoi notre action, depuis le Grand rendez-vous de l'investissement productif le 22 janvier dernier, a été concentrée sur la révolution de la relation et la mobilisation de tous les maillons de la chaîne d'investissement pour qu'ils travaillent mieux ensemble : comment faire en sorte que les fonds des membres de France Invest se retrouvent dans les assurances vie, qu'ils soient distribués par les conseillers financiers, que les banques pensent aux sites de crowdfunding [financement participatif, ndlr], que les business angels se fassent connaître des fonds, etc. Dès cet été, une brochure conçue par la Fédération bancaire française (FBF) sera distribuée dans les agences pour expliquer comment soutenir nos PME, les produits structurés qui existent, y compris le private equity. Ce sont des choses assez prosaïques. L'objectif est que les personnes qui paient moins d'impôts avec la fin de l'ISF réinvestissent cet argent dans les entreprises françaises. Il faut pour cela leur expliquer les alternatives.

OM - C'est un changement de discours important. Ce sont tous les acteurs, chacun dans leur domaine, qui apportent des solutions au financement aux entreprises, que ce soit les banques, les professionnels du capital-investissement, les assureurs vie ou le crowdfunding. C'est cette vision d'ouverture, que je vais défendre au conseil exécutif du Medef. Nous devons évoluer vers une culture où un entrepreneur va se dire "je vais commencer par un business angel, puis je vais faire du crowdfunding, j'irai voir un fonds régional, puis un fonds national, européen, et ensuite, la Bourse".

AM - Il faut penser en termes de chaîne de financement, de complémentarité des acteurs qui doivent se passer le relais et les mandats pour accompagner le développement des entreprises, « de l'éclosion à l'envol », comme dit Mounir Mahjoubi, et à la migration, à l'export. Prenons l'exemple de la plateforme Medef Accélérateur d'investissement, c'est une révolution en soi qu'une association patronale propose à ses membres de jouer les intermédiaires avec des financements autres que bancaires, des fonds et des crowdfunders.

Avez-vous envisagé de créer un produit, un livret qui finance spécifiquement les PME ?

AM - Pour parvenir à un mouvement de réallocation de l'ordre de 10 milliards d'euros de l'épargne des Français dans les fonds propres des entreprises, il nous faut une révolution culturelle, pas une révolution de produit. Inutile de faire table rase du passé. Nous pensons qu'il vaut mieux toiletter le PEA PME, partir de l'existant et d'une marque connue, plutôt que réinventer un nouveau produit, qui demanderait beaucoup de temps de formation et d'appropriation. Nous allons regarder pourquoi l'encours du PEA PME est si faible [1,17 milliard d'euros, contre 92 milliards pour le Plan d'épargne en actions], travailler sur les critères d'éligibilité (en ouvrant aux titres participatifs émis dans le cadre du crowdfunding, aux mini-bons) et lui donner plus de visibilité. C'est une urgence. Bruno Le Maire l'avait annoncé le 28 mars : dans la future loi Pacte, nous allons simplifier le PEA PME.

Etiez-vous favorable à la création d'un livret PME ?

OM - Nous pensons que cet outil n'est pas nécessaire. Nous apprécions ce pragmatisme. Je suis très optimiste. 1.500 des 4.500 ETI françaises sont déjà accompagnées par le capital-investissement français. Plus de 2.000 entreprises ont ouvert leur capital à un fonds français l'an dernier.

Rien n'est-il prévu pour remplacer le dispositif ISF PME, dont la suppression semble pénaliser l'investissement dans les PME au dire de professionnels ?

AM - Avec la réforme envisagée des Plans d'épargne pour la retraite collectif (Perco), on peut trouver 1 milliard d'euros mobilisables pour les PME à un coût zéro pour l'Etat, il suffit d'une signature du ministre. L'ISF PME, qui injectait 800 millions d'euros dans les entreprises, avait un coût budgétaire de 500 millions d'euros, 400 millions en net. Travaillons sur la tuyauterie pour gagner en efficacité. Ces fonds fiscaux affichaient un rendement dont une partie venait de l'abattement fiscal, ce qui ne correspondait pas aux fondamentaux.

OM - Il faut que les gestionnaires d'épargne changent d'approche et entrent plus dans une logique de diversification de l'allocation de l'épargne et d'exposition à différents degrés de risques.

AM - Le conseiller financier a un rôle clé pour ceux qui ne savent pas forcément où placer leur épargne, il doit personnaliser en fonction de l'âge, de l'horizon d'investissement, des moyens. Il y a aussi un sujet social, d'égalité : pourquoi, quand je dispose de moins de 500.000 euros, je n'ai droit qu'à l'assurance vie et je ne peux investir dans certains fonds réservés aux investisseurs avisés ? Si on ne change rien, c'est [l'économiste] Thomas Piketty qui a raison : l'épargne des riches a un bon rendement et celle des autres un rendement faible.

L'Etat n'a-t-il pas un rôle à jouer dans la pédagogie auprès des Français, qui manquent de culture financière ?

AM - Nous allons beaucoup investir dans l'éducation financière. Le Ministère des Finances y travaille. La Banque de France est chargée de cette mission et les choses prennent forme, nous voulons par exemple créer des modules en classe d'économie. Cette acculturation passera aussi par l'actionnariat salarié, c'est une réforme clef de la loi Pacte : quand un salarié deviendra actionnaire de son entreprise, il comprendra mieux ce qu'est être actionnaire tout court.

OM - Deux autres acteurs ont également un devoir de pédagogie : les chefs d'entreprise eux-mêmes, pour expliquer l'économie à leurs salariés, et les actionnaires de ces entreprises, dont les sociétés de capital-investissement. En moyenne, lorsqu'il y a un changement de contrôle d'une entreprise avec l'entrée d'un fonds d'investissement, plus de 90% des salariés soutiennent cette opération, parce qu'ils y voient un alignement des intérêts des actionnaires, des dirigeants et des salariés, pour faire grandir cette société.

AM - Parler d'investissement dans certains cercles peut être perçu comme la promotion d'une économie « financiarisée », ultra-libérale. Les salariés que l'on rencontre sont en réalité très conscients de cet enjeu de financement des projets de leur entreprise et ils apprécient qu'il y ait cet alignement d'horizons, d'intérêts et de prises de risque collectives entre les parties.

OM - Nous, les fonds de capital-investissement, en tant qu'actionnaires, devons aller sur le terrain et communiquer. Cela fait trente ans que je parle aux syndicats pour expliquer le rôle du patron et de l'actionnaire.

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AM - Politiquement, nous voulons mener ce combat : la finance c'est un outil, qui permet de réaliser des projets et fournit des ressources pour accompagner ces projets, tout cela rend service à la société dans son ensemble. Aujourd'hui, 80% des Français sont heureux de travailler dans leur entreprise, 70% sont fiers de ce qu'ils font au quotidien. Nous allons proposer aux Français de mettre 100 euros ou 1.000 euros dans leur entreprise, peut-être un jour 10.000 euros, et d'être associés à ses résultats, cela va leur permettre de mieux comprendre comment être aussi acteur d'une économie qui se développe et crée des emplois.

Propos recueillis par Delphine Cuny

Delphine Cuny

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