« Il faut un new deal du financement des PME »

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Olivier Millet, président de France Invest et d'Eurazeo PME, et la députée (LREM) Amélie de Montchalin.
Olivier Millet, président de France Invest et d'Eurazeo PME, et la députée (LREM) Amélie de Montchalin. (Crédits : Peter Allan/Eurazeo et A.Lamielle (CC))
La députée de l'Essonne Amélie de Montchalin, cheffe de file La République en Marche de la commission des finances, milite pour une mobilisation de tous les acteurs de la chaîne de financement au service de la croissance des PME. En particulier des sociétés de capital-investissement, regroupées au sein de France Invest. Interview croisée avec le président de cette association professionnelle, Olivier Millet, président d'Eurazeo PME.

LA TRIBUNE - En vous adressant aux acteurs du non-coté, vous avez parlé d'un « new deal » de l'investissement. De quoi s'agit-il ? 

AMÉLIE DE MONTCHALIN - J'ai employé le mot « deal » car il s'agit bien de trouver une forme d'accord ou plutôt un nouveau point d'équilibre afin de relancer la dynamique d'investissement et de financement avec un cap clair. Le « deal » consiste à dire au secteur du private equity : nous avons aplani beaucoup de choses, nous vous aidons à travailler avec un nouveau cadre favorable, notamment la réforme fiscale, en échange nous avons besoin que vous vous mobilisiez pour créer de l'emploi et répondre aux attentes sociétales collectives de notre époque, l'innovation et la transition climatique. La loi Pacte n'est que l'opportunité de faire autrement. C'est aux acteurs financiers de changer la relation avec les épargnants, avec les entrepreneurs et entre eux, et de prouver qu'ils sont aussi des acteurs engagés.



Qu'attendez-vous de ce « new deal » et de la loi Pacte ?

OLIVIER MILLET - Il faut différencier le cadre général, que l'on attendait, même s'il reste des marges de progrès - c'est-à-dire la fin de l'ISF, la « flat-tax », la loi travail - de ce qui ressort du toilettage, qui va nous donner l'occasion de nous revoir sur certains sujets, par exemple, la possibilité d'accroître la contribution de l'assurance-vie en unités de compte au financement du capital-investissement. Amélie de Montchalin porte un message fort, appelant à une nouvelle relation, une nouvelle intelligence entre investissement public et privé. L'amorce de ce mouvement remonte à la création de Bpifrance, qui joue un rôle utile dans la transformation des entreprises non cotées, en alliance avec les capitaux privés, dont les ressources ont considérablement augmenté ces dernières années et ont été investies dans les startups et les PME. Notre secteur, qui regroupe les investisseurs dans le non-coté, a déjà engagé de lui-même sa transformation depuis dix ans en travaillant sur les sujets extra-financiers, environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Nous avons aujourd'hui un point de rencontre.

AM - La question est désormais de passer à l'action. Nous avons posé le cadre, nous avons la vision, maintenant travaillons ensemble pour que nos entreprises trouvent des fonds propres pour financer leurs investissements de transformation.

Le private-equity doit-il davantage participer au financement des PME et comment ?

OM - Les canaux sont là, le capital-investissement est déjà en action depuis plus de 30 ans et a levé, au seul titre de l'année 2017, quelque 16,5 milliards d'euros qui vont être investis au cours des 5 prochaines années dans les entreprises. Pour les investisseurs nous produisons un rendement qui dépasse largement la rentabilité moyenne de l'épargne. Il nous faut continuer à expliquer le sens de notre activité et son impact positif sur l'économie et sur l'emploi.

AM - La France manque cruellement de grosses PME qui exportent, qui se numérisent, qui renouvellent leur appareil productif, ce qu'elles ne peuvent financer par du prêt bancaire à trois ans. L'outil des fonds propres, le capital-investissement sont essentiels.

Comment embarquer les épargnants ?

AM - Il faut surtout s'occuper de la « tuyauterie » entre l'épargnant et l'entreprise. C'est pourquoi notre action, depuis le Grand rendez-vous de l'investissement productif le 22 janvier dernier, a été concentrée sur la révolution de la relation et la mobilisation de tous les maillons de la chaîne d'investissement pour qu'ils travaillent mieux ensemble : comment faire en sorte que les fonds des membres de France Invest se retrouvent dans les assurances vie, qu'ils soient distribués par les conseillers financiers, que les banques pensent aux sites de crowdfunding [financement participatif, ndlr], que les business angels se fassent connaître des fonds, etc. Dès cet été, une brochure conçue par la Fédération bancaire française (FBF) sera distribuée dans les agences pour expliquer comment soutenir nos PME, les produits structurés qui existent, y compris le private equity. Ce sont des choses assez prosaïques. L'objectif est que les personnes qui paient moins d'impôts avec la fin de l'ISF réinvestissent cet argent dans les entreprises françaises. Il faut pour cela leur expliquer les alternatives.

OM - C'est un changement de discours important. Ce sont tous les acteurs, chacun dans leur domaine, qui apportent des solutions au financement aux entreprises, que ce soit les banques, les professionnels du capital-investissement, les assureurs vie ou le crowdfunding. C'est cette vision d'ouverture, que je vais défendre au conseil exécutif du Medef. Nous devons évoluer vers une culture où un entrepreneur va se dire "je vais commencer par un business angel, puis je vais faire du crowdfunding, j'irai voir un fonds régional, puis un fonds national, européen, et ensuite, la Bourse".

AM - Il faut penser en termes de chaîne de financement, de complémentarité des acteurs qui doivent se passer le relais et les mandats pour accompagner le développement des entreprises, « de l'éclosion à l'envol », comme dit Mounir Mahjoubi, et à la migration, à l'export. Prenons l'exemple de la plateforme Medef Accélérateur d'investissement, c'est une révolution en soi qu'une association patronale propose à ses membres de jouer les intermédiaires avec des financements autres que bancaires, des fonds et des crowdfunders.

Avez-vous envisagé de créer un produit, un livret qui finance spécifiquement les PME ?

AM - Pour parvenir à un mouvement de réallocation de l'ordre de 10 milliards d'euros de l'épargne des Français dans les fonds propres des entreprises, il nous faut une révolution culturelle, pas une révolution de produit. Inutile de faire table rase du passé. Nous pensons qu'il vaut mieux toiletter le PEA PME, partir de l'existant et d'une marque connue, plutôt que réinventer un nouveau produit, qui demanderait beaucoup de temps de formation et d'appropriation. Nous allons regarder pourquoi l'encours du PEA PME est si faible [1,17 milliard d'euros, contre 92 milliards pour le Plan d'épargne en actions], travailler sur les critères d'éligibilité (en ouvrant aux titres participatifs émis dans le cadre du crowdfunding, aux mini-bons) et lui donner plus de visibilité. C'est une urgence. Bruno Le Maire l'avait annoncé le 28 mars : dans la future loi Pacte, nous allons simplifier le PEA PME.

Etiez-vous favorable à la création d'un livret PME ?

OM - Nous pensons que cet outil n'est pas nécessaire. Nous apprécions ce pragmatisme. Je suis très optimiste. 1.500 des 4.500 ETI françaises sont déjà accompagnées par le capital-investissement français. Plus de 2.000 entreprises ont ouvert leur capital à un fonds français l'an dernier.

Rien n'est-il prévu pour remplacer le dispositif ISF PME, dont la suppression semble pénaliser l'investissement dans les PME au dire de professionnels ?

AM - Avec la réforme envisagée des Plans d'épargne pour la retraite collectif (Perco), on peut trouver 1 milliard d'euros mobilisables pour les PME à un coût zéro pour l'Etat, il suffit d'une signature du ministre. L'ISF PME, qui injectait 800 millions d'euros dans les entreprises, avait un coût budgétaire de 500 millions d'euros, 400 millions en net. Travaillons sur la tuyauterie pour gagner en efficacité. Ces fonds fiscaux affichaient un rendement dont une partie venait de l'abattement fiscal, ce qui ne correspondait pas aux fondamentaux.

OM - Il faut que les gestionnaires d'épargne changent d'approche et entrent plus dans une logique de diversification de l'allocation de l'épargne et d'exposition à différents degrés de risques.

AM - Le conseiller financier a un rôle clé pour ceux qui ne savent pas forcément où placer leur épargne, il doit personnaliser en fonction de l'âge, de l'horizon d'investissement, des moyens. Il y a aussi un sujet social, d'égalité : pourquoi, quand je dispose de moins de 500.000 euros, je n'ai droit qu'à l'assurance vie et je ne peux investir dans certains fonds réservés aux investisseurs avisés ? Si on ne change rien, c'est [l'économiste] Thomas Piketty qui a raison : l'épargne des riches a un bon rendement et celle des autres un rendement faible.

L'Etat n'a-t-il pas un rôle à jouer dans la pédagogie auprès des Français, qui manquent de culture financière ?

AM - Nous allons beaucoup investir dans l'éducation financière. Le Ministère des Finances y travaille. La Banque de France est chargée de cette mission et les choses prennent forme, nous voulons par exemple créer des modules en classe d'économie. Cette acculturation passera aussi par l'actionnariat salarié, c'est une réforme clef de la loi Pacte : quand un salarié deviendra actionnaire de son entreprise, il comprendra mieux ce qu'est être actionnaire tout court.

OM - Deux autres acteurs ont également un devoir de pédagogie : les chefs d'entreprise eux-mêmes, pour expliquer l'économie à leurs salariés, et les actionnaires de ces entreprises, dont les sociétés de capital-investissement. En moyenne, lorsqu'il y a un changement de contrôle d'une entreprise avec l'entrée d'un fonds d'investissement, plus de 90% des salariés soutiennent cette opération, parce qu'ils y voient un alignement des intérêts des actionnaires, des dirigeants et des salariés, pour faire grandir cette société.

AM - Parler d'investissement dans certains cercles peut être perçu comme la promotion d'une économie « financiarisée », ultra-libérale. Les salariés que l'on rencontre sont en réalité très conscients de cet enjeu de financement des projets de leur entreprise et ils apprécient qu'il y ait cet alignement d'horizons, d'intérêts et de prises de risque collectives entre les parties.

OM - Nous, les fonds de capital-investissement, en tant qu'actionnaires, devons aller sur le terrain et communiquer. Cela fait trente ans que je parle aux syndicats pour expliquer le rôle du patron et de l'actionnaire.

AM - Politiquement, nous voulons mener ce combat : la finance c'est un outil, qui permet de réaliser des projets et fournit des ressources pour accompagner ces projets, tout cela rend service à la société dans son ensemble. Aujourd'hui, 80% des Français sont heureux de travailler dans leur entreprise, 70% sont fiers de ce qu'ils font au quotidien. Nous allons proposer aux Français de mettre 100 euros ou 1.000 euros dans leur entreprise, peut-être un jour 10.000 euros, et d'être associés à ses résultats, cela va leur permettre de mieux comprendre comment être aussi acteur d'une économie qui se développe et crée des emplois.

Propos recueillis par Delphine Cuny

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Commentaires
a écrit le 13/06/2018 à 16:45 :
Je suis contre tous les anglicismes, est-ce trop dur de dire « une nouvelle entente », plutôt que « new deal ». Ah oui, en anglais c'est plus court, moins d'encre.
Dites, si ça vous dérange tant que cela, abolissons la langue française et adoptons l'anglais. Si tous les pays faisaient de même, il n'y aurait qu'une langue sur la planète, plus besoin de traducteurs.
a écrit le 12/06/2018 à 17:17 :
la tribune a fait disparaitre mon commentaire sans doute trop critique pour la doxa macronienne qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes .
patience , les masques finiront par tomber et les censeurs seront à leur tour censurés .
a écrit le 12/06/2018 à 9:15 :
« Il faut un new deal du financement des PME »
« Il faut un new deal du congédiement des PONX »
a écrit le 12/06/2018 à 6:56 :
J'attends tout simplement les prochaines déclarations de patrimoine de nos élu(e)s pour voir où ils (elles) placent leurs économies!
a écrit le 11/06/2018 à 15:35 :
1. La BCE a injecté des centaines de milliards d'euros (dont environ achat de 10% d'obligs françaises) afin que les banques puissent financer l'économie et, en particulier, les PME à des taux raisonnables dans le but de tenter de relancer l'inflation.
2. Si on lit les documents des fonds de PME non cotées, les frais de gestion sont très élevés et influencent de façon très négative la potentielle attractivité financière de ces fonds risqués. A noter que ces coûts ne sont pas anormaux car les gestionnaires doivent avoir les moyens et le temps d'analyser ces PME: rencontres avec les dirigeants, études des bilans et des marchés, potentiel, moyens financiers et humains nécessaires pour leur développement, etc..
3. Si ces PME veulent lever de l'argent, elles pourraient en trouver à la bourse mais il faut se faire coter et si c'est une société familiale, il y a un hic car les dirigeants pourraient perdre leur pouvoir.
4. La fiscalité des placements financiers en France est tellement fluctuante que même avec une forte incitation fiscale pour ce genre d'investissement, on n'y croit plus. Dans ce cadre d'ailleurs, la "flat tax" cessera d'être "flat" car les prélèvements sociaux ne pourront qu'augmenter puisque la France ne sait pas gérer trois francs six sous depuis 45 ans.
Conclusion: on achète des ETF (frais de gestion très faibles) qui reproduisent les indices (hausse ou baisse) qui peuvent même logés ETF dans certains contrats d'assurance vie ou des Gafam.
Cordialement
a écrit le 11/06/2018 à 11:14 :
si j'ai bien compris la situation , l'Etat ne veut pas financer le développement des PME ou même garantir les prêts de sociétés de capital-risque car le risque économique pour cette catégorie d'entreprises est trop grand .
il ne peut pas inciter ou contraindre les banques à faire cette démarche car elles refusent de traiter des opérations moins rentables et plus risquées que d'acheter des dettes souveraines et autres transactions financières de court terme .
alors il lorgne sur l'assurance vie aux capitaux disponibles énormes et prépare un "stratagème" qui sous couvert des meilleurs sentiments citoyens et patriotiques pourrait lui permettre par la loi d'en capter une part importante dévolue au financement des PME . cette part établie en unités de compte fera de l'épargnant un investisseur PME contraint qui assumera bien sûr seul le risque financier d'un investissement qu'il n'aura pas choisi .
mais j'ai sans doute mal compris le propos de la parlementaire ; je vais quand même demander un avis complémentaire .
a écrit le 11/06/2018 à 11:11 :
Il vaudrait mieux inciter ceux qui sont investis en bourse via les actions.Pour ceux la ,imposons un pourcentage(je propose30%)obligatoire d'investissement dans les start ups,le reste étant libre comme avant
Réponse de le 11/06/2018 à 18:31 :
En bon socialiste, vous pensez tout régler en obligeant les gens, au final vous n'avez plus personne.
a écrit le 11/06/2018 à 10:36 :
Du langage d'énarques bien formatés pour prendre l'argent des épargnants, avec un rendement nul et tout le risque pour ces derniers.
a écrit le 11/06/2018 à 10:27 :
Très beau sur le papier. Plus difficile à organiser . On a déjà vu les blocages du PTZ avec le banques.
Et puis l'essentiel est oublié. Comment est-ce qu'on va financer ces investissements qui devront au moins être à moyen terme.
Cela ne se finance pour tout seul, sauf si on "travaille" comme S. Royal avec le financement initialement proposé des mises à niveau énergétique de 500.000 logements annuellement.
Conclusion: C'est encore une solution YACA.
a écrit le 11/06/2018 à 10:00 :
que cette idelogue nous parle aussi du % des depots de bilan au bout de 2 ans et on aura compris pourquoi une personne qui a travaille toute sa vie merite mieux pour son epargne
Réponse de le 11/06/2018 à 10:16 :
Bien vu @malo , c'est des placements a hauts rixes et ne trouve pas de financement , alors on aimerai bien obliger les petits épargnants en prendre tous les risques .
a écrit le 11/06/2018 à 9:04 :
"Oui bonjour Monsieur, je vous appelle car Mr X voudrait vous rencontrer pour aborder les solutions de financements que propose le CIO et notamment les prêts de trésorerie..."
"Oui Mr X ! Comment va-t-il ? Cela fait simplement 3 ans qu'il me refuse toute aide sous des prétextes assez abscons d'ailleurs... vous lui direz que si mon entreprise est encore vivante et se développe, elle n'a désormais plus besoin de vous... c'était il y a 3 ans... "
La première des choses à changer quant aux financement des PME ? Le niveau de qualification et de formation de nos interlocuteurs bancaires... difficile de parler ratios financiers, stratégie etc à ce niveaux... pathétique.
A l'heure de la blockchain j'ai personnellement suggéré à mon banquier de s'y intéresser... tout ce qui n'a pas de plus-value est censé disparaitre et je peux remplir les cases de son ordinateur sans lui...
a écrit le 11/06/2018 à 9:01 :
"Pour parvenir à un mouvement de réallocation de l'ordre de 10 milliards d'euros de l'épargne des Français dans les fonds propres des entreprises"

ET obliger les actionnaires milliardaires à investir au lieu de les aider à s'évader fiscalement ce ne serait pas une idée bien plus simple et beaucoup plus rentable plutôt qu'une fois de plus d'aller racketter les français ?

Vous ne savez donc pas faire autre chose que de prendre à l'argent aux petits et aux moyens ?

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