Les marchés anticipent de fortes baisses des taux en 2024, ce qui porte à la fois les actions et les obligations. Le changement de ton du discours du résident de la banque centrale américaine, Jerome Powell,va pour la première fois dans le sens des anticipations de marché. Les investisseurs tablent, dans un consensus assez rare, pour une année 2024 favorable sur la plupart des classes d'actifs, à la faveur d'une croissance mondiale finalement résiliente et d'une inflation en recul.Il y a comme un parfum d'euphorie sur les marchés financiers en cette fin d'année. Le ton « dovish » (« accommodant »), adopté mercredi par le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, à la grande surprise des observateurs, qui tranche singulièrement avec ses propos de début décembre, a donné un nouveau coup fouet au rallye sur les marchés actions et obligataires qui se manifeste en réalité depuis près de huit semaines. Du coup, les propos prudents de Christine Lagarde, ce jeudi, ont cependant calmé le marché parisien. Même si certains exégètes pensent que la fin des réinvestissements du programme d'achat d'actifs PEPP de la BCE annonce également une baisse plus rapide des taux directeurs.
Un rallye qui se diffuse
A Paris, le CAC 40 a cassé en matinée le seuil des 7.600 points, avant de revenir vers les 5.575 points. De son côté, l'indice Stoxx 600 (600 premières capitalisations européennes) flirte avec ses plus hauts historiques. A Wall Street, les marchés sont également à la fête : le S&P 500 poursuit son mouvement haussier et se rapproche de son record de janvier 2022. Et, cette fois-ci, le rebond repose sur un large éventail de valeurs, notamment cycliques, et non plus uniquement sur les « 7 magnifiques » (Amazon, Alphabet, Tesla, Microsoft, Apple, Nvidia et Meta), qui ont gagné près de 70% cette année.
« Le rallye se diffuse à presque tous les secteurs », se réjouit un gérant. « La puissance de ce rallye depuis quinze jours est stupéfiante », s'étonne Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG France, qui n'a pas cela depuis au moins 2015. Mais qu'est-ce qui a donc changé en quelques semaines pour passer d'une forte aversion au risque au sentiment que tout est désormais bon à acheter, actions américaines comme européennes, obligations sécurisées ou à haut rendement, voire même de l'or ou du bitcoin ?
Le changement, c'est une baisse plus rapide que prévu de l'inflation, avec toujours une économie américaine résiliente, même si les indicateurs se dégradent également très vite. C'est d'ailleurs la justification donnée par Jerome Powell, toujours « data dependant » pour évoquer désormais clairement, pour la première fois, des baisses de taux en 2024. Une sorte de « pivot » dans le discours, à défaut encore d'un pivot effectif de politique monétaire, reçu cinq sur cinq par les marchés.