Hausse du taux du livret A au 1er février 2022 : un casse-tête bancaire et électoral à venir

Inflation oblige, l’annonce, attendue, a été confirmée ce lundi par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, sans préciser pour autant l’ampleur de la hausse du taux. Cette mesure sera cependant symbolique pour les épargnants mais elle pourrait bouleverser la hiérarchie des produits d’épargne. La facture sera en revanche lourde pour les établissements bancaires et la Caisse des dépôts.

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Le taux d'épargne des Française devrait rester élevé en 2022, au-dessus de la barre des 15%.
Le taux d'épargne des Française devrait rester élevé en 2022, au-dessus de la barre des 15%. (Crédits : Kai Pfaffenbach)

« Le taux du livret A augmentera en janvier » : le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a levé les derniers doutes, ce lundi sur BFMTV/RMC, sur une prochaine revalorisation de la rémunération du Livret A, sans toutefois en préciser l'ampleur. Cette augmentation du taux sera proposée en janvier, pour une application à partir du 1er février.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, avait déjà indiqué, vendredi sur RTL, que le calcul du taux du livret A (et du livret LDDS), actuellement de 0,5% (net d'impôt et de CSG), prendra en compte l'inflation de ces derniers mois. La brusque remontée de l'inflation cette année, soit 2,8 % en novembre sur un an, rend le taux de rendement réel du livret A largement négatif.

Or, deux fois par an, la Banque de France propose un ajustement du taux de rendement selon une formule de calcul immuable (en principe pour préserver cette décision de tout calcul politique), qui repose sur la moyenne semestrielle du taux d'inflation des six derniers mois et des taux interbancaires à court terme à six mois, avec un arrondi calculé au dixième de point. Un plancher a cependant été institué : 0,5%, soit le niveau actuel.

Hiérarchie des taux

Selon cette formule, le taux du Livret A pourrait se situer entre 0,7% et 1%. Mais c'est le gouvernement qui décide en dernier ressort. Le choix n'a rien d'évident. La proximité des élections présidentielles et le thème de campagne sur la question du pouvoir d'achat laissent présager une décision en haute de fourchette. Mais le gouvernement souhaite également réorienter cette épargne liquide surabondante vers la consommation, ou du moins, vers l'investissement de long terme, dont le principal support reste l'assurance-vie.

Cette « surépargne » devrait atteindre les 200 milliards d'euros d'ici la fin de l'année, selon la Banque de France, au profit des dépôts à vue (environ 100 milliards) et des livrets réglementés, dont 40 milliards sur le Livret A de mars 2020 à octobre 2021.

De plus, une augmentation du taux du Livret A entraînerait un effet boule de neige sur les autres produits de l'épargne réglementée, comme le LDDS, le livret d'épargne populaire (LEP), voire le plan d'épargne logement (PEL). C'est surtout le LEP, réservé aux ménages les plus modestes (non-imposables à l'impôt sur le revenu) qui pourrait bénéficier d'un sacré coup de pouce, car il bénéfice d'un « bonus » de 0,5 point par rapport à la rémunération du Livret A. Soit au passage un rendement qui pourrait être supérieur à la quasi-totalité des fonds en euros de l'assurance-vie, dont le rendement moyen devrait osciller autour de 1% cette année (hors fiscalité). Du jamais vu !

Normalisation

« Le relèvement du taux du Livret A poserait un problème de hiérarchie des taux. Les rendements de certains produits longs passeraient en-dessous de celui du Livret A. Après fiscalité, le rendement des fonds euros en 2021 devrait être proche de 0,7 % or ces derniers sont censés être des produits de moyen et long terme », estime ainsi Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.

Cette hausse du Livret A interviendra également dans un contexte de normalisation de l'épargne des Français après les années 2020 et 2021 qui ont vu exploser à la fois le taux de d'épargne des ménages (surtout des plus aisés) en raison de la crise sanitaire et les encours sur les dépôts à vue et les livrets, une épargne immédiatement disponible. Le Livret A commence cependant à décollecter en octobre (près de 3 milliards), mettant ainsi fin à onze mois consécutifs de collecte nette positive.

Parallèlement, l'assurance-vie, après une année noire en 2020, reprend peu à peu son rythme de collecte d'avant crise, notamment en octobre, avec un niveau record, depuis septembre 2019, de collecte nette de 2,7 milliards d'euros, selon les chiffres de la Fédération française de l'assurance (FFA). Au total, depuis le début de l'année, la collecte nette de l'assurance-vie atteint, fin octobre, 18,5 milliards d'euros.

Mauvaise nouvelle pour les banques

Pour autant, l'augmentation du rendement du Livret A aura un impact limité pour les épargnants (45 euros par an pour un Livret avec un encours de 15.000 euros). Et le niveau du taux semble avoir que peu d'incidence sur la collecte : c'est bien l'aversion au risque (ou la peur des lendemains qui incitent les ménages à épargne sur le Livret A) et non le rendement proposé.

La facture sera en revanche plus lourde pour les banques et la Caisse des dépôts, qui centralise une partie des encours de l'épargne réglementée. « Un taux à 0,8% coûte avec les frais de gestion au minimum 1,1 point aux établissements financiers. Or, la rémunération des produits monétaires demeure toujours négative au sein de la zone euro », souligne Philippe Crevel.

En clair, les banques continueront à perdre de l'argent avec l'épargne réglementée. Une augmentation de 0,5% pourrait ainsi entraîner un coût de 920 millions d'euros, selon l'agence de notation Fitch.

D'où les efforts des réseaux bancaires pour inciter leurs clients à placer leur épargne liquide sur d'autres supports, comme l'assurance-vie, le compte-titres ou des livrets dédiée. Selon une récente étude de Bain & Cie, le chiffre d'affaires « non exploité » des banques sur l'épargne est estimé à plus de deux milliards d'euros. Le cabinet d'études chiffre en effet à 12% la proportion des clients bancaires qui ont accumulé plus de 20.000 euros sur leurs comptes courants... et 60% des clients les plus aisés détiendraient plus de six mois de salaire sur le compte courant.

Mobilisation sur l'épargne

Les réseaux, notamment mutualistes, rivalisent d'imagination pour basculer cette épargne liquide vers une épargne, « plus utile », « faisant du sens », à l'instar du Crédit agricole qui va lancer l'an prochain une gamme de livrets « thématiques » sur le climat ou le développement des territoires. Parallèlement, les filiales de gestion d'actifs, comme celle de La Banque Postale, continue de labelliser ISR tous leurs fonds.

Et ce n'est pas un hasard si BNP Paribas a regroupé, en un pôle unique, toutes les activités liées à l'épargne, la gestion d'actifs, l'assurance-vie et l'immobilier. Reste à former les conseillers bancaires... et les clients.

Les banques ont cependant le temps d'affûter leurs arguments commerciaux et de déployer leur force commerciale. Les changements en matière de comportement d'épargne s'inscrivent en effet toujours dans la durée.

« Comme après la plupart des crises, le taux d'épargne des ménages ne se normalise que très lentement. Après deux années exceptionnelles, il devrait se rapprocher de son niveau d'avant-crise qu'en 2022, tout en lui restant supérieur à 15,7 % », avance Alain Tourdjman, directeur des études économiques de BPCE, et auteur d'une étude sur les grandes tendances de l'épargne.

Ce n'est donc pas demain que les Français vont dépenser leur bas de laine.

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Commentaires 10
à écrit le 16/12/2021 à 17:37
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En fait, Bruno nous explique depuis un an, que les français ont trop épargnés, mais il nous explique qu'il va augmenté le taux du livret A ! Décidément, Vivement le débarras du printemps !

à écrit le 14/12/2021 à 11:43
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Augmentation de 0,5 à 0,8% et c’est un casse-tête bancaire et électoral! S’il n’y a que ça comme problème en France,j’en veux tous les jours.

à écrit le 14/12/2021 à 11:00
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2,8 % d'inflation , augmentation des retraites 1 % et pour le livret A , il faut s'attendre à la même arnaque.

le 14/12/2021 à 12:10
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les promesses ,,? la tonte des moutons se fait au printemps. le vote aussi

à écrit le 14/12/2021 à 9:03
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Au regard des largesses faites aux banques, il serait de bon ton de faire ce à quoi les épargnants ont droit. ça sent le lobbying à plein nez pour encore engranger les milliards pour les dividendes, par contre les obligations légales, rien à cirer...

à écrit le 14/12/2021 à 7:18
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Que le gouvernement ordonne au gouverneur de la banque de France (qui fait pression sur le taux du livret A depuis des années), d'appliquer honnêtement la revalorisation de celui-ci.

à écrit le 14/12/2021 à 4:01
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2,8%, vraiment ? On se moque de vous.

à écrit le 13/12/2021 à 19:26
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Si ça donne des vapeurs aux banques (comme on disait à une époque), transformons le Livret en compte bancaire simple, sans frais ni intérêts, 0% de rendement, 0€ de frais. Fini de tergiverser avec une formule qu'on hésite à appliquer. Elle ne gagnent...

à écrit le 13/12/2021 à 17:39
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a beau parler ont ils cure de bien faire. ,? espérons donc au minimum avec effet rétroactif depuis elle début de l inflation qui semble guère les ne pas les préoccuper

à écrit le 13/12/2021 à 15:59
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Taux d'inflation des 6 derniers mois 2.8%, taux euribor des 6 derniers mois -0.6% la moyenne arithmétique des deux est donc de 1.1% , pourtant partout dans la presse on lit un futur taux à 0.8% . Le gouvernement va se faire critiquer pour sa malhon...

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