Lydia, nouvelle licorne qui veut révolutionner les services bancaires

Les ambitions de l’application de paiement Lydia - qui boucle son troisième tour de table en deux ans - sont à la mesure de ses financements successifs. La fintech, désormais valorisée plus d’un milliard de dollars, poursuit sa stratégie de développement autour d’une « super app » de services financiers, pour écrire le futur des services bancaires. Elle vise désormais l’international, avec l’Espagne en priorité, et compte muscler son offre en 2022, notamment dans le domaine du paiement fractionné.

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Pour le cofondateur de Lydia, Cyril Chiche, il s'agit d'écrire le futur des services bancaires.
Pour le cofondateur de Lydia, Cyril Chiche, il s'agit d'écrire le futur des services bancaires. (Crédits : DR)

Lydia vient d'entrer dans le club fermé des licornes françaises. La fintech vient en effet de lever 103 millions de dollars (91 millions d'euros), pour l'essentiel auprès de ses investisseurs existants, dont le Chinois Tencent, ce qui valorise la société au-delà du milliard de dollars. Déjà l'an dernier, Lydia avait réalisé deux levées de fonds pour un total de 112 millions d'euros.

L'application de paiement préférée des étudiants, devenue une plateforme de services financiers, revendique près de 5,5 millions d'utilisateurs et vise désormais 10 millions de clients en Europe, avec comme premier objectif à l'international, le marché espagnol. Mais les ambitions de Lydia ne s'arrêtent pas là : il s'agit « d'écrire le futur des services bancaires », selon Cyril Chiche, cofondateur et PDG de Lydia.

« Dans le nouveau monde bancaire, il y aura un remplacement non pas des banques mais des services bancaires eux-mêmes. Les consommateurs auront accès à des applications numériques de haut niveau, très différentes de ce que nous trouvons aujourd'hui, et qui ressembleront à des plateformes technologiques de services », prédit Cyril Chiche.

« Et dans ce nouveau monde, nous retrouverons des acteurs bancaires déjà forts dans le cycle précédent et de nouveaux acteurs nés avec le nouveau cycle. Regardez le e-commerce : les deux leaders sont Amazon et Walmart, l'ancien patron de la grande distribution ! La banque vit aujourd'hui un moment qui ressemble aux débuts de l'e-commerce », poursuit Cyril Chiche.

Cercles concentriques

Cette vision est en tout cas celle de Lydia, qui a opéré sa mue vers ce que l'on nomme aujourd'hui les « super-app » dès 2018, un virage stratégique encore peu commun en Europe à l'époque, contrairement aux exemples asiatiques, comme Tencent ou Alibaba.

« Nous avons débuté avec le service de paiement, principalement le transfert d'argent P2P. Nous avons ensuite complété cette offre avec la panoplie complète des services de paiement, du compte avec un IBAN (identifiant bancaire, NDLR), des cartes de paiement, des cartes virtuelles à usage unique, le prélèvement, le virement instantané », se rappelle Cyril Chiche.

« Lorsque nous sommes arrivés au bout de cette ambition, tout payer avec son téléphone, la question s'est posée de rester sur le paiement et élargir notre clientèle sur cette base, ou alors aller encore plus loin en termes de produits et services que nous n'avions pas imaginé au départ. C'est cette dernière option que nous avons choisie », ajoute-t-il. « Nous développons une offre par cercles concentriques, autour du paiement, ce qui ressemble finalement beaucoup à la relation que noue un client avec sa banque au fil des ans », résume le dirigeant.

Cap sur le trading et le paiement fractionné

Ainsi, avec la mise en place de nombreux partenariats, Lydia esquisse depuis trois ans sa plateforme universelle de services financiers, dans l'assurance habitation (Luko) ou le (petit) crédit instantané (Floa Bank) en passant par l'assurance de smartphone (CNP). Plus récemment, Lydia s'attaque également à l'épargne, avec une première sortie en juillet dernier en proposant un compte d'épargne rémunéré (0,6%) en partenariat avec MyMoney Bank.

Dernière initiative en date, le trading sur des valeurs mobilières (actions, ETF, métaux précieux et cryptomonnaies), lancé début novembre (et généralisé à la mi-décembre) avec la plateforme autrichienne Bitpanda, selon une approche originale, celle de l'investissement fractionné (à partir d'un euro). « Investir, cela s'apprend et comme le vélo, mieux commencer à de petits montants pour se familiariser avec un univers particulier, dont l'accès est encore trop souvent complexe », avance Cyril Chiche, pour qui cette initiative participe à l'éducation financière des jeunes actifs.

Sur les premiers jours d'utilisation de ce nouveau service d'investissement, le « trade » moyen s'élève à 30 euros et les deux actifs pour l'instant les plus achetés sont les actions de Moderna et de BioNTech, principaux fournisseurs de vaccins anti-Covid. Les trois autres actifs les plus échangés sont des cryptomonnaies, bitcoin, Ethereum et Solana. Les investisseurs Lydia sont bien dans leur époque... !

De l'investissement fractionné au paiement fractionné, il n'y a qu'un pas que Lydia compte bien franchir dès 2022. La fintech compte en effet dans les prochains mois compléter encore sa gamme de produits, à la fois dans le crédit et l'épargne, avec ses mêmes recettes.

Priorité au parcours client

Toute cette offre de produits et services est en effet entièrement déroulée sur une même et unique application mobile, de manière à simplifier au maximum le parcours client. « Ce que nous apportons, c'est une maitrise de la complexité sous-jacente des services pour apporter au client une interface unique et extrêmement simple à utiliser », explique le patron de Lydia.

La simplicité, c'est le pré-remplissage des informations connues et des questions simples avec un champ à remplir qui guident toute action. Autre trait commun à Lydia, c'est bien sûr l'instantanéité. Du fameux « je te fais un Lydia » pour rembourser un ami au bar à la mise disposition immédiate des fonds d'un crédit, l'idée est bien de rendre disponible l'argent à tout moment, y compris celui investi dans les actions.

Enfin, Lydia se veut également un réseau social. C'est la touche 2.0. « Nous considérons que l'argent est un élément social fort. Lui dénuer ce volet social, c'est se déconnecter de la vie », estime Cyril Chiche.

21e licorne française

Au total, il est aujourd'hui plus facile de comprendre comment des acteurs comme Lydia, ou de néobanques comme Revolut, avec son catalogue de services utiles, en architecture ouverte et au parcours utilisateur fluide, peuvent représenter comme menace pour le secteur bancaire. Cette troisième levée de fonds, et son nouveau statut de licorne, montrent bien que Lydia et consorts doivent être pris au sérieux. En tout cas, ils le sont par les investisseurs qui remettent au pot.

C'est sans doute dans cet esprit que Cédric O, secrétaire d'Etat chargé de la transition numérique, viendra pour fêter l'évènement visiter ce mercredi les locaux de Lydia, rue du Sentier à Paris. Le secrétaire d'Etat peut en tout cas se féliciter de nouveau tour de table qui permet, selon Bercy, de franchir le cap des 10 milliards d'euros levés en 2021, « signe de la vitalité et de l'attractivité de l'écosystème tech française ».

On peut cependant regretter l'absence de grands investisseurs français dans ce tour de table. La French Tech attire, mais surtout des investisseurs étrangers. Ainsi, selon plusieurs sources, le principal actionnaire de Lydia serait aujourd'hui le fonds britannique Hedosophia, qui aime cultiver la discrétion sur ses investissements.

A ses côtés se retrouvent des actionnaires existants, comme le géant chinois Tencent, le Californien Accel Partners ou des hedge funds américains comme Dragoneer ou Echo Street. Une exception toutefois, le fonds français Founders Future, fondé par Marc Menasé, par ailleurs co-sponsor du SPAC DEE Tech, qui va racheter Colis Privée.

Reste que cette faible représentation des capitaux français dans cette fintech souligne à nouveau les failles du capital-risque hexagonal, qui semble toujours se focaliser sur l'amorçage des startups, laissant aux investisseurs étrangers, souvent d'ailleurs extra-européen, le soin de financer leur développement. Même les banques très actives dans l'écosystème, comme Crédit mutuel Arkéa, hésitent à suivre la croissance des sociétés, y compris pour des fintechs dont elles sont pourtant à l'origine (Leetchi et Mangopay pour citer ses deux exemples emblématiques).

La fintech multiplie par trois ses levées de fonds

Ce manque d'entrain des investisseurs français ou européens fait finalement sonner creux les célébrations récurrentes de la success story de la French Tech. Même si aujourd'hui, contrairement à la situation passée, les meilleures startups trouvent les moyens de se financer... mais à l'étranger.

Lydia est donc la 21ième licorne française. Et six se trouvent dans le secteur de la finance, avec Lydia (paiement), Swile (services prépayés), Shift Technology (assurance), Ledger (cryptomonnaies), Alan (assurance santé) et Qonto (néobanque des PME). La fintech française est donc en bonne santé. Les levées de fonds ont même triplé en 2021 par rapport à 2020, à 2,6 milliards d'euros (92 opérations), selon l'Observatoire de la Fintech (au 1er décembre 2021). Et dans Top 3 des levées de cette année, on trouve Qonto (400 millions d'euros), Ledger (312 millions) et Alan (185 millions).

« Nous voyons l'émergence d'un groupe de dix fintechs réalisant des méga deals, dont 9 de plus de 100 millions d'euros. Ce groupe est de plus en plus internationalisé, industrialisant au-delà des frontières, parfois même européennes », indique Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, Vice-Président de l'Observatoire. C'est dit, la fintech ne connaît plus de frontières.

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Commentaires 2
à écrit le 09/12/2021 à 10:36
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Il faut évoluer avec son temps. Lydia fluidifie les échanges. Les jeunes adorent. Les banques ne s'y sont pas trompé, et suivent le mouvement; les flux financiers des clients vont directement et sortent directement de la BNP. Il faut que Lydia vise ...

à écrit le 08/12/2021 à 17:32
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Les intermédiaires ne peuvent être considéré que comme des parasites et cela a tendance a s'amplifier avec le numérique!

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