L'endettement croissant des entreprises, premier risque pour le système financier français

dette entreprises françaises vs euro
Banque de France/BCE

dette entreprises françaises vs euro
Banque de France/BCE
Halte à la surchauffe. La Banque de France multiplie les mises en garde sur la croissance de l'endettement des entreprises françaises, à rebours de la tendance chez nos voisins. Dans son rapport sur l'évaluation des risques du système financier français publié ce lundi 25 juin, ceux liés à l'endettement du secteur privé « sont jugés élevés » et se situent « au premier rang des risques identifiés pour le système financier français. » Si la croissance soutenue du crédit aux ménages n'est pas une source d'inquiétude, du fait d'emprunts généralement souscrits à taux fixes, qui protègent les emprunteurs des effets de la remontée des taux d'intérêt, il n'en est pas de même pour les entreprises.
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[Répartition de la dette totale par taille d'entreprise, en milliards d'euros. Crédit : Banque de France]
L'endettement de sociétés non financières françaises atteint 1.645 milliards d'euros à fin 2017, dont 1.043 milliards sous forme de prêts, le reste en dette obligataire. Il représente 71,8% du PIB contre 62% pour la moyenne de la zone euro en 2017. La France est ainsi « le grand pays européen présentant le plus haut ratio d'endettement des sociétés non financières. »
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[Comparaison européenne des taux d'endettement brut. Crédit : Banque de France/BCE]
Début juin, le Haut conseil de stabilité financière a d'ailleurs envoyé un signal clair aux banques françaises, en leur demandant d'augmenter leur matelas de fonds propres, après leur avoir imposé de limiter leur exposition aux entreprises les plus endettées à l'équivalent de 5% de leurs fonds propres, contre 10% jusqu'ici.
Si cet accroissement de l'endettement s'explique par des conditions d'emprunt (bancaire ou obligataire) particulièrement favorables et un besoin de financement persistant, il est porteur de risques. Notamment parce que le service de la dette n'a pas diminué malgré la baisse des taux d'intérêt, alors qu'il recule dans les autres grandes économies de la zone euro.
[Le service de la dette, pour le remboursement des intérêts et du "principal", le capital emprunté, en pourcentage du revenu, en France et les grands pays européens. Crédits / Banque de France/BRI]
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La remontée des taux pourrait donc avoir un effet « significatif » sur la situation financière des entreprises endettées, en particulier les PME. La Banque de France a dressé plusieurs scénarios de hausse des taux, dont celui d'une "pentification" des taux (hausse des taux longs de 200 points de base, plus forte que celle des taux à court terme, de 100 points de base).
Un niveau à mettre en regard des charges d'intérêt nettes des entreprises non financières qui atteignaient 27 milliards d'euros fin 2016. L'impact dépendrait de la capacité des entreprises à répercuter cette hausse des taux sur leurs prix de vente et à augmenter leurs revenus issus d'actifs financiers.
Le rapport de la Banque de la France se préoccupe aussi du « développement et [du] relâchement des conditions d'octroi des financements d'entreprise à effet de levier en France. » L'Hexagone représentait 14% des volumes d'emprunts à effet de levier dans l'Union européenne en 2017, derrière le Royaume-Uni à 18%.
Le ratio de levier (dette sur Ebitda) est à la hausse, passant de 4,4 en 2009 à 5,1 en moyenne en 2017. On se rapproche du niveau considéré par la Banque centrale européenne (BCE) comme devant être « surveillé » (ratio supérieur à 6). Cependant, les banques françaises sont assez peu exposées :
Le montant unitaire de leur exposition est en outre faible (50 à 60 millions d'euros par prêt).
Du côté des prêts à effet de levier non bancaires, si les entreprises emprunteuses sont aujourd'hui « en position de force », du fait d'une forte demande des investisseurs en quête de rendement, la situation pourrait se renverser en cas de remontée des taux et des écarts de taux, les investisseurs se reportant vers les obligations d'État ou d'entreprises mieux notées (en catégorie d'investissement).
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