La Chine libéralise totalement l’accès à son secteur bancaire

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La Commission de régulation de la banque et de l'assurance de Chine (CBIRC, en anglais, pour China Banking and Insurance Regulatory Commission a annoncé qu'elle autorisait désormais les banques étrangères à monter à 100% dans le capital des géants financiers chinois.
La Commission de régulation de la banque et de l'assurance de Chine (CBIRC, en anglais, pour China Banking and Insurance Regulatory Commission a annoncé qu'elle autorisait désormais les banques étrangères à monter à 100% dans le capital des géants financiers chinois. (Crédits : Gabriela Bhaskar)
La Commission chinoise de régulation de la banque et de l’assurance a annoncé le 23 août que les banques étrangères pourraient dorénavant détenir 100% du capital des groupes financiers chinois, alors que leur participation était jusqu'à présent plafonnée de 20% à 25%.

C'est encore un nouveau pas franchi par la Chine. Après avoir programmé pour le 15 septembre prochain l'élargissement de l'accès de la Bourse chinoise aux particuliers étrangers, le président chinois Xi Jinping, en pleine guerre commerciale avec les États-Unis, a tenu à officialiser une nouvelle mesure dans le cadre de sa promesse d'ouverture économique et financière. La Commission de régulation de la banque et de l'assurance de Chine (CBIRC, en anglais, pour China Banking and Insurance Regulatory Commission), agence autorisée par le Conseil d'État à réglementer le secteur bancaire de la République populaire de Chine - à l'exception des territoires de Hong Kong et de Macao -, a en effet annoncé qu'elle autorisait désormais les banques étrangères à monter à 100% dans le capital des géants financiers chinois.

« La Chine montre qu'elle tient ses promesses et que les régulateurs financiers chinois sont intéressés par l'ouverture, plutôt que par la fermeture. [...] Compte tenu du différend commercial en cours, cette décision peut s'avérer très utile », a déclaré Chen Long, économiste de la firme de recherche Gavekal Dragonomics basé à Pékin, cité par Bloomberg.

La mesure était attendue depuis janvier 2017, mais Pékin n'a cessé de repousser sa date d'entrée en vigueur durant des mois malgré son besoin d'attirer les investisseurs étrangers. Auparavant, et ce depuis décembre 2003, la Commission de régulation bancaire chinoise (CBRC en anglais, pour China Banking Regulatory Commission) n'autorisait la participation que jusqu'à 20% par établissement étranger. Pour les  groupes bancaires, le total de leurs investissements dans une institution chinoise ne figurant pas sur une liste négative pouvait atteindre jusqu'à 25%.

Des revenus multipliés par dix d'ici à 2030

Les gains potentiels sont attrayants. Avec cette nouvelle mesure, les géants américains et européens de la finance accéderaient à un marché de 40 trilliards (40.000 milliards) de dollars. D'après les simulations de Bloomberg, ils pourraient multiplier par dix leurs revenus d'ici à 2030. Selon les données de la CBIRC, les banques étrangères détenaient 2.900 milliards de yuans d'actifs (environ 366 milliards d'euros) en Chine à la fin de l'année 2016, soit environ 1,3% de parts de marché, un plus bas historique. L'année dernière, elles ont dégagé 12,8 milliards de yuans (environ 1,61 milliard d'euros) dans le pays, soit moins de 1% des bénéfices dégagés par leurs homologues chinois.

Par ailleurs, en novembre 2017, la Chine avait commencé à ouvrir ses marchés financiers. Les firmes étrangères avaient en effet obtenu l'autorisation de porter leur participation dans des coentreprises de courtage de valeurs mobilières et de dérivés, et de fonds d'investissements de 49% à 51% actuellement. Bloomberg avait estimé en mai dernier qu'une part de marché de 6% d'ici 2030 représenterait pour les gestionnaires de fonds étrangers un actif de 1,8 milliard de dollars (environ 1,5 milliard d'euros). Il leur faudra cependant attendre 2021 pour pouvoir porter leur participation à 100%.

Nomura et JP Morgan en lice

À l'heure actuelle, aucune banque ne s'est réellement prononcée pour se lancer dans de grandes opérations dans la finance chinoise, mais quelques acteurs étrangers ont émis l'intention d'accroître leur exposition dans le pays. UBS, par exemple, a été la première banque au monde à demander une participation majoritaire dans sa coentreprise d'investissement en Chine, en mai dernier. Nomura, holding financière japonaise, et JPMorgan, première banque américaine en termes d'actifs sous gestion, ont déjà également cherché à tirer parti de cet assouplissement, notamment en créant des coentreprises avec des partenaires locaux.

De son côté, la banque chinoise, Bank of Communications se serait montrée ouverte à faire monter davantage à son capital HSBC, selon le secrétaire du conseil d'administration de l'institution bancaire chinoise, Gu Sheng, cité par Bloomberg.

Le yuan sous pression

Cette nouvelle mesure intervient alors que les échanges sous tension entre les puissances américaines et chinoises se poursuivent. Ces dernières semaines, suite à l'augmentation de droits de douane américains sur les importations chinoises, les marchés ont dû assister aux différentes attaques et ripostes des deux pays. Selon Yu Xuejun, un officiel de la commission de régulation chinoise, cette guerre commerciale affecterait la monnaie chinoise. Entre mi-juin et début août, celle-ci a fondu de 7%, à 6,85 yuans pour un dollar, au plus bas depuis mai 2017.

« La Réserve fédérale américaine, qui continue de resserrer sa politique monétaire et la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, met sous pression le yuan », a déclaré Yu Xuejun, cité par Les Échos.

Mais cette dépréciation face au dollar ne serait pas perçue d'un trop mauvais œil par les investisseurs, qui ont d'ailleurs bien réagi à la nouvelle mesure, permettant aux banques étrangères de détenir désormais 100% du capital des groupes financiers chinois. Suite à cette annonce, le titre Bank of Communications avait pris 2,2%, soit sa plus forte hausse en un mois. L'assureur Ping An a, de son côté, bondi de 7,6%.

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a écrit le 28/08/2018 à 23:18 :
Si la Chine n'avait pas tenu ses marchés aussi solidement en 2008 par le contrôle des changes et des bourses, c'est toute l'économie US qui aurait été balayée et par ricochet toute l'économie mondiale.

Encore aujourd'hui c'est la chine qui d'une certaine façon garantit la dette américaine et stabilise ses propres cours de bourse par le contrôle.

Sauf que la chine est maintenant elle aussi très endettée (Etat + ménages+entreprises 205%) et peine à se financer.
Les USA sont plus que jamais surendettés, mais il n'y a plus la chine pour acheter de la dette.

Le prochain krach sera totalement mondial, la chine en fera partie, et ce n'est pas une bonne nouvelle. On a payé les erreurs américaines, on payera pour l’inconséquence chinoise.
a écrit le 28/08/2018 à 11:33 :
le titre de l'article aurait gagné en précision en écrivant :" la Chine libérisera totalement l'accès à son secteur bancaire en 2021 ".
c'est à dire dans deux à trois ans ....temps très long pour les investisseurs financiers .
a écrit le 28/08/2018 à 9:31 :
"La Chine montre qu'elle tient ses promesses et que les régulateurs financiers chinois sont intéressés par l'ouverture, plutôt que par la fermeture."

Sous la pression américaine quand même hein... Encore une victoire de Trump.
Réponse de le 28/08/2018 à 13:24 :
N'importe quoi. C'est juste qu'ils ont compris que l'ouverture était nécessaire au développement économique et que ça leur rapporterait gros.
Réponse de le 29/08/2018 à 9:28 :
@ multipseudos:

"C'est juste qu'ils ont compris que l'ouverture était nécessaire au développement économique et que ça leur rapporterait gros"

Après que Trump leur ai dit donc, étrange coïncidence non ?!

Vous trollez.
a écrit le 27/08/2018 à 20:43 :
Quelques pas vers la liberté de circulation des capitaux. S'agirait-il de donner une dimension internationale au Renminbi? Le moment est propice.

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