La Fintech française ne veut plus être « une forêt de bonzaïs »

Fintech Mounir Mahjoubi French Tech
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[Article mis à jour à 17h]
Comment faire grandir les startups de la finance en France ? Le secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, est allé à la rencontre des fondateurs et dirigeants de Fintech ce mardi, dans le cadre de sa tournée dans toute la France auprès des différentes composantes de la French Tech. Devant un café et des croissants au dernier étage des locaux parisiens de Bpifrance, les plus ou moins jeunes loups qui veulent faire « sauter la banque » (ou l'assurance pour l'Insurtech) n'ont pas joué les timides quand le ministre les a interrogés sur leurs « irritants », selon le jargon marketing du milieu, les obstacles à leur développement et leurs frustrations au quotidien.
Deux points ressortent nettement : la réglementation, jugée trop contraignante et vieillotte, et les difficultés à mener des tours de table importants avec des fonds de capital-risque français. Des propositions seront présentées à l'issue de ce "Tour des startups" sous trois mois.
La réglementation, le fardeau dont se plaignent les acteurs traditionnels de la banque et de la finance, apparaît comme la prise de tête numéro un des Fintech aussi, pour leur mise en conformité. Manque de dialogue constructif, demandes surdimensionnées, réponses trop lentes, voire vision archaïque, les propos étaient plutôt acerbes.
Geoffroy Guigou a aussi milité pour que les organismes de place (à l'image de Paris Europlace) s'ouvrent davantage à la relève et ne soient « pas seulement des maisons de retraite pour banquiers ou assureurs, car beaucoup de choses passent par ces organismes. »
Pour ces entreprises misant à 100% sur le numérique, le maintien de certaines règles semble inadapté :
Arnaud Burgot, le directeur général de la plateforme de financement participatif Ulule, a évoqué un tracas connexe :
Le dirigeant d'Ulule s'est plaint du poids de la lutte contre la fraude pour une jeune pousse comme la sienne : « Les cartes prépayées sont dans le viseur de Tracfin : les seuils liés à la monnaie électronique ont été abaissés sans prendre en compte les autres acteurs qui utilisent cet outil, ce qui nous oblige à devenir agent d'établissement de paiement. Il y a un sujet de surtransposition des directives européennes, qui se traduit par plus de temps administratif sans gain réel dans la lutte contre le blanchiment », a-t-il estimé.
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Il s'est déclaré favorable à un « bac à sable » réglementaire (la « sandbox » à l'anglaise), où les jeunes pousses peuvent expérimenter sans contrainte jusqu'à un certain seuil d'activité. « On contrôle mieux le risque dans un environnement de type "sandbox" », a fait valoir Mounir Mahjoubi.
Il a également objecté à ceux qui s'en plaignaient que l'entrée en vigueur en mai dans l'UE du Règlement général sur la protection des données (RGPD) était une avancée.
L'autre sujet de débat portait sur la capacité à monter en puissance des startups de la finance française, qui restent de taille modeste par rapport aux britanniques, comme TransferWise ou Funding Circle, aux suédoises comme Klarna ou iZettle, aux allemandes comme Kreditech ou néerlandaises comme Adyen. Une seule française apparaît dans les 50 premières du classement mondial Fintech 100 de KPMG : le site de prêts aux PME Lendix.
Plusieurs acteurs se sont plaints du manque de risques pris par les fonds français, de la lenteur des processus de décision par rapport aux grands fonds de venture capital (VC) anglo-saxons.
Paul-François Fournier, le directeur exécutif Innovation de Bpifrance, a toutefois rappelé que « les fonds français ont doublé de taille en moyenne en quatre ans, passant de 80 à 160 millions d'euros. Mais il y a peut-être un problème spécifique à la Fintech » a-t-il avancé.
La Fintech a représenté 16% des levées de fonds des startups françaises l'an dernier selon le baromètre d'In Extenso (Deloitte), soit de l'ordre de 416 millions d'euros, la deuxième catégorie loin derrière celles de l'Internet (50%).
« Les startups sont le Botox des grands groupes ! » a complété Lionel Baraban.
Enfin, Pierre Noizat le cofondateur de Paymium, qui se présente comme « votre banque bitcoin », a exprimé ses doléances au sujet de la fiscalité des cryptomonnaies, « qui peut atteindre un taux de 66% d'imposition sur les plus-values, c'est totalement discriminatoire par rapport à d'autres pays », plaidant pour l'application de la "flat-tax" à 30%. Il a proposé la reconnaissance de la signature électronique dans la Blockchain (la technologie de chaîne de blocs, sous-jacente des cryptomonnaies comme le bitcoin).
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Le directeur général de Paymium a alors relevé que confier cette mission à un ancien de la Banque de France (Jean-Pierre Landau), « c'est comme nommer quelqu'un de Total au ministère de l'Environnement. »