Younited Credit lève 40 millions d'euros, record de la Fintech en France

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Thomas Beylot, Charles Egly et Geoffroy Guigou, les cofondateurs de l'ex-Prêt d'Union, devenu Younited Credit.
Thomas Beylot, Charles Egly et Geoffroy Guigou, les cofondateurs de l'ex-Prêt d'Union, devenu Younited Credit. (Crédits : YC)
Le site de prêt à la consommation fait notamment entrer Bpifrance à son capital. L'ex-Prêt d'Union, qui a levé un total de 103 millions, va accélérer son déploiement en Europe où il vise la place de leader.

Nouveau tour de table, nouveau record : la plateforme française de prêt à la consommation Younited Credit annonce une augmentation de capital de 40 millions d'euros, soit la plus importante levée de fonds à ce jour du jeune secteur de la Fintech, ces entreprises qui réinventent la finance à l'aide de la technologie. L'ex-Prêt d'Union détenait déjà le précédent record (31 millions en 2015) et en est à son sixième tour de table, portant à 103 millions d'euros le total des capitaux rassemblés par la jeune entreprise parisienne depuis sa création en 2011.

Cette opération, à laquelle ont participé les actionnaires historiques, le fonds Eurazeo, Crédit Mutuel Arkéa, AG2R La Mondiale et Weber Investissement (les fondateurs de la Financière de l'Echiquier), a été l'occasion de faire entrer au capital Bpifrance, ainsi que la Matmut et Zencap AM.

« C'est la cinquième plus importante levée de fonds de l'année dans la Fintech en Europe, Royaume-Uni compris », nous confie Charles Egly, cofondateur et président du directoire de Younited Credit. « Nous sommes désormais une des plus grosses Fintech européennes, en chiffre d'affaires et en fonds levés », fait-il valoir.

L'ambition de devenir leader européen

Le site, qui propose des crédits auto, travaux, mariage, voyage, etc, allant de 1.000 à 40.000 euros, financés par une communauté d'investisseurs professionnels, indique avoir prêté en cumulé pour plus d'un demi-milliard d'euros (557 millions) à 72.000 ménages depuis son lancement. Younited Credit dégage une marge opérationnelle positive depuis décembre dernier et vise un produit net bancaire de plus de 20 millions d'euros cette année, en doublement, et de plus de 100 millions en 2020. Ce qui demeure modeste à l'échelle du marché, dominé par des filiales de groupes bancaires (Cetelem de BNP Paribas, Sofinco de Crédit Agricole, Cofidis de Crédit Mutuel).

« Nous avons prêté à un rythme de 200 millions d'euros par an : nous avons seulement 0,5% d'un marché du prêt à la consommation qui représente 40 à 50 milliards d'euros de crédits originés par an en France et 150 milliards de stocks de prêts. C'est un marché très profond, qui est de taille similaire en Italie et en Espagne où nous grossissons 2,5 fois plus vite qu'en France », indique Charles Egly.

« Notre ambition est d'être la plateforme européenne de crédit à la consommation. C'est pour cela que la Bpi est entrée à notre capital via son fonds Large Venture. Nous sommes un cas typique de scale-up [phase d'hypercroissance où une startup parvient à grandir, s'étendre et « passer à l'échelle, ndlr] », relève le président du directoire.

L'argent frais doit lui permettre notamment d'accélérer son expansion européenne. Younited, qui emploie 130 personnes, est présent depuis mars 2016 en Italie, depuis mars 2017 en Espagne, et envisage d'ouvrir entre deux et quatre nouveaux pays d'ici à la fin de 2019. La jeune entreprise estime avoir « un boulevard en Europe continentale. » Le Portugal et la Belgique seraient la suite logique, mais aussi l'Europe de l'Est, où il y a moins de concurrence et « un vrai retard digital. »

Younited Credit Fintech

[Production cumulée de crédits depuis la création de Younited Credit, en bleu en France, en vert en Italie, en jaune en Espagne]

Algorithme de scoring, reconnaissance optique

L'Allemagne est un marché incontournable mais plus difficile, où Younited est présent pour la collecte via son partenariat avec la plateforme d'épargne allemande Raisin (qui a elle-même levé 30 millions d'euros en janvier) : une Fintech a déjà bien percé sur le créneau du crédit conso, l'allemande Auxmoney, qui compte parmi ses actionnaires l'assureur néerlandais Aegon et de prestigieux fonds de capital-risque (Index et Union Square Ventures), et parmi ses partenaires la néobanque en plein essor N26 (plus de 500.000 utilisateurs revendiqués en Europe, dont 100.000 en France).

Younited a conçu des interfaces (API) pour rendre ses services accessibles à des tiers et envisage, elle aussi, des partenariats avec d'autres Fintech, notamment des néobanques, ou des acteurs traditionnels, tels que la Matmut ou Arkéa. L'argent levé financera aussi des projets de développement :

« Nous allons fortement investir dans notre plateforme technologique, dans le machine learning, dans un nouvel algorithme de scoring plus prédictif, dans la reconnaissance optique de caractères pour passer en revue les justificatifs, ainsi que dans la reconnaissance du langage naturel. Nous avons été les premiers en France à lancer la signature électronique, qui réduit considérablement les délais d'approbation et les coûts de traitement. Younited Credit a la plateforme d'origination de crédit la plus efficace et la plus rentable », avance Charles Egly.

Potentiel de licorne

La Bpi se dit séduite par l'équipe de direction et les « fondamentaux solides » de l'entreprise, dans un secteur du prêt "de pair-pair" (peer-to-peer lending) qui a pourtant connu son lot de frasques, de l'affaire LendingClub aux Etats-Unis à la vaste pyramide de Ponzi du site de prêt participatif chinois Ezubao.

 « Younited Credit a démontré que son business model était solide en France et a une voie toute tracée en Europe grâce au mécanisme du "passeport" », estime Jean Bertin, chargé d'affaires Large Venture chez Bpifrance. « Son positionnement a fait la différence : c'est une Fintech, un challenger des acteurs traditionnels, qui, depuis le début, tient à respecter les règles de conformité. Grâce à leur opiniâtreté, les cofondateurs ont obtenu leur agrément d'établissement de crédit et sont les seuls à l'avoir, ils sont aussi supervisés par l'AMF (l'Autorité des marchés financiers, comme prestataire de services d'investissement) : c'est un énorme gage de confiance pour nous, en tant qu'investisseur, et pour les prêteurs et emprunteurs ».

La Banque publique d'investissement salue aussi le pilotage des risques (voir les statistiques sur le taux de défaut) et la façon dont Younited Credit équilibre son hypercroissance.

« Nous ne faisons pas de rachat de crédits, à la différence des acteurs anglo-saxons, car c'est la catastrophe en cas de remontée des taux », souligne Charles Egly.

La jeune entreprise française, qui se voit « plus en acquéreur qu'en cible » veut encore grossir et n'exclut pas le rachat « d'autres Fintech qui seraient complémentaires, comme un agrégateur en Italie qui permettrait d'accélérer l'examen de la demande de crédit », évoque le président du directoire.

Pour Jean Bertin de Bpifrance, « Younited n'est pas encore une licorne [une entreprise en forte croissance valorisée plus d'un milliard de dollars, ndlr] mais c'est un candidat sérieux pour devenir une licorne, et pas en papier ! »

Aux Etats-Unis, la plus importante plateforme de prêts personnels participatifs Prosper (10 milliards de dollars en cumulé, originés par son partenaire WebBank), aurait vu sa valorisation fondre de 70% cet été par rapport à sa précédente levée de fonds, de 1,9 milliard à 550 millions de dollars, signe de désaffection de certains investisseurs.

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Commentaires
a écrit le 20/09/2017 à 10:01 :
Il serait temps d'arrêter de faire l'apologie des levées de fonds des startup, mais plutot de mettre en valeur celles qui font un gros CA, ou encore mieux, de gros bénéfices!.. Je vous l'accorde, les startup faisant des bénéfices sont très mal vues par les investisseurs et les journalistes. C'est pas "fun".
a écrit le 19/09/2017 à 8:22 :
Socialement très inquiétant cette tendance de croissance !!!!
Réponse de le 19/09/2017 à 19:45 :
Nous avons prêté à un rythme de 200 millions d'euros par an ...
Créée en 2011 soit il y a 6 ans...

1,2 milliards reposant sur des crédits .

Quand on doit 10 000 € c'est son affaire.
Quand on en doit 1,2 milliards c'est l'affaire des banques .

Bonne chance a cette entreprise.
Drahi ( SFR - Altice ) en doit 50 , il reste encore beaucoup de marge!

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