Les fonds d'investissement vivent un nouvel âge d'or. Les acteurs du private equity, qui investissent dans les entreprises non cotées en Bourse, ont réalisé des levées de capitaux record l'an dernier, dans le monde et en France en particulier (14,7 milliards d'euros). Les actifs qu'ils contrôlent représentent 2.490 milliards de dollars au niveau mondial : « Cela commence à devenir énorme et même systémique », a relevé Jérôme Hervé, directeur associé senior au BCG, lors de la conférence annuelle des investisseurs pour la croissance, organisée ce jeudi par l'AFIC.
Ce poids s'accompagne d'une importante responsabilité sociétale : en cumulé, les cinq premières sociétés de private equity constituent le premier employeur d'Europe avec 911.896 salariés dans les entreprises qu'elles contrôlent, le deuxième aux Etats-Unis (960.231 personnes), derrière Walmart. Et avec un horizon parfois de bien plus long terme qu'une entreprise cotée sous la pression des publications trimestrielles.
Cependant, l'expert du cabinet de conseil a mis en garde la profession sur le défi majeur auquel elle doit faire face : la transformation numérique.
[Nombre d'emplois et premiers employeurs aux Etats-Unis, en Europe et en Asie-Pacifique: poids des cinq premières sociétés de private equity. Crédits : BCG]
L'émergence, sans crier, gare, d'un nouvel acteur issu du numérique dévorant le marché d'une entreprise contrôlée par un fonds d'investissement peut menacer la pérennité de celle-ci ou au minimum sérieusement dégrader son business plan et ses capacités de remboursement de la dette. Et in fine chambouler toutes les hypothèses de retour sur investissement du fonds.
Dans une étude de mars dernier sur le private equity, le BCG insistait sur la nécessité de cette prise en compte très en amont :
Philipe Higelin, le Pdg du groupe de logistique « premium urgente » Flash, qu'il présente comme « du taxi de marchandises, à la demande », a ainsi témoigné ce jeudi à la conférence de l'AFIC :
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En 2015, le fonds Eurazeo PME a investi 32 millions d'euros dans son groupe, qui a développé une plateforme digitale de prévision et d'optimisation des transports.
Devenus des acteurs installés et acceptés, qui n'hésitent pas à mettre en avant leur rôle de créateur de valeur et d'emplois (plus de 256.000 emplois nets créés en France en cinq ans dans les entreprises françaises accompagnées par le capital-investissement française selon l'AFIC), les fonds de "private equity" ne sont pas tous armés pour cela. Le BCG leur conseille d'opérer eux-mêmes leur bascule au numérique, en utilisant de nouveaux outils, par exemple pour les alertes automatiques sur l'exécution des "covenants", les clauses des contrats de prêts LBO.
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Il faudra recruter des talents et en particulier des compétences numériques, voire créer des postes dédiés, comme chez Eurazeo où Sophie Flak a été nommée directrice de la RSE (responsabilité sociale et environnementale) et du digital en 2015. Et sens doute revoir les politiques de motivation et récompense des équipes d'investissement, qui ne peuvent plus uniquement se fonder sur la hausse de l'excédent brut d'exploitation.
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