Les PME, nouvel eldorado des spécialistes des fusions-acquisitions

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Quelque 50.000 sociétés françaises de plus de 10 salariés devraient changer de mains, au cours des cinq prochaines années, selon une récente étude du cabinet Precepta.
Quelque 50.000 sociétés françaises de plus de 10 salariés devraient changer de mains, au cours des cinq prochaines années, selon une récente étude du cabinet Precepta. (Crédits : reuters.com)
"Boutiques", grandes banques universelles, cabinets d’audit se bousculent sur le marché français du conseil en fusions et acquisitions pour les PME et les ETI, tiré, entre autres, par la problématique de la transmission des entreprises.

Elles ne sont pas aussi connues - loin s'en faut - que les Goldman Sachs, Rothschild et autres Lazard, mais leur actualité n'en est pas moins riche. "Elles", ce sont les "boutiques", ces petites banques d'affaires qui, à la différence de leurs illustres grandes sœurs, ne murmurent pas à l'oreille des patrons du CAC 40, mais épaulent les dirigeants de PME et d'ETI dans leurs projets de fusions et d'acquisitions. Le 19 février, deux de ces boutiques françaises, Financière de Courcelles et Financière de l'Epervier, ont annoncé leur rapprochement, une opération destinée à créer "un acteur majeur et indépendant du conseil en fusions-acquisitions pour les PME et les ETI."

Le même jour, Natixis, l'entité cotée du groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne), dévoilait l'acquisition de Leonardo France, afin de se renforcer dans le conseil en fusions et acquisitions auprès de la clientèle "midcap" (entreprises de taille moyenne). En février toujours, un nouvel acteur faisait irruption sur ce marché, Benoît O'Mahony et Florent Haïk, deux anciens associés de Transaction R (Rothschild), ayant décidé de monter leur propre structure, Raphaël Financial Advisory.

90% des entreprises familiales sont transmises à des tiers extérieurs

Ces différents mouvements - deux regroupements, une création - illustrent parfaitement l'évolution du marché du conseil en fusions et acquisitions de PME, devenu particulièrement attractif ces dernières années et, partant, très concurrentiel. Attractif, car s'il est éminemment prestigieux - et lucratif - de conseiller Lafarge et Holcim ou Alcatel-Lucent et Nokia, dans le cadre de leurs rapprochements, des mégafusions de ce type ne se produisent pas tous les quatre matins. Alors que le marché des fusions et acquisitions de PME est structurellement plus porteur, en raison, notamment, de la problématique de la transmission des entreprises.

Avec, d'un côté, une génération de patrons de PME arrivant à l'âge de la retraite, auxquels il convient désormais d'ajouter les "serial entrepreneurs" qui n'attendent pas la soixantaine pour céder leur entreprise et, de l'autre côté, un nombre croissant de cadres tentés par l'entrepreneuriat, quelque 50.000 sociétés françaises de plus de 10 salariés devraient changer de mains, au cours des cinq prochaines années, selon une récente étude du cabinet Precepta. Une manne en perspective pour les banques d'affaires, d'autant plus qu'en France, dans 90% des cas, les entreprises familiales sont transmises à des tiers extérieurs à la famille, ce qui nécessite de recourir à des intermédiaires financiers.

Un marché qui suscite l'intérêt des grandes banques et des cabinets d'audit

Résultat, les boutiques ne sont plus seules sur le marché du conseil en fusions et acquisitions pour les PME. Elles sont notamment confrontées à la concurrence croissante de grands cabinets d'audit comme Deloitte, KPMG, Ernst & Young ou PricewaterhouseCoopers, qui voient dans le conseil en fusions et acquisitions de PME une réponse au tassement des revenus issus de leur métier de base. Surtout, ce créneau suscite un intérêt grandissant de la part des grandes banques universelles, présentes tout à la fois en banque de détail et en banque de financement et d'investissement, et qui ont vu le marché des mégafusions se réduire comme peau de chagrin après la crise financière de 2008.

"Nous avons complété notre offre à destination des petites et moyennes entreprises, jusqu'ici essentiellement centrée sur le capital investissement et le financement structuré de type LBO ou financement d'acquisition, par une offre de conseil en fusions et acquisitions pour les entreprises dont la valeur d'entreprise se situe entre 5 et 30 millions d'euros, avec un focus sur les opérations de cession ou de réorganisation du capital. Il existe une véritable demande de la part des chefs d'entreprise pour ce type d'accompagnement afin, en particulier, de structurer le processus de cession et d'élargir le champ des acquéreurs potentiels",

témoigne Vincent Tricon, directeur de Société Générale Mid Cap Investment Banking, qui, présente à Paris, Lyon et Rennes, travaille plus largement sur des opérations de fusions et acquisitions pour des valeurs d'entreprise principalement comprises entre 5 millions et 500 millions d'euros.

Des débouchés pour la gestion de patrimoine

Dans la même veine, la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes s'était dotée, il y a un an, d'une banque d'affaires, Hyperia Finance, afin d'accroître sa présence auprès des PME et des ETI. "Pour les grandes banques, conseiller les PME et ETI sur leurs projets d'acquisitions et de transmission fait partie de l'accompagnement global de leurs clients. A la différence des "boutiques", nous pouvons apporter en plus le financement aux entreprises que nous conseillons dans leurs projets de croissance externe ou dans le cadre des processus de cession", confirme Vincent Tricon.

Les banques universelles sont d'autant plus enclines à travailler sur les projets de croissance externe des PME que cela peut les amener à gérer la fortune des patrons des sociétés en question : "La proximité qu'une opération d'acquisition crée entre la banque et le chef d'entreprise nous permet de proposer à ce dernier de le conseiller également en matière d'ingénierie patrimoniale", reconnaît Vincent Tricon.

Une exacerbation de la concurrence qui ne manque pas d'affecter les marges des boutiques, acteurs historiques du secteur. Leur taux de résultat net a été ramené de 11,4% en 2008 à 2,2% en 2013, selon Precepta. "Sur cette catégorie d'opérations de moins de 30 millions d'euros de valeur d'entreprise, les commissions sont relativement faibles en valeur absolue, ce qui nécessite une organisation et une approche spécifiques", admet de son côté Vincent Tricon. C'est dire si le rapprochement entre Financière de Courcelles et Financière de l'Epervier pourrait en annoncer d'autres.

Surtout que, la conjoncture économique demeurant morose, nombre de patrons de PME attendent des jours meilleurs pour concrétiser leurs velléités de croissance externe. "Nous n'observons pas de redémarrage massif du marché des fusions-acquisitions sur le segment midcap bien que des projets existent, notamment en direction des Etats-Unis, considérés comme une zone de croissance naturelle et qui sont un pays facilement compréhensible pour une entreprise européenne", confirme Vincent Tricon.

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Commentaires
a écrit le 05/05/2015 à 16:05 :
Les acteurs du Private Equity sont listés dans l'annuaire de l'AFIC (voir le site). Les boutiques se regroupent car il n'y a plus de cible en France. Hors start-up qui sont elles aussi peu nombreuses, les 2 millions d'entreprises ayant 0 (patron seul) ou 1 employé n'interressent pas les boutiques financières. le million d'entreprises ayant plus de 1 employé mais moins de 11 non plus à quelques très très rares exceptions. de fait ces activités n'ont aucune valeur de levier, elles ne passionnent pas plus les éventuels repreneurs (contrairement à ce que l'on affirme ordinairement) car leurs métiers sont dépassés pour l'essentiel. Seule une partie des 236 000 restantes, bien moins une fois la consolidation des doublons ou filiales faite et le retrait des succursales étrangères, occupent les boutiques. Ces entreprises sont souvent "en main" depuis de longues années ou participent déjà d'un programme. La vérité est que les cibles disparaissent.

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