Moins de surendettés mais des surcoûts bancaires lourds pour les plus fragiles

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Le nombre de dossiers de surendettement est en net baisse depuis trois ans, après une hausse continue entre le début des années 1990 et 2013. La loi Lagarde qui a réformé le crédit à la consommation, en particulier renouvelable, a produit ses effets.
Le nombre de dossiers de surendettement est en net baisse depuis trois ans, après une hausse continue entre le début des années 1990 et 2013. La loi Lagarde qui a réformé le crédit à la consommation, en particulier renouvelable, a produit ses effets. (Crédits : Banque de France)
Le nombre de dossiers de surendettement a diminué de 11% l’an dernier selon l’observatoire de l’inclusion financière de la Banque de France. Cependant l’offre à moindre frais créée pour les personnes « en fragilité financière » n’a pas décollé : seuls 10% des 3 millions concernés l’ont souscrite.

Il y a du « mieux » et du « peut mieux faire » en matière de lutte contre l'exclusion financière. Dans sa troisième édition de l'Observatoire de l'inclusion bancaire, auquel participent des banques et des associations, la Banque de France relève « des succès dans la lutte contre le surendettement bancaire » mais aussi sobrement « des progrès attendus » dans le domaine des offres dédiées aux populations les plus en difficultés et des frais qui leur sont appliqués.

 « Il y a une très bonne nouvelle : la baisse du surendettement, qui s'est amplifiée, avec des chiffres spectaculaires », s'est réjoui lundi François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, lors d'une conférence de presse. « Le nombre de dossiers déposés a diminué de 11% en 2016, après -6% en 2015 et -2% en 2014. C'est l'effet de la loi Lagarde, qui a strictement encadré le crédit renouvelable : ce dispositif voulu par le législateur porte ses fruits. »

Le nombre de saisine de la commission de surendettement passe les 200.000, à 194.194 en 2016 (concernant 217.919 personnes surendettées), « après deux décennies de croissance continue » de 1989 à 2013. Il baisse encore de 6% sur les cinq premiers mois de 2017. La part des crédits à la consommation dans l'endettement total des ménages a fortement baissé, de 58,2% en 2011 à 39,3% en 2016 : ce sont les arriérés de charges (logement, énergie, transport) et les dettes immobilières qui augmentent. Le profil n'évolue guère : ce sont majoritairement des personnes seules, sans aucune capacité de remboursement dans plus de 50% des cas.

Plus de 160 euros par an de frais de rejet de chèque

En revanche, le bilan est très mitigé concernant les mesures prises pour alléger le fardeau des surcoûts bancaires liés aux incidents de paiement qui affectent prioritairement ces populations fragiles. La loi de séparation bancaire de 2013 oblige les banques à proposer à ces dernières une « offre spécifique », un service de base bancaire adapté, à 3 euros par mois maximum, comprenant une carte de paiement à autorisation systématique et deux chèques de banque par mois, et des frais d'incident moins élevés, tels que le rejet de chèque et la « commission d'intervention » quand la banque effectue le paiement malgré le dépassement du découvert autorisé, qui ne peut excéder 4 euros par opération (contre un maximum de 8 euros prévu par la loi) et 20 euros par mois (contre 80 euros).

« Seulement 10% environ des clients financièrement fragiles bénéficient de l'offre spécifique », relève le rapport, soit 250.000 personnes  près de 3 millions de personnes identifiées par les établissements bancaires comme étant « en situation de fragilité financière », dont 500.000 sans compte courant. « C'est loin des ambitions qui avaient été nourries à cet égard », souligne la Banque de France.

Or ces populations continuent de payer des frais importants, en moyenne 162 euros par an en rejets de chèque et 182 euros en commission d'intervention. Frais qui parfois se cumulent au cours d'un mois (mais pas sur la même opération). Même les clients ayant souscrit l'offre adaptée paient un montant « substantiel » de commissions d'intervention (non précisé).

« Il y a des progrès possibles et souhaitables » a déclaré le gouverneur de la Banque de France, relevant que « les frais restent importants » et que « la procédure (d'offre spécifique) est insuffisamment connue ou promue ».

De la Banque postale à Compte Nickel

La responsabilité pourrait venir de « courriers insuffisamment explicites, d'une absence de suivi » de la part des établissements bancaires, avance la Banque de France. Ces derniers pointent du doigt au contraire l'absence de chéquier, pénalisante pour les paiements de certains services publics locaux, et la « stigmatisation » qui serait associée à cette offre. A ceux qui aimeraient que ce rôle d'inclusion de clients pas assez « à valeur » soit dévolu à la seule Banque postale, le gouverneur de la banque centrale a objecté :

« Il est bon que l'ensemble des établissements soient concernés par l'accessibilité bancaire. En matière de droit au compte, les six grands réseaux le sont au prorata de leur part de marché. »

Certaines néobanques et startups de la Fintech se sont positionnées sur ce créneau, notamment le Compte Nickel, sans chèque ni découvert autorisé, pilotable sur smartphone, que l'on ouvre chez le buraliste (une success-story à 620.000 clients récemment rachetée par BNP Paribas).

« Le droit au compte c'est un compte bancaire. Cela pourra évoluer un jour, mais il ne me semble pas mauvais qu'il y ait un contact physique pour ces populations fragiles », a relevé François Villeroy de Galhau.

Afin d'accentuer son action pour l'inclusion bancaire, la Banque de France souhaite aller au-delà du « volet correctif » (lutte contre le surendettement, droit au compte) :

« Nous développons de plus en plus le volet préventif, notamment avec l'offre spécifique et l'éducation financière, qui est une nouvelle frontière. L'accessibilité ce n'est pas seulement avoir un compte et une carte : c'est aussi donner les moyens et le savoir-faire » pour gérer son budget, a insisté le gouverneur.

Or les Français seraient bons derniers au niveau européen en matière de culture financière selon une récente étude menée par Allianz.

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Commentaires
a écrit le 06/02/2018 à 20:18 :
La banque de France, oui c'est bien effacement des dettes...
Mais on vois ceSt les pauvres, peut de retraite et touts prélèvement. ..
Touts augmente...
Par Contre, c'est que plus personne vous regarde auprès des banques quand on est ficher, et cela 5ans, c'est une punition, la honte..

Même avec votre chéquier carte que vous avez on vous regarde comme un chien...
Car il est pas inédit de payer en 3 fois une gaziniere.ou autre ...
Eh bien la honte devant les gens...
Alors voyer se que l'on passe...
Sortez les 5ans. ..
Il y a des gens sérieux.
Merci.
a écrit le 28/06/2017 à 16:17 :
Pour éviter cette hécatombe de surendetté il faut mettre en place un fichier national qui calcul automatiquement le taux d'endettement d'un demandeur . Je pense que les banques n'y tiennent pas car il y a encore énormément de bénéfice a se faire en adaptant la politique de l'autruche !.... et en plus ils ajoutent du malheur au malheur des familles qui sont prisent dans la tourmente. Ils préfèrent trouver des formules toutes faites du genre " un crédit vous engagent etc..etc.. et aussi "attention : chutes de pierres ou "encore Le tabac tue . avec sa on n'est prévenu
a écrit le 28/06/2017 à 1:00 :
On pourrait remettre les cours d'économie ménagère au goût du jour. Cela se faisait autrefois dans les écoles de filles. A étendre aux garçons.
a écrit le 27/06/2017 à 16:37 :
"mais des surcoûts bancaires lourds pour les plus fragiles"

Et comme il va y en avoir de plus en plus avec la loi travail ,jackpot pour les banques.
a écrit le 27/06/2017 à 8:26 :
Ca fait des DECENNIES qu'on évoque le racket des banques !
Qu'est-ce qui a été fait ? ...... RIEN !
.... pas d'erreur on est bien en France .....
a écrit le 27/06/2017 à 8:25 :
Ca fait des DECENNIES qu'on évoque le racket des banques !
Qu'est-ce qui a été fait ? ...... RIEN !
.... pas d'erreur on est bien en France .....
a écrit le 27/06/2017 à 6:31 :
Il faut pas oublier que malgré les "subprimes" il n'y a toujours pas de banquier en prison, cherchez l'erreur ??
a écrit le 26/06/2017 à 18:48 :
Attention à la BNP, même avec une autorisation de débit de € 100, on paiera au moins € 7 Euro, avec un découvert de 0,01€ ( voir les conditions générales )
a écrit le 26/06/2017 à 18:14 :
suite ... "
"Un usurier s'occupe de vous au présent, vous prête au conditionnel, vous ruine au futur."
Joseph Addison "

Plus actuel ... le banquier vous prêtes un parapluie qu'en il fait beau, et vous le reprend en cas de pluie !
Réponse de le 27/06/2017 à 7:37 :
@pmxr: la logique mon cher Watson: quand il pleut, la location du parapluie est plus chère puisque plus utile. La loi du marché, c'est l'offre et la demande :-)
a écrit le 26/06/2017 à 18:07 :
En cas de dépassement de découvert (si le découvert est possible).... la banquier se transforme en usurier !
a écrit le 26/06/2017 à 17:30 :
comme en ITALIE ! en Fance aucune confiance aux banquiers
Réponse de le 27/06/2017 à 8:26 :
... comme on fait son lit on se couche !
a écrit le 26/06/2017 à 17:28 :
faire payer les pauvres
Réponse de le 27/06/2017 à 10:39 :
il n'y a pas que les banques qui font payer les pauvres y qu'à voir le gouvernement qui veux faire payer les retraités. A qui la suite au point où nous en sommes ?
Réponse de le 27/06/2017 à 13:44 :
@quenimo: la raison du plus fort est toujours la meilleure ! C'est la réalité de la vie :-)
a écrit le 26/06/2017 à 16:46 :
"une success-story à 620.000 clients récemment rachetée par BNP Paribas"

C'était une excellente idée il est vraiment dommage qu'une multinationale bancaire l'ai acheté à terme cela va sérieusement freiner son succès quand les gens finiront par dire, dont moi le premier d'ailleurs, bah ça y est les gars c'est déjà avalé et digéré. Fameuse impasse néolibérale dans laquelle rien de vivant ne peut s'épanouir.

Sinon ce serait facile de lutter contre le surendettement il faudrait interdire les prêts à la consommation et apprendre aux gens à consommer moins, voir s'en passer quand c'est possible et mieux.

"Gardes arrêtez cet homme !"
Réponse de le 27/06/2017 à 9:14 :
" apprendre aux gens à consommer moins, voir s'en passer quand c'est possible " bon courage !
Il y a des moment ou je suis deprimé quand je vois des gamins dont les parents n ont pas d argent arborer des maillots de foot ou des tennis qui sont vendu 100 fois plus cher que leur valeur reelle.
On peut faire la meme reflection avec les ventes de coca cola (l eau c est gratuit et ca evite de devenir obese), le mc donald ...
Réponse de le 27/06/2017 à 11:18 :
Regardez autour de nous nous sommes assiégés par la propagande marchande et l'idéologie capitaliste qui voudrait que la consommation c'est le bonheur.

Et du coup nombre de gens se lancent dans cette activité devenant toujours plus frustré.

Je connais un homme qui avait les moyens d'assouvir tout ces fantasmes sexuels et plus ça allait plus ils étaient tordus cela a très mal fini.

La consommation n'est pas un sens a donner à sa vie sinon on fini par perdre la raison.

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