Taux négatifs : Draghi au chevet des banques

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Mario Draghi ce mercredi à Francfort lors d'une conférence de presse.
Mario Draghi ce mercredi à Francfort lors d'une conférence de presse. (Crédits : Kai Pfaffenbach)
Le président de la Banque centrale européenne a laissé entendre ce mercredi que des mesures pourraient être prises pour compenser l'impact des taux négatifs (de -0,40%) appliqués sur les dépôts des banques. Les valeurs bancaires ont flambé en Bourse en réaction.

La hausse des taux d'intérêt n'est pas pour demain, mais les banques vont peut-être un peu moins souffrir. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a indiqué ce mercredi 27 mars que l'institution pourrait remédier aux effets secondaires indésirables des taux négatifs qui affectent les établissements bancaires.

"Si nécessaire, nous devons réfléchir à la possibilité de mesures permettant de préserver les implications favorables des taux négatifs sur l'économie tout en atténuant leurs effets secondaires, s'il y en a", a déclaré Mario Draghi, dans un discours devant les observateurs de la BCE à Francfort.

Les liquidités excédentaires que les banques laissent en sécurité au jour le jour dans les coffres de la BCE subissent un taux de rémunération négatif depuis 2014, fixé à -0,40% depuis mars 2016. Ce "taux de la facilité de dépôt" rapporte de l'argent aux banques centrales, plus de 7 milliards d'euros d'intérêts par an pour la BCE. Pour mémoire, le bénéfice net de la BCE est distribué aux banques centrales nationales  de la zone euro (1,5 milliard d'euros en 2018).

Ce commentaire de Mario Draghi a fait bondir en Bourse les valeurs bancaires un peu partout en Europe. Crédit Agricole s'adjuge près de 3,5%, Natixis (BPCE) plus de 3%, Société Générale et BNP Paribas plus de 2%.

Vers un taux progressif ?

Les banques se disent étranglées entre d'une part des taux très bas, qui rognent leur marge d'intérêt lorsqu'elles accordent des prêts aux particuliers ou aux entreprises et rendent leur activité de banque de détail peu rentable, et d'autre part cette "taxe" sur les dépôts, qu'elles ne peuvent répercuter sur leurs clients, au risque de les voir partir à la concurrence.

Aucune mesure précise n'aurait été discutée mais l'objectif serait de rendre une partie de ces intérêts aux banques. L'une des pistes avancées par les banques elles-mêmes serait un taux de dépôt progressif, variable, par palier, à définir, selon l'agence Reuters.

Mario Draghi a toutefois nuancé en arguant que "la faible rentabilité des banques n'est pas une conséquence inévitable des taux bas".

"Les banques les plus performantes de la zone euro en termes de rendement des capitaux propres entre 2009 et 2017 partagent trois caractéristiques principales: elles ont été en mesure de réduire de manière significative leurs ratios coûts/revenus; elles se sont lancés dans des investissements à grande échelle dans les technologies; et elles ont su diversifier leurs sources de revenus dans un environnement de taux bas", a noté le président de la BCE.

La hausse des taux encore repoussée, au-delà de la fin 2019 ?

Le fait que la Banque centrale européenne semble se préoccuper de l'effet de sa politique monétaire sur les établissements de la zone euro s'inscrit aussi dans une séquence : les banques vont devoir faire preuve de patience, la BCE ayant officiellement indiqué le 7 mars dernier qu'elle repoussait le relèvement des taux de six mois, "au moins jusqu'à la fin de 2019". Or, ce mercredi, Mario Draghi a laissé entendre que l'horizon pourrait encore s'éloigner.

"Comme nous l'avons fait lors de notre réunion de mars, nous veillerons à ce que la politique monétaire continue d'accompagner l'économie en ajustant nos indications sur la trajectoire future des taux pour refléter les nouvelles perspectives d'inflation", a-t-il déclaré.

Les marchés ont rapidement réagi ce mercredi : les contrats à terme sur l'Euribor, qui reflètent les anticipations des investisseurs en matière de hausse des taux, ont montré une baisse de la probabilité d'une action de la BCE l'an prochain, n'intégrant plus qu'une hausse de 6 points de base d'ici à la fin de 2020, contre près de 20 points il y a deux semaines.

La semaine dernière, la Fed américaine avait aussi pris de court les marchés en annonçant qu'elle n'envisageait plus de hausse de taux cette année. Un message qui a été pris comme un avertissement sur la croissance et qui a provoqué une inversion de la "courbe des taux" : le rendement des bons du Trésor à 10 ans est passé au-dessous de celui des bons à 3 mois pour la première fois depuis 2007. Un signe habituellement annonciateur de récession.

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Commentaires
a écrit le 28/03/2019 à 19:35 :
Attention les pigeons de la bourse.A l'approche des 6000 le cac s'écroule comme les magouilleurs l'on fait il y a 16/17 ans.Mais se n'est pas perdu pour tout le monde.Si vous ètes patient vous attendrez une vingtaine d'année pour récupérer votre placement
a écrit le 28/03/2019 à 10:44 :
"nous veillerons à ce que la politique monétaire continue d'accompagner l'économie"

Dommage que nos dirigeants politiques n'arrivent toujours pas à comprendre que l'économie ce ne sont pas que les banques, c'est comme tout ces gens pour qui un ordinateur c'est forcément internet incapables de voir l'énorme potentiel d'un PC seul déjà...

Ben nos dirigeants politiques et économiques sont incapables de voir ce qu'est l'économie réelle car trop compromis.
Réponse de le 29/03/2019 à 9:22 :
@ multipseudos:

"l'économie ce ne sont pas que les banques, "

comme d'habitude tu me sautes dessus sans m'avoir lu.

Signalé.
a écrit le 28/03/2019 à 8:50 :
quand arrêtera t on de voler les petits épargnants avec un taux à 0,75 sur le livret A
Réponse de le 28/03/2019 à 14:25 :
La banque étant rémunéré à -0.4, le livret A devrait être rémunéré à -0.4. Donc bien au contraire, le petit épargnant est gagnant.
a écrit le 28/03/2019 à 1:33 :
Vive le papier monnaie.
Law, n'est pas loin.
a écrit le 27/03/2019 à 19:00 :
Taux trop bas pour protéger les états impécunieux, délétère pour les possédants, à commencer par les retraités, et bien sûr les banques et les assurances, à qui au surplus on reproche de ne pas être assez solides..,L'Europe a besoin d'une industrie financière solide, profitable, compétitive avec les banques américaines. Les limites ont été franchies lors de la dernière réunion de la BCE qui a pris des décisions politiques (donner de la marge de manoeuvre aux états dans un contexte social difficile, et non techniques.
Réponse de le 27/03/2019 à 19:37 :
Les banques françaises sont parmi les plus solides en Europe. Pour les états les taux très bas font baisser la charge financière de la dette.
Réponse de le 28/03/2019 à 13:17 :
Oui, vous avez raison, mais quid de l'Italie, de l'Allemagne, de la Belgique (Fortis ramassée par BNPP), ..Seule l'augmentation de la charge de la dette aura un impact sur le contrôle de la finance publique...laquelle est donc souhaitable!
a écrit le 27/03/2019 à 18:57 :
on a du mal a comprendre qu'une banque centrale qui est la pour emettre de la monnaie pour faire tourner l'economie gagne de l'argent via les depots obligatoires....
bon, casser les jambes des gens et offrir les bequilles, c'est mesquin...... on apprend en premiere annee de macroeconomie ce qu'est un modele IS/LM; et si le prof est correct a un momemnt donne ou a un autre il explique sur un graphe ce qu'est la trappe a liquidite.........
hormis foutre le bazar, et creer des bulles, les politiques monetaires actuelles ne menent nulle part
Réponse de le 28/03/2019 à 8:52 :
via les dépôts obligatoires... résultant d'un flot de monnaie qu'elle injecte à satiété dans ces mêmes banques, casser le jambes des gens, leur faire payer un max l’hôpital, et leur expliquer que certains arrivent à survivre
Les banques centrales n'ont jamais ni vu, ni prévenu les grandes bulles depuis 30 ans, et pour continuer sur la lancée c'est maintenant elles qui les alimentent.
Il faut absolument réduire leur mission
a écrit le 27/03/2019 à 18:30 :
Apprenti sorcier sur des théories monétaires qui restent des théories et sont de plus en plus discutables. le japon en qe depuis 2001 s'inquiète toujours de son yen fort et son manque d'inflation. D'ailleurs pourquoi 2%, pas 5%, 0% -2%?
Et si toutes ces théories étaient a jeter a la poubelle avec leurs zélés applicateurs? Après tout dans l'histoire de l'humanité et de sa monnaie, l'inflation est elle normale?
Et même si ces théories étaient justes, injecter dans la sphère financière et surveiller le prix de la botte de poireaux, quelle stupidité. Si l'on en croit ces théories, injecter dans la sphère financière ferait monter le prix des actifs (inflation) et pomperait donc la sphère de consommation domestique en déplaçant des sous de du domestique au financier plus rentable, d'où une baisse du prix de la botte de poireaux (a température constante bien sur)

Bref, c'est nul leur truc. Tant pis pour vous.

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