Envol de la dette privée : Bercy somme les banques de faire des réserves

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La France a dépassé l'Espagne comme premier grand pays européen en termes d'endettement du secteur privé (ménages et entreprises) rapporté au PIB en septembre 2018.
La France a dépassé l'Espagne comme premier grand pays européen en termes d'endettement du secteur privé (ménages et entreprises) rapporté au PIB en septembre 2018. (Crédits : Banque de France)
Le Haut conseil de stabilité financière a décidé de doubler le matelas de fonds propres des banques en cas de retournement du cycle financier. L'objectif n'est pas de ralentir l'octroi de prêt mais de garantir un coussin de fonds propres pour éviter un tour de vis brutal sur le marché du crédit. Les banques ont exprimé leur incompréhension.

[Article mis à jour à 19h20]

Dans un environnement de taux d'intérêt ultra-bas, les banques prêtent à tout-va : elles ont toutes annoncé une forte dynamique commerciale en termes de production de crédit (immobilier, à la consommation, ou aux entreprises), en présentant leurs résultats annuels. La tendance inquiète passablement les autorités : depuis plusieurs mois, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a sonné l'alarme, jugeant la croissance de la dette privée un peu trop forte et en décalage avec nos voisins. L'endettement des ménages et des entreprises français rapporté au PIB est désormais le plus élevé des grands pays d'Europe : à 133,3% du PIB en France à fin septembre 2018 (dont 59,2% pour les ménages et 74,1% pour les sociétés non-financières), il a dépassé le niveau de l'Espagne et excède largement la moyenne de la zone euro (118,6%),  tout en restant en deçà du Royaume-Uni (153,1%) ou des Etats-Unis (149%), selon les chiffres publiés début février.

« C'est une anomalie française » estime-t-on à la Banque de France.

Sur proposition du gouverneur, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF), qui s'est réuni ce lundi 18 mars sous la présidence de Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, a donc décidé de renforcer ce que les autorités appellent « le coussin contra-cyclique », un matelas de fonds propres imposé aux banques en fonction de leur exposition au marché français.

En juin dernier, le HSCF avait annoncé un premier « coussin » de 0,25% des actifs pondérés par les risques que les banques devront avoir constitué dans leur bilan d'ici au 1er juillet 2019. Le coussin sera rehaussé à 0,5% à compter d'avril 2020 (la décision sera publiée le 2 avril prochain, après approbation de la Banque centrale européenne).

"Incompréhension" des banques

Ce coussin, qui peut aller théoriquement jusqu'à 2%, s'inscrit dans une logique préventive : « il s'agit de maintenir la capacité des banques à prêter, pas de restreindre l'octroi de crédit » insiste-t-on au ministère.

« Le HCSF relâchera le coussin en cas de retournement du cycle financier, avec application immédiate. Ce relâchement permettrait aux banques de mobiliser cette réserve de capital pour préserver leur capacité d'offre de crédit, notamment aux petites et moyennes entreprises qui sont les plus dépendantes du financement bancaire » précise le Haut conseil dans un communiqué.

Les banques, dont les dépôts sont "taxés" à 0,4% par la BCE et qui préfèrent donc prêter même à un taux bas, ont immédiatement réagi pour fustiger la décision.

« Les banques françaises ne comprennent pas cette décision, qui n'est pas cohérente avec la politique monétaire de la Banque centrale européenne, qui soutient le financement de l'économie grâce à la distribution de liquidités sur les marchés à des taux particulièrement bas » indique la Fédération bancaire française (FBF) dans un communiqué.

Le lobby bancaire a relevé que le coût du risque est en baisse de 18% en 2017 et désormais « à son niveau le plus faible depuis 2007.» Il a également jugé le signal donné « contradictoire dans un contexte de croissance ralentie

Cependant, une source à Bercy relève que « la décision de juin dernier n'a eu aucun impact sur la dynamique du crédit, nous n'avons pas observé un quelconque changement de tendance ». Le crédit bancaire aux ménages était encore en progression de 5,5% en janvier contre 3,2% en zone euro, celui aux entreprises non financières de 6% contre 3,4% en moyenne. La hausse est de 6,2% chez les PME et avoisine 7% chez les TPE. Du côté des grandes entreprises, la dynamique se maintient si l'on inclut la dette de marché.

« C'est un instrument de précaution, une arme macro-prudentielle pour éviter le risque d'arbitrage violent des banques sur les nouveaux crédits par insuffisance du capital » décrypte une source à la Banque de France.

Le niveau des crédits immobiliers ne nécessite pas de mesures spécifiques selon l'institution.

Parmi les risques pouvant causer un retournement du cycle financier, les autorités songent à un Brexit sans accord, qui pourrait provoquer des turbulences sur les marchés et rendent les conditions de crédit plus difficiles.

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Commentaires
a écrit le 20/03/2019 à 22:47 :
La crise obligataire va se déclencher sans prévenir.. et cela fera très mal!
a écrit le 20/03/2019 à 17:19 :
bizarre comme c'est bizarre
les médias ont toujours dis que l'Italie avait les banques les plus endettées or c'est l'Allemagne DB ..., que l'Italie dépassait les 3% or c'est notre pays qui dépasse depuis des années les 3%, que l' Italie était pleine de dettes et c'est la Grande Bretagne, la France, l'Espagne et les USA... je comprends plus !!!!! à l'aide. Que des mensonges ?
a écrit le 20/03/2019 à 2:13 :
le grand banditisme des escrocs ponctionnaires en pleine action !!
a écrit le 19/03/2019 à 11:22 :
comme dirait Martine :" quand c'est flou , c'est qu'il y a un loup "
où se cache t-il ?
a écrit le 19/03/2019 à 9:16 :
je crois que ca veut dire ' arretez de preter de l'argent a 25 ans a des particuliers pas solvables a 2% par an sans apport quand vous ne connaissez la structure des taux que sur 10 ans'
dit differemment ' gerez les risques et arretez de faire n'importe quoi, on ne veut pas encore devoir vous sauver'
Réponse de le 20/03/2019 à 8:07 :
Le secteur public peut bien accepter de "sauver" le secteur privé de temps en temps, lui qui est financé en permanence par le secteur privé et vit à ses crochets...
a écrit le 19/03/2019 à 8:50 :
L'anomalie majeur n'est elle pas le prêt à la consommation ? Ces énièmes pratiques scandaleuses des banques qui voient des gens s'enfoncer définitivement dans les problèmes financiers.

Le dogme capitaliste faisant que le bonheur viendrait de la consommation incite les gens à s'endetter pour être "heureux"... ET comme ils trouvent pas, forcément, ils empruntent plus pour consommer plus.
Réponse de le 20/03/2019 à 10:31 :
non le pb n est pas les pret a la consommation qui sont sur des montants faible mais les prets immobiliers. L explosion des prix de l immobilier fait que les gens empruntent de plus en plus sur des durees de plus en plus longues (avant on empruntait sur 15 ans, maintenant sur 25). Evidement, le jour ou la bulle immobiliere va se degonfler, ca va faire mal. Surtout si couplee a une recession : les emprunteurs neseront plus capable de payer les mensualite du pret et la banque ne pourra saisir le logement pour se refaire car celui ci vaudra moins que la dette
a écrit le 19/03/2019 à 8:39 :
Se prépare-t-il une crise des subprimes à la Française ? En tout cas, le cadre législatif est prêt depuis le votre d'une loi qui limite les garanties de l'état sur l'épargne des français. L'état manque d'argent, il va en trouver...
Réponse de le 20/03/2019 à 13:31 :
De quelle loi parlez vous ? la dernière loi en date à au contraire augmenter les plafonds de garantie...
Réponse de le 23/03/2019 à 8:10 :
La loi plafonne le montant garanti à seulement 100000€ par déposant et par banque. Si vous vendez votre maison et que l'argent est sur votre compte au moment du crash, vous ne conservez que 100000€ au total. Autant dire pas grand chose pour ce reloger. Ce sont les actionnaires des banques qui devraient assumer leurs pertes, comme toute entreprises. Du fait du statut particulier des banques, elles devraient être nationalisées en cas de défaillance. Puis revendues sur les marchés une fois la situation rétablie. Au lieu de cela, on laisse les clients captifs se faire dépouiller...
a écrit le 18/03/2019 à 23:58 :
l'endettement des ménages est limité et a été considéré comme le plus solide en Europe (BCE, 10/2014 ; "Why Germany's households are more fragile than you think", The Telegraph, 27/10/2014 ; voir aussi "Higher rates may spell private debt trouble, study finds", Bloomberg, 15/03/2018). le surendettement diminue de façon significative, comme on a pu le lire récemment.
le ratio 'encours d'endettement/revenu disponible brut' des français est de 67% contre une moyenne européenne de 68%, et le ratio 'encours d'endettement/patrimoine non financier' est de 13% contre une moyenne européenne de 17% (Etude sur le crédit immobilier résidentiel en Europe, Crédit Foncier, 05/2018).

l'endettement des entreprises n'est pas alarmant (Taux d'endettement des entreprises : faut-il s'inquiéter ?, Etude économique N°17/186, 12/07/2017, Crédit Agricole).
les entreprises profitent des taux très bas pour investir (forte hausse de l'investissement des industriels prévue pour cette année, dixit INSEE/Usine Nouvelle).
a écrit le 18/03/2019 à 20:06 :
Décryptage : "Comment pouvez vous mettre le système en danger en comptant sur les dépôts des clients pour adosser vos prêts, alors que nous allons en avoir besoin pour compenser la hausse des taux qui arrive, en allant, grâce au prélèvement à la source , les chercher directement par décret sur les comptes courants". On comprend la sidération feinte des banques.
a écrit le 18/03/2019 à 20:06 :
Britanniques à bien raison
Autre contradiction : la BCE laisse des taux à zéro pour augmenter les credts. Et d’autre part par son organisme de surveillance, demande aux banques de majorer leurs coussins afin d’étre à même de faire des crédits lorsque les taux remonteront. La BCE reporte donc sur les banques d’assurer des rôles, qu’elle n’est plus capable de tenir.
Il n’y a pas de mystère: lorsque on maintient une anomalie ( les taux zéro voire négatifs) on entraîne toute une série d’absurdite économique qu’on n’a pa fini de payer.
a écrit le 18/03/2019 à 19:10 :
Bercy se préoccupe de la dette privée, celle gagée par les investissements productifs des entreprises, qui sont rentables et créent de la richesse, mais ne s'attarde pas sur la dette publique, improductive et qui ne finance essentiellement que des dépenses de fonctionnement (même si on peut gloser sur la rentabilité non financière des investissements publics). Heureusement qu'il y a encore des acteurs privés pour financer l'impécuniosité des acteurs publics... Mais on ne peut pas à la fois critiquer un taux de bancarisation trop élevé des financements des entreprises et fustiger les "actionnaires" qui sont supposés s'enrichir en dormant selon la vulgate gauchisante classique : il faudrait choisir...
Réponse de le 19/03/2019 à 0:06 :
la dépense pour les infrastructures, les compétences, la R&D, le soutien aux entreprises, le logement, la fécondité, la santé, la défense, etc... ce n'est pas de l'investissement ?!?
Réponse de le 20/03/2019 à 10:36 :
le Probleme est surtout ici le credit immobilier. Non seulement il ne cree quasiment rien (une maison des annees 70 qui se revend ne cree aucune activite a part agent immo/notaire) mais en plus c est une epee de damocles: le jour ou la bulle va exploser, pas mal d endette vont se rendre compte que leur maison vaut moins que le credit …

Autre effet de la bulle: en appauvrissant les jeunes Generations vous reduisez la croissance car ce qui est englouti dans le loyer/traites n est pas depense ailleurs. Certes vous enrichissez les vieux mais ceux ci on plus tendance a epargner (ce qui rejouit l Etat vu que les assurance vie financent son deficit)

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