"Toutes les banques sérieuses sont aujourd'hui engagées dans le marathon de la transformation digitale", estime Grégoire de Lestapis, directeur général de BBVA en France. Mais le deuxième établissement bancaire espagnol - par la capitalisation boursière - est sans doute l'un des plus avancés au monde dans ce domaine. Dès 2006, son président, Francisco Gonzalez, avait prévenu ses troupes que leur principal concurrent était désormais... le moteur de recherche Google. Une affirmation qui avait laissé perplexes nombre de cadres dirigeants du groupe bancaire. Près de dix ans plus tard, ils peuvent mesurer le caractère visionnaire de leur patron.
"Les fintech [startups spécialisées dans les technologies financières ; Ndlr] sont désormais présentes sur la quasi-totalité de la chaîne de valeur du secteur bancaire. A cela s'ajoutent les tentatives d'incursion des géants du Web dans les moyens de paiement", reconnaît Grégoire de Lestapis. "Pour autant, alors que nous étions dans une logique très défensive il y a encore deux ans, nous voyons aujourd'hui cette concurrence davantage comme une source d'opportunités", nuance le directeur général de BBVA en France.
Il faut dire que la banque espagnole - dont le produit net bancaire [PNB, l'équivalent du chiffre d'affaires ; Ndlr] s'est élevé à 15 milliards d'euros en 2014, pour un bénéfice net de 2,6 milliards - a investi pas moins de trois milliards d'euros dans sa transformation digitale, au cours des quatre dernières années. Mais
précise Grégoire de Lestapis. Il y a deux ans, Francisco Gonzalez confiait ainsi à son collaborateur Carlos Torres Vila le soin de créer une division numérique au sein de BBVA. L'idée étant notamment d'insuffler une véritable culture du digital au sein du groupe, par exemple en ouvrant ses systèmes d'informations aux développeurs extérieurs, une véritable révolution pour un établissement bancaire, compte tenu des impératifs des sécurité des données.
Autre exemple de cette révolution culturelle de l'entreprise : l'importation des Etats-Unis des méthodes de travail dites "agiles." Celles-ci consistent à créer des groupes de travail autonomes, qui rassemblent des compétences de différents services (risques, marketing, ventes, informatique, etc.), favorisant ainsi la collaboration au sein de l'entreprise. C'était déjà cette nécessité de révolutionner la culture de la banque qui avait motivé sa décision de prendre une participation de 40% dans le capital de sa concurrente turque Garanti, il y a cinq ans. En effet, Garanti a beau être l'une des plus grandes banques de Turquie, elle n'en est pas moins célèbre pour son esprit "startup", sa philosophie très axée sur l'innovation numérique et l'importance de l'expérience-client. Début 2014, c'est sur la banque américaine 100% en ligne Simple que BBVA jetait son dévolu, en la rachetant purement et simplement, pour la somme de 117 millions de dollars (105 millions d'euros).
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Toujours dans le registre des prises de participations et de la croissance externe, BBVA dispose d'un autre outil, moins direct, avec BBVA Ventures. Créé en 2013, doté de 100 millions de dollars (90 millions d'euros) et basé dans la Silicon Valley, ce fonds de capital-risque investit dans de jeunes pousses axées, entre autres, sur l'analyse de données et la fidélisation des clients, à l'image du spécialiste madrilène du big data (analyse d'énormes masses de données) Madiva. "L'objectif de BBVA Ventures est bien sûr de gagner de l'argent, mais surtout de comprendre ce qui se passe dans le monde des fintech, d'apprendre de ces dernières", explique Grégoire de Lestapis.
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Reste qu'on ne transforme pas d'un claquement de doigts un groupe vieux de 150 ans, et qui compte pas moins de 120.000 collaborateurs dans 135 pays. Face à certaines résistances internes au changement, Francisco Gonzalez a récemment décidé de passer à la vitesse supérieure. Au début du mois de mai, le président de BBVA a bombardé Carlos Torres Vila, le "monsieur digital" de la banque espagnole, au rang de numéro deux du groupe. La direction de BBVA dans son ensemble a été profondément remaniée, avec le recrutement de profils issus du monde du digital, comme le nouveau responsable du marketing et des ventes numériques, Javier Escobedo, en provenance du voyagiste en ligne américain Expedia. Un chamboulement qui signifie que le numérique n'est plus "une" mais "la" priorité stratégique de BBVA.
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