EADS-BAE Systems : pourquoi l'opération peut échouer

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Copyright Reuters (Crédits : EADS-Thomas Jullien)
La révélation d'un rapprochement entre EADS et BAE Systems dans la presse pourrait fragiliser l'opération. Selon le droit britannique, les deux groupes ont 28 jours pour dire s'ils vont jusqu'au bout de l'opération. Ils doivent encore terminer le processus d'évaluation de leur rapprochement. En outre, la réaction de la bourse, qui n'adhère pas, risque de ne pas faciliter l'opération.

C'est une véritable course contre la montre pour EADS et le britannique BAE Systems. Une fois les négociations révélées mercredi par l'agence Bloomberg, les deux partenaires ont maintenant 28 jours, selon le droit britannique, pour valider ou non le processus de rapprochement des deux groupes. Or, les contours de l'opération, selon un proche des négociations, n'étaient pas encore arrêtés. D'où un certain flottement dans le communiqué d'EADS ainsi qu'un fort agacement par ces fuites et un éventuel doute sur la réussite des négociations. "Il n'y a aucune certitude quant à la réalisation de cette opération, et une communication sera faite en temps voulu", a expliqué mercredi soir EADS.

Les deux groupes travaillaient sur la création d'un holding chapeautant deux groupes cotés réunissant les actifs d'un côté d'EADS et de l'autre de BAE Systems. "Mais rien était encore validé", explique-t-on à "latribune.fr". Si ce schéma devait en définitive être adopté, cela rassurera en partie le gouvernement américain, toujours très sourcilleux de protéger ses intérêts industriels, détenus par le groupe britannique aux Etats-Unis. BAE Systems emploie près de 40.000 personnes dans 42 Etats américains et EADS 3.000 dans 15 Etats. Le chiffre d'affaires de BAE aux Etats-Unis a été de 14,4 milliards de dollars en 2011 et celui d'EADS de 1,4 milliard de dollars environ. Il est vraisemblable qu'une fusion entre EADS et BAE Systems serait autorisée aux Etats-Unis, selon plusieurs sources proches du dossier interrogées par Reuters.

Manque de temps ?

Clairement, ce manque de temps pour une opération d'une telle ampleur, où certains détails sont souvent primordiaux pour les Etats, qui détiennent des intérêts stratégiques dans EADS, pourrait être crucial... quand bien même les Etats (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Espagne) regardent également avec bienveillance cette opération. Il était plus ou moins prévu que l'opération soit présentée au conseil d'administration d'EADS fin septembre, mi-octobre. Soit environ un mois de décalage. Il manque grosso modo un mois de travail. "Cela ne nous inquiète pas, explique-t-on chez EADS. La question de temps n'est pas un problème, on peut passer la vitesse supérieure".

La Bourse, source d'inquiétudes ?

L'autre inquiétude vient de la Bourse, qui digère mal pour le moment l'opération. Après avoir perdu 5,63% mercredi, le titre EADS continuait sa dégringolade jeudi matin (-6,70%) tandis que BAE Systems, qui décollait mercredi (7,02%), poursuivait son ascension (+12,29%). Si le mouvement se poursuivait, cela pourrait remettre en cause les valorisations déjà définies lors des négociations, qui se sont ouvertes début juin avec l'arrivée de Tom Enders à la tête d'EADS. Des négociations qui n'ont au début que concernées uniquement le consortium Eurofighter, puis un mouvement de plus grande ampleur après validation des directions générales, un rapprochement entre EADS et BAE Systems.

Frilosité des actionnaires ?

Enfin, Lagardère qui a publié jeudi matin un communiqué, fait montre d'une certaine frilosité par rapport à l'opération. En tout cas, ce n'est pas l'enthousiasme pour l'un des actionnaires historiques d'EADS, qui sera dilué dans le nouvel ensemble tout comme l'Etat français et Daimler. "Au vu des informations à sa disposition, le groupe Lagardère veut s'assurer, avant de donner son assentiment, que toutes les conséquences attachées au projet de rapprochement des activités d'EADS NV et de BAE Systems plc ont été prises en considération dans la fixation des termes et conditions de l'opération proposée, a averti le groupe d'Arnaud Lagardère. Le groupe Lagardère tient à rappeler, par ailleurs, que ce projet n'a pas encore été soumis à l'approbation des conseils d'administration de Sogeade Gérance et d'EADS NV". Bien sûr l'Etat français pourrait tordre in fine le bras d'Arnaud Lagardère si celui-ci était trop récalcitrant.

Mais c'était aussi le cas de l'Etat français, qui a adopté un ton très neutre pour commenter l'opération. Ainsi le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a pris acte mercredi "des communiqués des sociétés EADS et BAE Systems faisant état d'un possible rapprochement entre ces deux sociétés. L'Etat, actionnaire indirect d'EADS, se prononcera le moment venu en vertu des conventions en vigueur régissant la gouvernance d'EADS". Là aussi, ce n'est pas un franc et massif soutien à cette opération. Très neutre, ce communiqué ouvre toutes les options. Sans plus.

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Commentaires
a écrit le 13/09/2012 à 21:37 :
Les intérêts français ne risquent rien face à un rapprochement Londres/Berlin : notre alliance Neuilly / St Cloud est insubmersible !!!
a écrit le 13/09/2012 à 16:58 :
BAE rentre et touche les bénéfices mais sans modification des droits de vote : ok, parfait.
Sinon, ce sont les anglais entrant dans l'union européenne : les emm. sans fin. et la cata assurée.
a écrit le 13/09/2012 à 16:16 :
Dans tous les cas cela semble etre une mauvaise pioche pour EADS la seule entreprise europeenne qui etait plus ou moins passees au travers de gouttes de la crise. En cas de reussite, on voit mal comment EADSactuelle se sortira de la fusion et en cas d'echec elle aura devoile ses faiblesses...
a écrit le 13/09/2012 à 16:14 :
Cette annonce semble peu pertinente stratégiquement. Seul le département Eurofigther/Tornado avec quelques structures connexes a l'intérêt de se vendre. l'on sait que ce que l'on voyait dans les James Bond il y a 30 ans est devenu une réalité : Il n'y a plus besoin de pilote à bord d'un avion de chasse. Ce concept guerrier se transforme donc en missile ou en drône bien moins chers. Les anglais peuvent donc vendre leur technologie partagée avec français/allemands/italiens et espagnols directement ou indirectement via EADS et Airbus. Il semble plus étonnant qu'ils souhaitent se séparer du reste issu d'un processus de concentration sans égal et dont les principaux clients sont les américains. Ces derniers coupent à outance leurs budgets militaires, plus de la moitié programmée sous les directives de Obama. Il est certain que les anglais sont impactés par cette descente, il l'est aussi que les accords ne seront pas reconductibles avec des français à bord si le deal de la fusion se faisait, privant l'opération de toute pertinence, sauf autre manoeuvre stratégique. Reste l'ouverture des marchés exports que nos voisins pourraient favoriser, promesse aléatoire pour une telle manoeuvre. L'autre piste hormis le point lié à l'avion européen elle celle de faire réagir les allemands ce que les français tentent en vain depuis des lustres. Daimler menace de vendre ses titres aéronautiques qui l'encombrent afin de devenir un pure play automobile, ce qui arrangerait bien Renault Alliance... Les anglais seraient alors un demi prétexte. Pourquoi donc acheter des avions sans grand avenir ? La réponse est assez simpe car elle suppose comme toujours qu'il y a une contrepartie prochaine. Elle pourrait bien être Rolls Royce. Cette société fabrique des moteurs d'avions qui équipent l'Airbus A380 et des navires ainsi que du service d'entretien spécialisé. Or, Thales spécialiste de la Marine développe un chiffre d'affaire pratiquement identique 17 milliards de dollars, tout comme Safran spécialiste des moteurs d'avions et les deux voudraient bien se partager l'anglais. Le gros Trent équipé sur Airbus ne restera pas en effet en tête sans que Safran veuille développer à grand prix un modèle de même taille, alors que BAE n'est plus actionnaire d'Airbus et que sa compagnie aérienne nationale en déclin commande tout chez Boeing ... sauf pour 12 A380 qui commenceront tardivement en service en 2013. On peut dire que les anglais ont été un prétexte pour la création de EADS avec les Allemands sans jamais jouer le jeu, ce n'était pas au programme. Maintenant ils sont sous pression. La fusion multiple avec les français se ferait donc dans leur meilleur intérêt financier. Par la suite la partie anglaise serait délayée lors de la fusion complète de Thales avec Dassault Aviation puis DCNS. Dans ce schéma, les Allemands de EADS paieraient donc la moitié de la contrepartie donnée aux anglais pour ce deal. La France aura reconstitué un nouveau "EADS", seulle cette fois. Quant à la structure EADS existante il ne resterait plus qu'à la dépouiller progressivement. La structure anglaise restante pourrait bien pour sa part récupérer les Brevets et le savoir faire du gros Trent 900 en partage avec Safran pour équiper les futurs Boeing en opérant dans une usine de Singapour que le Prince William à précisément inauguré... hier. Une hypothèse, bien entendu.
a écrit le 13/09/2012 à 15:25 :
Je n'y connais rien, mais j'ai l'impression que faire entrer le britannique BAE dans le consortium "Franco Allemand", cela revient à faire entrer le gouvernement anglais dans une structure européenne : ça tourne toujours mal et les anglais n'ont qu'une seule volonté : faire rater le projet (avec la satisfaction particulière de nuire aux français). Cela pourrait-il être pour une fois différent ? Car sur le papier l'union semble idéale et pouvoir enfin s'entendre et réussir un projet avec les british serait un acquis considérable
a écrit le 13/09/2012 à 14:57 :
Si cette fusion réussit on peut espérer des drones européens?
a écrit le 13/09/2012 à 14:56 :
Ca c?est une énorme nouvelle à même de relancer la construction européenne dans son ensemble. Décidément les anglais sont à l?image des américains très pragmatiques. Après être sortis du géant EADS quand ils en détenaient 20 pour cent, ils y rentrent à nouveau et avec force : 40 pour cent du nouvel ensemble. Si je compte bien les français et les allemands auraient moins de 30 pour cent chacun. In fine cela montre surtout que les anglais avaient des ambitions sur EADS, mais attendaient surtout un dirigeant à poigne capable de dire non aux intérêts français et de faire taire les craintes allemandes. Je ne suis pas loin de penser que les anglo saxons souhaitent mettre la main sur ce groupe qui désormais fait de l?ombre à Boeing. Le loup serait-il dans la bergerie car la bourse elle, rechigne?
Réponse de le 13/09/2012 à 15:52 :
c est un loup c est toute la meute qui menace la bergerie Les anglais n ammenront rien de bon dans ce consorsium et derriére c est Washington qui tiendra les renes d un secteur clé de la defense européenne
a écrit le 13/09/2012 à 13:58 :
Je crois qu'il faudrait réguler ces méga-fusions qui n'apporte du positif qu'aux financiers...! ... il y aura des fermetures d'usines...etc, etc.
Réponse de le 13/09/2012 à 15:12 :
- 8% sur EADS et les financiers sont gagnants? Ceux qui sont en VAD alors!!
a écrit le 13/09/2012 à 13:51 :
très bonne analyse !
a écrit le 13/09/2012 à 13:46 :
Bloomberg, agence américaine, défend les intérêts de Boeing en faisant fuiter.
Si les autorités britanniques appliquent les 28 jours et comme cela ne semble pas bien finalisé, l'opération échoue et Boeing respire !
a écrit le 13/09/2012 à 13:03 :
De même que le projet de l'Airbus A380 ,n'est pas spécialement une réussite , car trop gros en transports de passagers , trop polluant ; de même la course à la grandeur en fusion ne devrait pas se révéler génial , car on on arrive à devoir gérer des intérêts trop divergents.
Réponse de le 13/09/2012 à 14:24 :
Un tel avion c'est sur plusieurs décennies qu'il faut juger de la pertinance de sa construction.
Réponse de le 13/09/2012 à 14:47 :
Le trop fort dimensionnement et la pollution sont dans la conception de l'avion , sauf à revoir le moteur , les matériaux etc.. ; alors , la durée de vie de l'avion pourrait alors être revus à la hausse; et puis , cela ne change rien aux défauts de rentabilité de cet avion !!
Réponse de le 13/09/2012 à 15:18 :
Bah, non, le A380 est moins polluant et consomme moins par passager transporté, avec la mondialisation, les besoins en quantité de transports de personnes ont explosé, mais dans le même temps le coût individuel du transport doit chuter : la rationalisation des vols par le A380 peut fortement y contribuer. Donc au contraire, le A380 est particulièrement bien adapté à l'époque et aux perspectives. Son problème est plutôt de devoir affronter, par sa taille, à de nouvelles contraintes de matériaux, de matériels, d'intendance et donc de devoir inventer des solutions qui restent à éprouver sur la durée.
Réponse de le 13/09/2012 à 16:00 :
Je ne vais pas continuer de discutailler dans ces colonnes..;
Réponse de le 13/09/2012 à 16:14 :
il est marrant lui
Réponse de le 13/09/2012 à 18:12 :
@Yvan: à l'évidence vous n'auriez pas misé gros sur l'A300 en 1972 ;)
a écrit le 13/09/2012 à 12:56 :
Je doute que le droit britannique fasse partir le délai de 28 jours d'une fuite dans la presse. La date de départ doit plutôt être l'annonce officielle conjointe...

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