Défense : les paris industriels de MBDA dans les mains du gouvernement

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Dans un entretien accordé à "La Tribune", le PDG de MBDA, Antoine Bouvier, explique que son entreprise "prend des risques financiers" sur deux programmes en attente de lancement par le gouvernement français, le missile moyenne portée (MMP) et le missile antinavire léger (ANL). "Nous sommes allés très au-delà des limites que nous nous étions fixés afin de faciliter une décision positive" de la France, affirme-t-il.

La forte contrainte financière, qui pèse sur le budget de la défense, a déjà des conséquences bien réelles sur le missilier européen MBDA, qui est obligé de jongler avec ses fondamentaux économiques. De quoi parle-t-on ? De deux programmes que souhaite lancer MBDA (37,5 % EADS, 37,5 % BAE Systems et 25 % l'italien Finmeccanica) avec le client France : l'un très important pour toute la filière industrielle missilière française (MBDA ainsi que tous ses équipementiers comme Thales, Sagem, Roxel...), le missile moyenne portée (MMP), et l'autre crucial pour la coopération franco-britannique, l'antinavire léger (ANL). Mais le gouvernement ne cesse de repousser mois après mois sa décision pour le lancement de ces deux programmes, qui sont "importants pour MBDA", assure le PDG du missilier, Antoine Bouvier. Ce qui plonge le missilier dans une période à risques.

Car, comme le dévoile le PDG de MBDA, son entreprise n'a obtenu aucun crédit depuis la mi-2009 pour le MMP, à l'exception d'un petit contrat de levée de risques en 2012, et depuis un an pour l'ANL. "Nous autofinançons ces deux contrats, explique-t-il à La Tribune. Nous prenons des risques financiers. C'est parce que nous croyons en ces deux programmes et que nous sommes aussi bien conscients des difficultés budgétaires actuelles de la France". A ce jour, Antoine Bouvier reste encore convaincu de la justesse de ses choix industriels, mais, sans décision ni financement dans les semaines qui viennent, ses actionnaires pourraient lui demander d'arrêter les frais. "Nous avons joué gagnant" sur ces deux programmes, explique-t-il.

Tout fait pour faciliter une décision positive

"Nous avons fait tout ce que nous pouvions et même très au-delà des limites que nous nous étions fixés afin de faciliter une décision positive", affirme-t-il. Ainsi, MBDA a préfinancé et cofinancé les deux programmes, optimisé au maximum son offre et a pris en compte l'exportation. En outre, le missilier a maintenu jusqu'ici ses équipes de développement sans réduire le nombre d'ingénieurs travaillant sur ces deux programmes. "Nous avons pris nos responsabilités en tant que leader de la filière industrielle dans les missiles afin d'optimiser chaque euro dépensé", souligne Antoine Bouvier, qui reconnaît qu'il a "déjà dépassé les délais" qu'il s'était fixé pour une décision du ministère de la Défense sur le MMP.

Le programme MMP doit succéder au Milan, qui a été l'un des grands best-sellers français à l'exportation. Antoine Bouvier avait arraché du ministère de la défense en septembre 2011 après une grosse bagarre la solution proposée par MBDA (munitions) et Sagem (postes de tir) au détriment des propositions de "francisation" des missiles Javelin de l'américain Raytheon et Spike de l'israélien Rafael. Le développement de ce programme est estimé entre 150 à 200 millions d'euros. C'était une belle victoire pour Antoine Bouvier, qui s'était beaucoup battu pour ce programme majeur pour sa stratégie à l'exportation.

L'ANL pourrait être lancé... sans la France

"Si les Français ne prennent pas de décision sur l'ANL, nous ferons ce programme quoi qu'il arrive mais ce sera alors un programme britannique", assure Antoine Bouvier, qui reconnaît "avoir fait le maximum pour optimiser chaque euro dépensé" pour ce missile en France. Il est vrai que l'échéance a été repoussée à plusieurs reprises, dont la dernière fois lors d'un comité ministériel d'investissement (CMI), qui s'est tenu lundi dernier comme l'ont révélé "Les Echos". Estimé entre 400 et 500 millions d'euros à partager entre les deux pays, l'ANL (ou FASGW en Grande-Bretagne), est un missile antinavire léger de nouvelle génération destiné à armer des hélicoptères.

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Commentaires
a écrit le 22/02/2013 à 18:05 :
Bonjour, ils nous faut fabriquer un nouveau missile anti-char de 4ème génération (remplaçant du Milan), car dans le monde il ni à que deux modèles en service ( américain et israélien) , un nouveau missile sol -air d'appuis pour remplacer les unitées américain, oui du travail il y en a, mais avons nous encore les moyens de soutenir un.telle effort financier, nous avons été incapable de nous mettre d'accord avec nos alliée les plus proche pour diminuer nos dépense de défense. Trops de programme concurrentiel en Europe, pas ou peut d'achat en commun pour diminuer les coût d'acquisition. Nous nous somme ruine tout seul du fait de nos politiques économique.
a écrit le 18/02/2013 à 12:01 :
Simple, nouveau retard de quelques semaines du livre blanc J-M Guéhenno prend son temps surtout pour régler finement une quadrature du cercle infernal de réduction des dépenses de défense entre les différents corps d'armées.
a écrit le 18/02/2013 à 11:18 :
Faites, je vous en prie. Tant qu'à y être, n'oubliez pas de donner ceux confiés de la sorte à Aérospatiale et à Thomson. Le panorama sera ainsi plus complet.
Réponse de le 18/02/2013 à 11:40 :
Ah oui, on pourrait se replonger dans le marigot, je ne doute pas du nom du vainqueur...
a écrit le 18/02/2013 à 9:24 :
Il me semble que M.Bouvier a la mémoire courte. Dois-je lui rappeler le nombre de programmes français donnés exclusivement à MBDA ( à l'époque Matra ) sans mise en concurrence ?

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