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Tom Enders (EADS) met en garde la France sur une hausse du coût du travail

Michel Cabirol

Publié le 14 mars 2013 à 05:15

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Le coût du travail en France commence sérieusement à agacer EADS, qui emploie 54.000 personnes dans l'Hexagone. Le président exécutif avertit que s'il continue d'augmenter, "cela va poser un problème dans nos embauches en France".

Tom Enders a été très clair. Le coût du travail en France commence sérieusement à agacer EADS. Sans langue de bois, comme à son habitude, le patron d'EADS l'a dit devant les parlementaires français en février dernier. "Pour ce qui est du coût du travail - je ne parle pas des salaires directs - mais des charges sociales, si celles-ci continuent à augmenter cela va nous poser un problème dans nos embauches en France", a expliqué le président exécutif du groupe européen. Et EADS sait de quoi il parle puisque c'est l'un des plus gros employeurs en France avec 54.000 salariés dans l'Hexagone. "Soit une progression de 20 % depuis 10 ans", a-t-il même précisé. Cette croissance de 20 % "est due à la croissance de nos résultats commerciaux et de notre rentabilité", a souligné Tom Enders, qui s'est réjoui des résultats "remarquables" d'EADS en 2012. Mais, il y a un mais pour Tom Enders. "Le coût du travail en Europe conjugué au coût de l'énergie, comparé aux Etats-Unis, sont des données importantes. Nous sommes une grande entreprise parce que nous sommes sur le marché mondial et pour être sur ce marché, nous devons être compétitifs", a-t-il toutefois mis en garde le gouvernement français.

Un partenariat "crucial" entre EADS et la France

Pour autant, il a rappelé l'importance qu'il attachait à la relation entre la France et EADS. "Je voudrais souligner combien notre partenariat est crucial l'un pour l'autre : la France est un pays clé pour les activités de défense d'EADS et EADS est un des acteurs essentiels pour la défense de la France", a-t-il souligné. Et de rappeler que EADS contribue à la force de dissuasion nucléaire française en fournissant notamment les missiles M51 et ASMPA développés, produits et soutenus respectivement par sa filiale spatiale, Astrium, et le missilier européen MBDA, dont EADS détient 37,5 %. "La croissance des activités d'EADS en France a été spectaculaire, grâce à un dialogue constructif entre tous les acteurs de l'industrie aéronautique et de l'espace et, en particulier, l'Etat", a-t-il martelé. Et grâce à une politique industrielle de long terme, il a estimé que "l'industrie aéronautique et spatiale française est compétitive sur le marché mondial. Elle le restera tant que ce modèle sera préservé".

Séduction et mise en garde

Tom Enders sait même être séducteur avec les Etats, qui lui ont pourtant mené la vie dure lors du projet de fusion entre EADS et le britannique BAE Systems à l'automne dernier. Ce patron, réputé pour ses idées libérales, a donc loué la politique industrielle de la France dans l'aéronautique. "Une industrie ne peut réussir qu'avec une véritable politique industrielle ambitieuse, a-t-il affirmé. C'est le rôle de l'Etat. Le succès de notre industrie en France est le résultat d'un partenariat piloté par des institutions publiques telles que la DGA, DGAC ou le CNES qui ont su mettre en place des programmes de long terme, couvrant toutes les étapes de la R&D, depuis la R&T jusqu'aux avances remboursables". Il rappelle toutefois que la France est engagée dans un réexamen de sa doctrine de défense fortement influencée par la contrainte budgétaire. Selon Tom Enders, "il est essentiel que le prochain Livre Blanc préserve cette approche et, quelles que soient les décisions budgétaires, sanctuarise à tout prix le budget de la Recherche amont, aussi bien militaire que civile. A travers ces études, la DGA a réussi à construire une base industrielle compétitive et technologiquement avancée".

Après la séduction, la mise en garde. "Prenons en compte un exemple critique : les lanceurs spatiaux et les missiles balistiques. Le développement complet d'Ariane 5ME et les études sur la nouvelle génération de lanceurs Ariane 6 sont absolument indispensables afin de préserver les compétences en matière de missiles balistiques. Cela n'est pourtant pas suffisant pour préserver les compétences des bureaux d'études des Mureaux et de nos sous-traitants et la capacité à contribuer à la dissuasion nucléaire. Le programme M51 doit pouvoir être poursuivi dans ses versions ultérieures comme prévu dans la programmation, sauf à devoir faire face à des conséquences majeures en matière d'ingénierie pour Astrium et, plus particulièrement, pour son bureau d'études des Mureaux".

Tom Enders conseille implicitement à la France de vendre ses titres EADS

Interrogé sur un éventuel désengagement de l'Etat français du capital d'EADS, Tom Enders n'a pas répondu directement. "Sur la question de savoir si, compte tenu du SSA ("special security agreement" signé entre les Etats actionnaires et EADS en vue de protéger leurs intérêts, ndlr), l'Etat a intérêt à rester au capital de l'entreprise, c'est une bonne question. Les Britanniques n'ont jamais déclaré qu'il était important pour eux de détenir autant d'actions que les Français ; ils n'en détiennent pas d'ailleurs ! J'ai essayé, sans succès, de convaincre le gouvernement allemand que le SSA était une excellente chose pour eux car, pour la première fois, il aura des droits sur la société, sans avoir à payer des milliards d'euros pour acquérir 12 % du capital". Sur les participations de l'Etat français dans le capital des groupes de défense, Tom Enders estime que "si vous sortez cet argent du capital des entreprises et que vous l'investissez dans la recherche et le développement alors vous aurez fait énormément pour la compétitivité des entreprises françaises".

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Inquiétudes sur les livraisons d'A400M et sur la commande de NH90

Tom Enders ne veut pas entendre parler d'un étalement des livraisons en 2013 et 2014 pour le programme A400M. "On ne peut pas modifier le calendrier de cette année et de l'année prochaine et remettre en cause la livraison d'appareils qui sont en passe de sortir des chaînes de production. Un tel étalement serait générateur de pertes supplémentaires : si chaque nation demande à nouveau à négocier, vous mettrez EADS et ses sous-traitants en grande difficulté", a-t-il expliqué aux parlementaires. Et de rappeler que le programme 'A400M "est déjà déficitaire" pour EADS. "Nous avons perdu beaucoup d'argent". Tom Enders estime que "pour le futur on peut nous demander la flexibilité et nous ferons ce que nous pouvons. Mais il nous faut aussi de la stabilité". Le irecteur général délégué d'EADS, Marwan Lahoud a rappelé de son côté que "le ministre a indiqué clairement que les livraisons de 2013 et 2014 seraient préservées. J'ai tendance à le croire". Par ailleurs, Tom Enders a expliqué que dans le domaine des hélicoptères, "notre préoccupation principale concerne la commande de trente-quatre NH-90 TTH qui doit encore être confirmée par la France" d'ici au 31 mars.

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Enfin, Tom Enders a confirmé son intérêt pour les opérations de francisation du drone américain Reaper si la France validait cette option. "Nous avons fait savoir au gouvernement français que nous étions intéressés par la francisation de ce drone", a-t-il expliqué. Au-delà, il s'est également "toujours" montré "intéressé par un éventuel projet de drone MALE européen". Et d'expliquer que "nous avons bien compris que c'est très compliqué. Quand les Allemands ont l'argent pour le faire, les Français ne veulent pas et quand les Français veulent, les Allemands reculent". Pourtant, selon lui, "l'avenir de l'aviation de combat passe probablement par des avions sans pilote. Nous devons absolument nous mobiliser sur des projets car sinon l'avenir de l'Europe dans l'aviation de combat sera nul. Nous perdrons les compétences. Il y a un besoin criant d'ingénieurs dans l'aéronautique civile, nous n'allons pas garder les ingénieurs à travailler sur des projets de défense qui ne verront jamais le jour".

Michel Cabirol

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