Espace : les sept orientations stratégiques de Jean-Yves Le Gall pour le CNES

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En passe de devenir le président du CNES début avril, l'actuel PDG d'Arianespace, Jean-Yves Le Gall, a lors d'une audition au Sénat mardi, dévoilé quelques orientations stratégiques de sa future action à la tête du Centre national d'études spatiales. Il souhaite conserver une politique spatiale française autonome, lancer un plan de relance pour la filière satellite et mener à bien le développement low cost d'Ariane 6.

Réuni lundi, le conseil d'administration du CNES a proposé de porter à la présidence du Centre national des études spatiales, l'actuel PDG d'Arianespace, Jean-Yves Le Gall sous réserve que les commissions ad hoc de l'Assemblée nationale et du Sénat acceptent cette proposition. Le Sénat a voté ce mardi et l'Assemblée nationale le fera mercredi. Ce qui devrait être qu'une formalité pour Jean-Yves Le Gall, dont la candidature ne fait pas débat. Une fois l'accord du Parlement, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pourra proposer au président de la République de nommer Jean-Yves Le Gall en qualité de président du conseil d'administration du Centre national d'études spatiales jusqu'en 2015, date de fin de mandat de son prédécesseur, Yannick d'Escatha. Mais il devra attendre jusqu'au 3 avril, voire le 10 avril, que le conseil des ministres ratifie sa nomination. En attendant, il a dévoilé mardi aux sénateurs quelques pistes sur sa stratégie pour une politique spatiale française en général, et en particulier pour le CNES jusqu'en 2020. D'où le projet "Ambition 2020", qui va structurer la réflexion du CNES.  

Pour une politique française spatiale autonome

C'est clair et net. Pour le futur président du CNES, pas question de laisser tomber une politique française autonome spatiale à côté des grandes coopérations européennes dans le cadre de l'Agence spatiale européenne (ESA) et internationales. « Pourquoi la France devrait avoir une politique autonome ? L'espace doit être un porte-drapeau de la politique d'un pays. La France est le seul pays européen à avoir une politique spatiale autonome, a expliqué mardi devant les sénateurs Jean-Yves Le Gall. Il faut continuer à l'avoir ». Car selon lui, le CNES investit dans les technologies des sciences de la vie et des lanceurs. « Nous devons continuer à le faire, a-t-il insisté. Il faut que le centre de Toulouse reste un moteur dans l'innovation spatiale et une référence ». Tout comme le centre spatial guyanais, "l'actif le plus important de la politique spatiale européenne", mais qui coûte cher, a-t-il précisé. Et il a d'ailleurs rappelé que le futur lanceur européen « Ariane 6 est né en France » d'une réflexion impulsée par les pouvoirs publics et engagée par le CNES et les industriels concernés, Astrium et Arianespace.

Une « Ariane 6 des satellites », un plan de relance pour l'industrie satellitaire

Ce sera l'un des très gros chantiers de Jean-Yves Le Gall s'il était nommé à le tête du CNES. Il veut une « Ariane 6 des satellites » pour relancer un secteur qu'il considère en grand danger. Les deux constructeurs nationaux, Astrium et Thales Alenia Space (TAS) font face à « une concurrence extrêmement agressive », a-t-il rappelé. Notamment des Etats-Unis (Boeing) mais aussi de la Russie et de la Chine. Sur ce dernier pays, il a évoqué des opérations d'Etat à Etat entre Pékin et le Nigéria et le Venezuela où les deals intègrent le paiement des satellites et des lancements (un package) avec des matières premières, notamment en pétrole. Jean-Yves Le Gall est également inquiet de la concurrence de Boeing, qui grâce sa technologie des petits satellites à propulsion électrique, a pris une longueur d'avance sur ses rivaux européens. Il a indiqué que le constructeur américain a annoncé lors du Satellite Show de Washington qu'il était en négociation finale avec douze clients pour douze plates-formes de ce type. « Ce sont douze satellites que n'auront pas les constructeurs français », a-t-il expliqué à La Tribune. Un constat très inquiétant d'autant que les prises de commandes en 2012 ont été médiocres pour les deux groupes français. « Il est important de soutenir le marché des satellites, a-t-il expliqué aux sénateurs. Il faut une approche nouvelle ».

Ariane 6 : dans les pas de Yannick d'Escatha

Sur le dossier Ariane 6, Jean-Yves Le Gall reste sur le ligne de la politique qui a été engagée par la France et l'Europe. « Pour lutter à armes égales avec ses rivaux, dont l'américain SpaceX, Ariane 6 doit avoir un coût de développement minimal, une durée de développement minimale et un coût d'exploitation minimal », a-t-il précisé. Car elle doit être compétitive face aux lanceurs des pays émergents où les salaires sont bas et des pays où l'accès à l'espace est subventionné. C'est dans ce cadre que le futur lanceur sera développé sur le principe du « cost driven », « ce qui nous permettra d'être en accord avec les enjeux du moment (contrainte budgétaire forte, ndlr) » tout en regardant ce que font les concurrents, notamment SpaceX, a-t-il souligné. Un développement à l'opposé de celui d'Ariane 5, qui lui était basé sur le principe de "technology driven", qui a permis d'irriguer tout le secteur spatial et au-delà. En outre, Jean-Yves Le Gall considère qu'il est temps de « réconcilier la masse des satellites gouvernementaux avec les performances d'Ariane 6 ». Aujourd'hui, a-t-il rappelé, ces satellites dont la masse est inférieure aux satellites de télécoms tirés par Ariane 5, sont lancés... par la fusée russe Soyuz. Et ce alors que la France, puis l'Europe, ont développé un lanceur autonome afin de mettre en orbite des satellites gouvernementaux, et surtout d'avoir un accès autonome à l'espace. "Ariane 5 est beaucoup plus adaptée au marché commercial qu'aux satellites gouvernementaux", a confirmé Jean-Yves Le Gall, qui s'interroge sur "la pérennité à terme de la coopération entre la Russie et la France" dans le domaine des lanceurs. Aujourd'hui, "il y a 22 lancements Soyuz en Russie", a rappelé le patron d'Arianespace. "La coopération est moins importante pour eux", a-t-il estimé. 

Le CNES restera dans le capital d'Arianespace

Jean-Yves Le Gall est partisan d'un lien très fort entre Arianespace et le CNES, qui est aujourd'hui le premier actionnaire de la société de commercialisation des lanceurs européens (Ariane 5, Soyuz et Vega). Le Centre national devrait le rester en dépit des ambitions d'Astrium d'absorber Arianespace. "Le CNES doit continuer à avoir des relations fortes avec Arianespace", a-t-il expliqué aux sénateurs.

Priorité aux sciences de l'univers

Prié de dire quelle serait ses priorités en cas de disette budgétaire très forte, Jean-Yves Le Gall met au-dessus de la pile des dossiers, les activités de sciences de l'univers qu'il faut "protéger", selon lui. Car il est difficile de faire investir des industriels dans des programmes comme les exoplanètes par exemple. Contrairement aux télécoms, un secteur qui appartient déjà aux industriels, a-t-il estimé. Sur l'observation de la terre et le climat, Jean-Yves Le Gall se dit prêt à un débat. Enfin, sur l'accès à l'espace, il considère que le dossier a déjà été traité et que le principal enjeu est d'abaisser les coûts. 

L'innovation, fil conducteur de Jean-Yves Le Gall

L'innovation jouera un rôle essentiel dans la stratégie future du CNES. "Pour rester dans les nations leader en matière d'espace, il faut continuer à être innovant", a expliqué le patron d'Arianespace. "L'innovation fait la différence et doit être le fil conducteur de tout ce que nous faisons". D'autant que le budget du CNES s'élève à 2 milliards d'euros environ. Pour Jean-Yves Le Gall, il faut aujourd'hui mettre "l'innovation au service de l'emploi". Le secteur spatial français emploie aujourd'hui 16.000 emplois directs.

Un renforcement de la communication

Jean-Yves Le Gall est convaincu qu'il est "fondamental" de communiquer sur les succès de l'espace, sur son utilité et de dire que "cela marche". "Je suis un partisan total de la communication", a-t-il expliqué. D'autant qu'il a rappelé que la France avait le deuxième budget spatial au monde. L'effort est budgétaire représente 31 euros par habitant en France, contre 49 euros aux Etats-Unis. En Allemagne c'est 17 euros par habitant et en Grande-Bretagne 6 euros.

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