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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Armement : la menace Sigmar Gabriel sur la coopération franco-allemande

Photo de Antoine Patinet

Michel Cabirol

Publié le 24 septembre 2014 à 09:00 - Mis à jour le 24 septembre 2014 à 09:53

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Berlin souhaitait consolider le secteur européen de la Défense. Mais, aujourd'hui, le ministre allemand de l’Économie souhaite restreindre les exportations d'armes... Ce qui n'est pas sans conséquences.

Et si Paris n'avait pas vraiment pris la mesure de la menace que représente la décision du ministre de l'Économie Sigmar Gabriel de restreindre les exportations d'armes de l'industrie de défense allemande ? Des conséquences qui pourraient faire capoter le rapprochement en cours entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann (KMW), spécialisés dans la fabrication d'armements terrestres et, de façon plus générale, des futures coopérations franco-allemandes. En complète contradiction avec ce que l'Allemagne avait expliqué à la France à l'issue des élections parlementaires tenues fin 2013. A l'époque, elle souhaitait faire progresser le partenariat franco-allemand.

Les faits : Le ministre de l'Economie a appelé mi-août l'industrie de la défense allemande à se repositionner et se consolider, confirmant son intention d'encadrer très strictement les exportations d'armes même au détriment de l'emploi. Ainsi, Berlin a déjà bloqué une vente de 200 Leopard A7 de KMW en Arabie Saoudite.

Selon la presse allemande, il préférerait voir KMW se rapprocher de son compatriote Rheinmetall plutôt que de se rapprocher avec Nexter. Pourquoi ? Il est plus facile d'interdire les exportations d'un groupe allemand que d'un groupe transnational type KMW/Nexter.

Trahissant les accords Debré-Schmidt, il bloque également des livraisons de missiles Milan de MBDA et de véhicules blindés de Renault Trucks Défense des des pays du Proche et Moyen-Orient.

Sigmar Gabriel est-il déjà en campagne?

Homme politique du Parti social-démocrate SPD, Sigmar Gabriel se prépare déjà aux élections fédérales de 2017. Pour réussir, il devra réunir une coalition, notamment avec les Verts, pour battre la CDU. Du coup, selon de nombreux observateurs, il n'a donc pas envie de prendre le moindre risque avec un contrat export dans un pays qui pourrait réprimer par la suite sa population avec du matériel allemand. Ce qui pourrait lui être reproché dans la campagne. Contrairement en France, les ventes d'armes dans des pays à risques restent très sensibles dans l'opinion publique allemande.

Dans le magazine allemand "Stern", il avait notamment déclaré en début d'année que l'Allemagne allait renforcer le contrôle des exportations d'armes.

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"Je suis d'accord avec Helmut Schmidt : c'est une honte que l'Allemagne soit parmi les plus importants exportateurs d'armes du monde, avait-il alors expliqué.En particulier, les armes légères deviennent simplement les armes de la guerre civile. Alors les choses doivent changer. C'est pourquoi, je suis en faveur d'une politique restrictive en ce qui concerne les exportations d'armes".

Et de conclure que "si les armes sont livrées dans les mauvaises régions, cela peut s'avérer un commerce meurtrier".

Rheinmetall, pivot de la consolidation allemande

Dans ce nouveau contexte, le conglomérat allemand Rheinmetall a été opportuniste à la suite des décisions du ministre allemand. Le groupe allemand  examine un possible rachat des activités de construction de sous-marins de ThyssenKrupp et pourrait être intéressé aussi par une filiale d'Airbus, selon le quotidien économique allemand "Handelsblatt", en général bien informé. Car pour compenser un éventuel manque à gagner, Sigmar Gabriel a appelé le secteur à "faire ce qu'il aurait dû faire depuis 15 ans", à savoir se consolider. D'où l'alliance objective entre Rheinmetall (2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2013 dans la défense), appelé à un jouer un rôle moteur dans la consolidation allemande, et le ministre de l'Economie, qui veut des champions nationaux.

Concrètement, Rheinmetall et ThyssenKrupp ont déjà conduit des "discussions exploratoires" sur une cession par le sidérurgiste de sa filiale ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), écrit le "Handelsblatt". TKMS a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 1,3 milliard d'euros. "Les ambitions de Rheinmetall ne s'arrêtent pas là", selon le Handelsblatt, qui fait part des projets du groupe de Düsseldorf de créer un géant national de l'armement allemand. Il pourrait s'intéresser dans ce cadre à une filiale d'Airbus, écrit le quotidien, citant Atlas Elektronik, qui est mis en vente par Airbus Group, voire Optronics. Selon des observateurs contactés par "La Tribune" Rheinmetall pourrait en profiter pour vendre sa division automobile, qui réalise 2,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires. A ThyssenKrupp ?

Et Pourquoi pas Rheinmetall et KMW

Actuellement, la famille Bode-Wegmann (38 actionnaires) propriétaire de KMW, est sous la double pression de Sigmar Gabriel et de Rheinmetall. Le ministre de l'Economie, qui a bloqué une vente de 200 Leopard A7 de KMW en Arabie Saoudite, a également suspendu un contrat à l'exportation au Qatar (62 Leopard + 24 PzH 2000 pour 1,9 milliard d'euros). Sigmar Gabriel, qui pousse une fusion entre Rheinmetall et KMW, a donc entre ses mains un puissant levier pour faire capoter le rapprochement de Nexter et KMW s'il s'obstinait à mettre des bâtons dans les roues de KMW à l'export. Car cela dégraderait un peu plus la valeur du groupe. Et pas sûr que la famille veuille brader in fine ses intérêts. Pour autant, les discussions techniques entre Nexter et KMW se déroulent sans anicroche.

De son côté, Rheinmetall, qui n'a pas intérêt à voir émerger un concurrent trop puissant, aurait remis une offre très alléchante à la famille Bode. Mais le groupe de Düsseldorf devra résoudre deux problèmes à cette opération. La famille souhaite garder un contrôle sur la future entité, à l'image du 50-50 négocié entre KMW et Nexter. Le PDG de KMW Frank Haun, pensait avoir trouvé la parade pour contourner la politique restrictive de Berlin en matière d'exportations en s'alliant avec le français Nexter. KMW avait réalisé 80 % de son chiffre d'affaires à l'exportation en 2011. Un peu avant l'annonce des fiançailles entre les deux groupes, Frank Haun avait même pris la précaution, selon nos informations, de demander en juin à l'occasion du salon Eurosatory au PDG de Thales si le groupe d'électronique pouvait s'opposer à cette opération. Jean-Bernard Lévy n'avait fait alors aucune objection.

Une coopération franco-allemande en danger

"Alors qu'on parle sans cesse de davantage de coopération et de consolidation du secteur de la défense en Europe, on s'attaque à des décennies de coopération franco-allemande", a récemment regretté le patron d'Airbus Group. Tom Enders s'est montré critique à l'égard des restrictions qu'impose le gouvernement allemand sur les exportations d'armements. Il estime que cette position est susceptible de dissuader les sociétés internationales de coopérer sur de futurs projets.

À lire également

  • Armement : quand Berlin trahit l'esprit de la coopération franco-allemande
  • Défense : le surcoût des opérations extérieures va dépasser 1 milliard en 2014
  • Industrie de la défense: Berlin appelle à renforcer l'intégration européenne

L'industrie de l'armement allemande va-t-elle se délocaliser face à la politique d'exportation d'armements très restrictive de Berlin ? "Tous les grands groupes de la défense en Allemagne se demandent s'ils peuvent rester dans le pays à long terme", a répondu le président du directoire de Rheinmetall et de la fédération allemande de l'industrie de défense, Armin Papperger, dans un entretien publié dimanche par le "Süddeutsche Zeitung". Il explique que les nouvelles règles laissent aux industriels deux choix : réduire la production et l'emploi ou délocaliser. "D'autres pays tels que la Suisse, la France et les États-Unis seraient heureux que nous y investissions ; nous y pourrions exporter plus facilement", poursuit-il. A l'image de KMW qui a été le premier à se lancer dans un rapprochement avec Nexter. Mais Sigmar Gabriel fait tout aujourd'hui pour entraver cette opération...

Michel Cabirol

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