A400M : guerre de tranchées entre Airbus et les Etats clients

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Nous constatons actuellement quelques difficultés dans la négociation entre l'OCCAr et Airbus, entre l'OCCAr et les six nations participantes, a expliqué aux députés le Délégué général pour l'armement, Joël Barre.
"Nous constatons actuellement quelques difficultés dans la négociation entre l'OCCAr et Airbus, entre l'OCCAr et les six nations participantes", a expliqué aux députés le Délégué général pour l'armement, Joël Barre. (Crédits : Pascal Rossignol)
La négociation d'un nouveau contrat du programme A400M entre les Etats clients et Airbus butent principalement sur des questions financières. L'accord intérimaire prend fin le 30 novembre. Le constructeur a une nouvelle fois dû provisionner pour l'A400M.

Article actualisé le 31 octobre 2018 à 8h57

Tic-tac, tic-tac, tic-tac... D'ici à la fin novembre, Airbus les Etats clients devront avoir conclu les négociations de la remise à plat (« re-baselining ») du programme A400M, décidée en février dernier : planning des livraisons des avions neufs et de retrofit (modernisation) des appareils déjà livrés, développement des capacités manquantes, planning de paiements, pénalités... Et au bout du bout, le constructeur européen et l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement (OCCAr), qui négocie au nom des Etats clients, doivent signer un vrai contrat et déchirer l'accord intérimaire (Dol ou Déclaration d'intention), qui s'éteint le 30 novembre.

Des principes à un contrat en bonne et due forme, il y a toujours un gouffre. Donc il fallait s'attendre que les négociations entre Airbus et les sept Etats (Allemagne, France, Royaume-Uni, Espagne, Turquie, Belgique, Luxembourg), via l'OCCAr, soient dures. Elles butent principalement sur les questions financières, selon nos informations. Ce qui n'est pas une surprise. "Nous constatons actuellement quelques difficultés dans la négociation entre l'OCCAr et Airbus, entre l'OCCAr et les six nations participantes", a d'ailleurs expliqué le 10 octobre aux députés le Délégué général pour l'armement, Joël Barre. De son côté, Airbus a convenu dans son communiqué sur les résultats des neuf premiers mois de 2018 que "la transformation de cette DoI en avenant contractuel prend un peu plus de temps que prévu".

La question financière au centre des négociations

Au-delà des compensations et des pénalités, le point de blocage majeur entre les deux parties vient principalement du planning de paiement. Les états clients se sont mis d'accord sur un plan de paiement de l'OCCAr, qui est chargé de payer le constructeur européen. "Pour ne rien vous cacher, Airbus trouve que nous avons reporté les paiements un peu trop dans le futur et que nous ne le payons pas assez aujourd'hui, a expliqué aux députés de la commission de la défense, Joël Barre. Si nous avons fait cela, c'est pour l'inciter à redresser le programme A400M le plus rapidement possible". Un planning financier qui met sous pression le constructeur européen.

Or, Airbus souhaite a contrario une accélération des paiements. Car le groupe a un problème de cash sur l'A400M sur les trois ans à venir, selon nos informations. "Airbus veut être financé à la hauteur de ce que l'A400M lui coûte, explique-t-on à La Tribune. Le groupe, qui a déjà financé huit milliards d'euros de surcoûts dans ce programme, ne veut plus continuer à le financer". Aujourd'hui les Etats font de la rétention de prix sur les A400M livrés. Schématiquement, ils ne payent qu'une partie des appareils qu'Airbus leur livre selon la configuration, qui n'est pas définitive. C'est le cœur de la négociation entre les Etats et Airbus. Résultat, Airbus a dû réviser à la hausse la provision pour l'A400M à 105 millions d'euros sur les neuf premiers mois de l'année, "essentiellement en raison de l'évolution anticipée des prix", a-t-il expliqué dans son communiqué sur les résultats des neuf premiers mois de 2018. Soit 7 millions d'euros de plus que les 98 millions d'euros déjà provisionnés pour le premier semestre 2018. Pour prouver sa bonne foi, le groupe a plusieurs fois rappelé ces derniers mois que le programme avait été remis sur les rails depuis 2015. A suivre...

"Airbus dit avoir perdu huit milliards d'euros dans cette opération et nous-mêmes avons perdu de l'argent, ne serait-ce qu'en devant acheter des C130 de remplacement", a rappelé le Délégué général pour l'armement.

Tom Enders s'en mêle

Pour faire avancer les négociations, le patron d'Airbus s'en est même mêlé. "Notre ami Thomas Enders, qui est encore président d'Airbus, nous a envoyé il n'y a pas longtemps une lettre indiquant qu'il fallait absolument converger d'ici à fin novembre sur le contrat lui-même", a révélé Joël Barre. C'est l'un des nombreux courriers qu'a reçu le ministère des Armées de la part d'Airbus, qui souhaite enfin signer un contrat exécutable pour assainir le programme et ses finances. Il reste encore un mois de négociations. "J'espère que nous y arriverons d'ici à la fin de l'année", a estimé le Délégué général pour l'armement. Du côté d'Airbus, on reste confiant sur l'issue des négociations. D'autant que les livraisons actuelles des appareils sont déjà calées sur l'accord intérimaire...

"Je pense que le plan de redressement A400M que nous avons mis en place est sur la bonne voie, mais il est exact que cela va prendre du temps, a affirmé Joël Barre. J'ai le sentiment que les premiers A400M livrés, dans l'état partiel de performance qu'ils permettent aujourd'hui, donnent satisfaction et qu'à terme ce programme finira par être un succès".

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Commentaires
a écrit le 31/10/2018 à 19:11 :
Alors qu'en produisant avec une entreprise publique nationale, on est souverains, indépendants, on est maitre de la production, de la livraison, et du prix.

Ya pas à dire, la privatisation de la défense c'est que du bon :O

Merci l'Europe, merci la finance.
a écrit le 31/10/2018 à 7:49 :
Sans doute qu'il faut que les Etats fassent un effort. Ils peuvent soutenir Airbus qui a quand même sorti un avion conforme au cahier des charges pour l'essentiel : le transport de fret ou de troupe, rapide et sans besoin de faire une demande de couloir aérien, avec atterrissage possible sur piste sommaire.
En temps de paix c'est le principal. Les Etats peuvent attendre les rétrofits.
a écrit le 31/10/2018 à 6:45 :
Quelle que remarques:
Ce programme a 3, 4 , 5 ans de retards ... ( voir plus...)
Les appareil livrer ne sont pas au points.... ( probleme dè fiabilitée moteur )
Le prix unitaire est Tres superieur àu prévision de départ"....
Bien une grande partis de s'est probleme sont du á Airbus , et cette entreprise réclame encore des efforts de là parts des clients .... Qu'ils livrer des avion au points et ils seront payer a la réception .... Nous ne somme pas la pour subventionner se qui ne fonctionne pas .
Réponse de le 31/10/2018 à 23:26 :
Vous ne devez pas avoir une grande connaissance des marchés étatiques dans lesquels les états et leurs services techniques se mêlent du développement. Certes l'organisation d'Airbus est clairement en cause mais il faudrait aussi faire la part des multiples demandes contradictoires tant politiques que techniques des clients. Je serais assez curieux d'aller jeter un coup d'oeil aux vrais coûts du Rafale par exemple....histoire de comparer. Il y aurait peut être des surprises....
Réponse de le 02/11/2018 à 17:34 :
Ensuite pour se qui est des multiple demande technique de chaque version , Airbus aurrai du normalement prendre en compte les difficultés technique ... Mais avant tous les probleme dè l'A400M sont avant tous les moteurs , commun à toute les versions.
Ensuite. Nous remarquons que cette appareil est sur un tronçon avec énormément d'opportunités , le c130 et Á 160 sont en fin de vie , mais encore faut il que le develloppe de cette avion soit un minimum correcte ... Donc cela est un vrais sabotage .... Scandaleux .
a écrit le 30/10/2018 à 23:32 :
Une obsession de la France contre les C-130 et C-17 qui a produit un canard boiteux coûteux l'A400M.

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