Airbus, ce qui fait vraiment gagner des parts de marché aux Etats-Unis

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Aujourd'hui, les trois mastodontes du ciel américain, American, Delta, United, comptent un grand nombre d'Airbus dans leur flotte.
Aujourd'hui, les trois mastodontes du ciel américain, American, Delta, United, comptent un grand nombre d'Airbus dans leur flotte. (Crédits : MICHAEL SPOONEYBARGER)
Airbus veut passer de 20 à 50% de parts de marché sur les appareils court et moyen-courriers aux Etats-Unis. La fenêtre de tir est favorable avec le renouvellement des flottes des compagnies en cours. Analyse.

L'objectif d'Airbus aux Etats-Unis est clair. Avoir sur les appareils de plus de 100 places une part de marché du même ordre que celle que l'avionneur européen détient à l'échelle de la planète, autour de 50%. Airbus en est loin puisque seulement 20% de la flotte des compagnies américaines est équipée de ses appareils. Un niveau qui résulte moins d'un soi-disant patriotisme économique des transporteurs américains que de l'incapacité de ces derniers à renouveler leur flotte d'avions court et moyen-courriers au cours de la dernière décennie, en raison de leurs graves difficultés financières. Pour rappel, les transporteurs américains ont perdu collectivement près de 45 milliards de dollars entre 2000 et 2008.

Airbus s'est bien placé chez US Airways, United et Northwest

De fait, leurs énormes flottes court et moyen-courriers datent en grande partie des années 80, une époque où Airbus n'était pas le géant qu'il est aujourd'hui. Rien d'étonnant donc que la majorité de ces vieux avions était des appareils américains, que ce soit des MD80, des DC9 ou les premières générations de 737.

Cet historique donne évidemment un avantage à Boeing quand les compagnies renouvellent leur flotte. Pour une multitude de raisons comme les qualifications des pilotes voire, parfois, l'hostilité de ces derniers, il est en effet plus coûteux et plus compliqué de changer de matériel, même si cela n'a rien de rédhibitoire. Pour preuve, Airbus est entré en force dans les flottes de US Airways, Northwest et United Airlines (dont le siège est à deux pas de celui de Boeing), puis dans celles de jeunes compagnies low-cost comme Jetblue ou Virgin America.

Concurrence frontale

Le début du processus de renouvellement des flottes des transporteurs américains depuis quatre ans offre une formidable opportunité à Airbus de combler son retard sur Boeing.

Car, contrairement aux années 80-90 où elles n'avaient pas réellement d'autres choix que d'acheter américain, le paysage concurrentiel est aujourd'hui complètement différent avec un Airbus qui fait au moins jeu égal avec Boeing. Les compagnies américaines ont donc maintenant le choix entre deux blockbusters, le B737 et l'A320. Deux rivaux en concurrence frontale qui se partagent le marché au niveau mondial.

4.700 avions sur 20 ans

Tout se jouera sur les performances de l'avion, son prix, sa disponibilité en termes de livraison, et au final sur les capacités d'Airbus à prouver aux compagnies qu'il est préférable de changer de constructeurs...et moins sur un soi-disant patriotisme économique.

Et à ce jeu, Airbus est évidemment bien placé avec son nouvel A320 Neo pour capter les 4.700 appareils court et moyen-courriers que les compagnies américaines doivent acheter au cours des vingt prochaines années. En particulier l'A321 qui a un boulevard pour remplacer les nombreux 757 encore présents dans les flottes des compagnies. Et quand bien même les compagnies américaines préféraient le «Made America », cet éventuel désavantage n'a, a priori, plus lieu d'être avec l'ouverture de l'usine d'assemblage final de Mobile, en Alabama.

Airbus présent dans les trois Majors US

Enfin, la concentration récente du ciel américain est favorable à Airbus. Comme par enchantement, toutes les fusions qui se sont succédé depuis 2008 ont concerné une compagnie disposant d'une partie de sa flotte en Airbus à un opérateur tout (ou quasiment) Boeing. Delta (Boeing) a fusionné en 2008 avec Northwest qui avait des Airbus, United (qui avait beaucoup d'Airbus) s'est rapproché de Continental (Boeing) en 2010 et US Airways a apporté ses avions européens dans la corbeille lors de son mariage avec American Airlines (Boeing) en 2012, laquelle avait le choix un an plus tôt, avant de se mettre sous chapitre XI, d'Airbus avec une énorme commande d'A320 et d'A320 Neo.

De fait, aujourd'hui, les trois mastodontes du ciel américain, American, Delta, United, comptent un grand nombre d'Airbus dans leur flotte. Grâce à US Airways, American est même devenu le plus gros opérateur d'Airbus dans le monde. Ce faisant, une compagnie pro-Boeing a pu découvrir les Airbus et les apprécier. Même si elle a passé une grosse commande de B737Max en 2011, la compagnie d'Atlanta a également commandé des A320 Neo mais aussi des A330.

Lire ici : pourquoi les compagnies américaines ont plus de Boeing

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Commentaires
a écrit le 15/09/2015 à 14:50 :
Il s'agit uniquement d'une compensation que le gouvernement américain impose à Airbus pour passer des commandes. Elle donne aussi le ton pour les commandes des compagnies d'aviation américaines tout comme celles de nombre d'équipementiers pour les équipement français. Alors que l'effort d'investissement est partagé, nous sommes les plus grands bénéficiaires sur cette ligne tandis que les allemands sont préférés dans l'automotive. L'arrivée importante sur le secteur préfigure en effet celle qui va s'opérer dans l'automobile dont les partenaires se croisent parfois. Les américains ont eux investi depuis la dernière guerre en Europe, pays par pays, sur des équipements divers.Il faut noter que le ciel américain va connaître non seulement un second tour pour la concentrations de ses compagnies civiles avec aussi l'arrivée plus importante d'acteurs étrangers, mais aussi une baisse drastique -de plus de 50%- des ses budgets militaires. Les acteurs du militaire voient déjà leur segment se concentrer pour y faire face dans des opérations significatives qui devraient s'intensifier. Pour Airbus il s'agit donc aussi d'une opération de prestige international afin de conforter ses ventes civiles donc mais aussi militaires et spaciales. Le constat cependant est que ce segment auquel on prédit pourtant de beaux jours reste court et insuffisant. Airbus après sa séparation en deux profitera certainement de cette occasion pour ouvrir son périmètre à d'autres activités comme la robotique de haut niveau. Il faut espérer que la prise de conscience se fasse actuellement.
Réponse de le 15/09/2015 à 19:59 :
Il est toujours assez plaisant de lire un nouveau chapitre des futuribles de M. Corso qui semble maitriser magistralement les rouages d'Airbus.
Peut être faudrait il considérer que produire où l'on vend, lorsque les autres sites de production sont saturés n'est pas totalement stupide, de même que se situer en zone $ qui continue malgré tout à constituer la monnaie aéronautique peut avoir quelques avantages pour stabiliser les risques de change. Ceci étant cela pourrait aussi à terme permettre devendre de l'avion militaire aux US.
Pour ce qui est de la scission d'Airbus, ce n'est guère dans l'air du temps à moins qu'il n'y ait des informatins exclusives derrière le rideau...
La robotique ou tout autre activité hors coeur de métier d'Airbus n'est pas au programme c'est même tout le contraire du mouvement de recentrage de Major Tom.
a écrit le 15/09/2015 à 14:33 :
il est logique qu'airbus crée de l'emploi sur le territoire de son marché , c'est une contrepartie honnète dont beaucoup d'entreprises et de politiques devraient s'inspirer pour fixer les règles du jeu des échanges internationnaux , reste à airbus de protéger son savoir-faire
a écrit le 15/09/2015 à 13:43 :
Quelques compléments seraient nécessaires pour comprendre la rentabilité de cette délocalisation. Et en premier lieu la parité euro/dollar, le coût moindre de la main d’œuvre américaine (mais pas avec les mêmes protections sociales), et environ 80 millions d'E d'aides directes et indirectes versées par l’État d'Alabama. En fait, cet avion est plus un meccano international qu'européen .. .
a écrit le 15/09/2015 à 10:27 :
Bernard Lathière disait : " Vendre des airbus aux américains c'est facile . Il suffit d'incor-
porer beaucoup de pièces avec "made in USA" visible ; parler américain ; mieux tenir le whisky qu'eux ."
a écrit le 15/09/2015 à 9:52 :
Il y a 10 ans , on nous a expliquer que nous allions gagnier des part de marché à aller nous installer en Chine ( une ussine d'assemblage), ce n'est toujours pas rentable et nous n'avons pas gagnier de parts de marché.... Actuellement on nous fait le même discours sur les USA.... Des bobards car les Amériques favoriserons toujours leurs entreprises ( nous l'avons vu lors du marché de l'avion ravitailleur de US aire force). Airbus ferait mieux de se porter sur des marché porteur ou nous somme abcence.... Gros porteur militaire, drone MÂLE, Avion d'attaque au sol.... Histoire de faire une vrais concurance a l'exportation des Russes et des USA...
a écrit le 15/09/2015 à 8:46 :
Par le moyen de la finance tout deviendra américain, on vend en catimini la France a la découpe, on la vide de sa substance afin de n'être qu'une colonie!
a écrit le 15/09/2015 à 8:39 :
Airbus a un gros chalenge avec le A350.
2 des 3 grosses compagnies américaine ont commencé leur training. L'avion est plein de promesses et les pilotes semblent ravis. Le chalenge va être de tenir les promesses en terme de perfos, d'interface pilote et de qualité et délais de livraison.
Si tout se passe bien il y a un boulevard pour Airbus car ces 1er pilotes sont tous des décideurs dans leur domaine.
Affaire a suivre.

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