Article publié à 6h56 et mis à jour à 14h47
En coulisse, les couteaux sont sortis entre Alstom et Thales. Car l'électronicien suspecte très fortement le fabricant de matériels roulants de préparer une offensive sur ses activités transport où il est présent essentiellement dans la signalisation ferroviaire. D'ailleurs, selon des sources concordantes, la banque Rothschild travaillerait déjà en amont sur ce dossier pour le compte d'Alstom. Mais Thales, qui veut devenir le leader mondial de la signalisation ferroviaire, souhaite garder ses activités, qui s'inscrivent dans son ADN. C'est d'ailleurs ce qu'a écrit entre autre le PDG de Thales Patrice Caine dans un courrier envoyé au président de la République, François Hollande, et à son Premier ministre, Manuel Valls mais aussi à quatre autres ministres, selon "Le Monde" : Ségolène Royal (Environnement), Jean-Yves Le Drian (Défense), Michel Sapin (Economie et Finances) et Christophe Sirugue (Industriee).
Depuis la publication d'une lettre rendue publique par Arnaud Montebourg, Thales est sur ses gardes. Dans ce courrier, l'ancien ministre du Redressement productif demande au ministre de l'Economie Michel Sapin d'utiliser la position d'actionnaire principal de l'Etat dans Thales pour empêcher la vente, selon lui engagée, de sa filiale transport au leader chinois CRRC, et encourager l'achat de celle-ci par Alstom. Ce qui est parfaitement faux. Le PDG de Thales Patrice Caine dément dans La Tribune une mise en vente de ses activités, précisant que "bien au contraire, Thales a l'ambition de développer cette activité de signalisation ferroviaire et d'en faire le leader mondial au cœur des métiers du groupe".
Pour Thales, la ficelle est grosse. Trop grosse. D'autant que le courrier donne beaucoup trop de détails sur le marché des transports terrestres et surtout des chiffres trop précis du groupe d'électronique que seuls des groupes concurrents peuvent connaitre. Bref, au sein du groupe d'électronique, on soupçonne Alstom d'avoir tenu le stylo de l'ancien ministre. "Alstom s'est déclaré acheteur depuis longtemps et doit donc être, au nom du patriotisme économique et de nos intérêts économiques et sociaux, le seul acheteur possible de cette activité", affirme même Arnaud Montebourg.
L'ancien ministre du Redressement productif ajoute que les activités ainsi rachetées à Thales pourraient être pour "tout ou partie" relocalisées à Belfort. "Cette stratégie de renforcement d'Alstom peut donc passer par Belfort, si le gouvernement décide enfin de s'y intéresser et de s'en occuper", affirme-t-il. Un jour plus tard le PDG d'Alstom Henri Poupart-Lafarge dément lors d'une audition à l'Assemblée nationale tout rapprochement avec la branche transport de Thales, rappelant que "leur activité de signalisation n'est pas en vente". Mais le mal est fait... et tous les proches d'Arnaud Montebourg - du secrétaire général adjoint de l'Elysée, Boris Vallaud, à Régis Turrini, ex-patron de l'Agence des participations de l'Etat (APE) - sont suspectés d'œuvrer dans l'ombre...
Le PDG de Dassault Aviation , deuxième actionnaire de Thales, a déclaré mardi à Reuters soutenir la direction du groupe d'électronique dans son souhait de conserver la signalisation ferroviaire au sein du groupe. "La signalisation ferroviaire est dans le 'core business' des activités de Thales qui est en charge du développement des grands systèmes dans beaucoup de secteurs", explique Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation dans une déclaration transmise à Reuters. "Donc l'actionnaire Dassault Aviation soutient le management de Thales dans le souhait de conserver cette activité", précise-t-il.
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A son arrivée à la tête du groupe, Patrice Caine avait expliqué au printemps 2015 à l'assemblée générale des actionnaires que cette activité faisait partie des axes stratégiques de développement de Thales. Une annonce qui n'avait pu se faire qu'avec le plein accord de son conseil d'administration et donc de ses deux principaux actionnaires, l'État et Dassault..
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D'autant que Thales est en ligne avec le plan annoncé en 2015, avait expliqué Patrice Caine fin septembre à La Tribune. D'un point de vue financier, cette activité retrouvera l'équilibre dès cette année. "Puis dans un horizon de deux à trois ans, nous retrouverons les niveaux historiques de profitabilité de Thales dans ce marché, avec l'objectif en ligne de mire d'atteindre le meilleur niveau de profitabilité du secteur vers 9% ou 10%", avait-il précisé.
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