B737 MAX, "NMA", "NSA", la terrible équation pour Boeing

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(Crédits : Joshua Roberts)
Avec la crise qui touche le B737 MAX et le lancement de l'A321 XLR, certains observateurs émettent l'hypothèse de voir Boeing abandonner son projet de New Midsize Aircraft (NMA) et lancer au contraire le successeur du B737 MAX, un "New Small Aircraft" (NSA). Un scénario extrêmement risqué pour le constructeur américain.

Boeing est dans une impasse stratégique. L'absence de toute visibilité sur la remise en service de son moyen-courrier, le B737 MAX, cloué au sol depuis mi-mars à la suite de deux accidents mortels, et l'incertitude qui règne désormais sur l'avenir de son projet de "New Midsize Aircraft" (NMA) depuis le lancement ce lundi de l'Airbus A321 XLR, plongent le constructeur américain dans le doute le plus profond.

L'ordre des choses bouleversé

Encore d'actualité en mars avant l'accident d'un 737 MAX d'Ethiopian Airlines, l'ordre des choses, qui passait dans un premier temps par un lancement au Salon du Bourget d'un "NMA", un avion de 220 à 260 sièges pouvant franchir des distances de 5.000 miles nautiques à l'horizon 2025-2026 puis, dans un second temps, par celui d'un "NSA" (New Small Aircraft), un avion de 150 à 220 sièges destiné à succéder au cours de la décennie 2030 au best-seller B737 MAX, est en passe d'être complètement chamboulé.

Déjà, l'arrivée de l'A321 XLR remet en question l'utilité du "NMA" que d'aucuns avaient déjà baptisé le B797. Prévu en 2023, l'avion européen arrivera deux à trois ans avant son concurrent américain, voire plus en cas de décalage du programme. Une avance suffisante pour permettre à l'A321 XLR de rafler une bonne partie de ce marché. Du coup, plusieurs observateurs s'interrogent sur l'intérêt pour Boeing de dépenser 15 milliards de dollars dans un programme au retour sur investissement incertain.

Les passagers vont-ils boycotter le 737 MAX?

À cette incertitude s'ajoute ensuite celle concernant l'avenir du 737 MAX. Si sa remise en service finira bien par arriver, la réaction des passagers sera décisive. Auront-ils confiance de monter à bord ? Si, par le passé la plupart des avions ont survécu à des accidents, la question se pose aujourd'hui avec la forte médiatisation qui a entouré les deux accidents de l'appareil et son interdiction de voler. D'autant plus qu'une remise en service ne dissiperait pas le "bad buzz" autour de l'appareil. Avec les investigations à finaliser, les procès à venir..., il risque de durer encore longtemps.

D'où cette hypothèse qui revient de plus de plus en plus souvent dans la bouche des professionnels du secteur : Boeing ne va-t-il pas laisser tomber le "NMA" et anticiper au contraire le lancement d'un "NSA"?

"Forcément, ils doivent y penser", explique un industriel. D'autant plus qu'avant le lancement de la remotorisation du B737 en 2011 (qui a donné naissance au 737 MAX),  le lancement d'un nouvel avion tenait la corde. Problème, "Boeing aura du mal à sortir une nouvelle famille d'avions avant 2027-2028, au mieux", explique un analyste. "Or, d'ici là, aucune réelle rupture technologique n'est attendue et Boeing prendrait le risque de voir Airbus sortir cinq ans plus tard le successeur de l'A320Neo, beaucoup plus performant".

Le successeur de l'A320Neo pourrait par exemple afficher une baisse de la consommation de carburant de 30%, dont 15% à travers une amélioration de la performance des moteurs. Vendredi dernier, au Paris Air Forum, Guillaume Faury, le président exécutif d'Airbus Group, a déclaré que les technologies du successeur du 320 Neo ne seront pas prêtes avant trois à cinq ans. "Pour moi, il n'y a pas vraiment de problématique en 2019 ou en 2020. On aura une problématique sur 2023-24-25 si on continue à dire que les technologies ne sont pas prêtes", a-t-il dit au sujet d'un successeur de l'A320 Neo.

Un scénario très risqué

Au final, un tel scénario serait très risqué pour le géant américain. Car, en se passant du "NMA" et en lançant à la place un "NSA" qui n'offrirait que de maigres gains en termes de performances pour les compagnies aériennes, Boeing prendrait le risque de se faire complètement distancer quelques années plus tard par le futur moyen-courrier d'Airbus, lequel, grâce à l'importance du carnet de commandes de l'A320NEO actuel et au faible écart de performance qu'il pourrait y avoir entre ce dernier et le "NSA" de Boeing, pourrait permettre à Airbus d'attendre  quelques années avant de lancer le successeur du 320 NEO, le temps que n'arrivent à maturité de nouvelles technologies.

Ce qui obligerait Boeing à remettre sur la table 15 milliards de dollars pour relancer un deuxième "NSA" quelques années après un premier renouvellement. Un scénario catastrophique pour le géant américain, si l'on songe que ce segment de marché, celui des avions des avions moyen-courriers, est le plus important. Il représente 70 à 75% des ventes des avions de plus de 100 places.

Personne n'imagine Boeing tomber dans un tel piège. Sauf s'il n'a pas le choix. "Il vaut mieux avoir un NSA qui sorte en 2025 avec un gain de performance peut-être médiocre plutôt que de ne pas avoir d'avion du tout", fait valoir un cadre d'Airbus. Tout dépendra donc de l'attitude des passagers à l'égard du B737 MAX quand il reprendra les airs.

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a écrit le 02/12/2019 à 15:54 :
Un avion doit pouvoir voler même quand tous les systèmes informatiques tombent en panne,c'est le cas de l'Airbus A 320 mais ce n'est pas le cas du Boeing 737 Max. Comment a t'il pu avoir sa certification? et comment le 737 max pourrait t'il l'avoir de nouveau sans une modification radicale de son design et aussi de l'aileron de queue qui semble d’après les experts canadiens dangereux.
a écrit le 21/08/2019 à 12:57 :
Jamais je ne mettrai mes pieds dans un MAX. Il n'y a pas que le constructeur, c'est le régulateur aussi qui a permis cette énorme gaffe dont je doute fort qu'un patch logiciel puisse résoudre dans n'importe quel point de l'enveloppe de vol. C'est la version aéronautique de l'arrogance de la Pax Americana.
a écrit le 16/08/2019 à 4:01 :
Voila ce que donne les arrangements entre amis: la FAA s'est fait passer un sapin. 1- Comment ce sont les pilotes de Boeing qui ont pu faire certifier l'avion et sans tester
ce nouveau système?
2- Comment Boeing n'a pu avertir toutes les compagnies et les pilotes de ce nouveaux
système ?
3- Quel sérieux pour faire programmer un système essentiel par des gens non
compétents en Inde et payés à 9 $;
4- Avis de pilote : comment se fait-il que la cabine de pilotage des Boeing date de
plus de 25 ans alors qu'Air-Bus se permet d'avoir des cabines neuves et toutes
identiques quel que soit le modèle d'avion,
5- De toutes façons les clients, même si l''avion peut revoler, les gens ne se sentirons
pas en sécurité au vu de l'insouciance de Boeing a assurer ses responsabilités vis
à vis de ses clients et sérieux dans ses processus (programmeurs à 9 $ ).

Voilà ce qu'il résulte de vouloir rattraper son retard sur le marché. Air Bus est une compagnie intégrée qui ne tire pas ses profits principalement de son secteur militaire comme Boeing le fait.

Facture actuelle 5 000 000 000 000 $ US plus 100 000 000 $ pour les familles

Croyez-vous que les compagnies, avec ces avions cloués au sol, resterons passives? face aux millions de revenus perdus
soit le modèle
a écrit le 18/06/2019 à 13:57 :
les passagers ont ils réellement le choix de l'avion?????
Réponse de le 18/06/2019 à 15:30 :
Même commentaire. Les passagers ont-ils vraiment le choix ? je pense que lorsqu'une solution sera la, le passager fera la même chose qu'avant, a savoir trouver le billet le moins cher et faire sa valise.
a écrit le 18/06/2019 à 13:34 :
Perso je ne monterais pas dans cet avion s’il venait à réapparaître.. il est vrai que je ne veux plus prendre l’avion de toutes les manières
a écrit le 18/06/2019 à 11:03 :
On peut se "rassurer", D.Trump ne laissera pas tomber Boeing, il trouvera toujours quelque chose pour contrer Airbus.
a écrit le 18/06/2019 à 10:19 :
Le plus gros risque est le boycott du 737Max. Boeing associé à ces catastrophes apparaît comme un constructeur peu fiable, plus intéressé par les bénéfices que par la sécurité.
a écrit le 18/06/2019 à 9:43 :
La justice américaine arrivera bien à faire cracher à Airbus quelques dizaines de milliards, avec un procès pour pseudo corruption ou relations avec l'Iran.... Sans compter les commandes militaires du Pentagone à Boeing...

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