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Futurs missiles antinavires et de croisière : jusqu'ici tout va bien entre Paris et Londres

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 19 mars 2019 à 05:30 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:50

MBDA France Grande-Bretagne missiles antinavires missiles de croisière

MBDA France Grande-Bretagne missiles antinavires missiles de croisière

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La France et la Grande-Bretagne poursuivent leur coopération en vue de remplacer les missiles antinavires Exocet et Harpoon et les missiles de croisière Scalp et Storm Shadow. Mais les choix de concept en 2020 pourraient couler cette coopération.

Jusqu'ici tout va bien... mais l'entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne va-t-elle se poursuivre jusqu'au lancement d'un des programmes les plus critiques pour la souveraineté des deux pays ? De quoi parle-t-on ? Des futurs missiles antinavire et de croisière, baptisés FMAN/FMC ou, en anglais, FC/ASW, destinés à remplacer aussi bien les missiles anti-navires Exocet (France) et Harpoon Grande-Bretagne) que les missiles de croisière Scalp/Storm Shadow. Ce programme, qui s'inscrit dans le cadre de la démarche de rationalisation initiée par les accords de Lancaster House, constitue le programme le plus structurant et le plus dimensionnant de la coopération franco-britannique dans le domaine des missiles.

"Le programme se déroule bien", a fait valoir une source proche du dossier à La Tribune. En dépit des incertitudes, le programme a d'ailleurs passé un nouveau cap important vendredi. Selon nos informations, les deux pays ont approuvé la réduction du nombre de concepts (key review) dans le cadre de la phase de conception, qui court entre 2017 à 2020. Ce jalon a permis de sélectionner, parmi les sept concepts retenus jusqu'à maintenant, les plus prometteurs d'entre eux. Ces concepts font l'objet d'études système plus approfondies, en vue de la fin de la phase de concept prévue début 2020. Dès l'an prochain, MBDA, l'industriel maître d'oeuvre, sera notifié d'un contrat portant sur la levée des risques, qui peut s'apparenter à un pré-développement. Un contrat qui courra jusqu'en 2024, date à laquelle le programme devra être lancé. Les premières livraisons sont envisagées en 2028.

Mais, parce qu'il y a un mais...

La première des incertitudes reste le remplacement des missiles antinavires Harpoon (Boeing), qui arrivent en bout de vie dans la Royal Navy. Le Délégué général pour l'armement (DGA), Joël Barre, avait très bien résumé la situation lors de son audition en juillet 2018 : "Nous craignons que le remplacement du Harpoon auquel il vous faudra procéder en 2023 vous conduise à choisir un missile, quel qu'il soit, qui reporte du côté britannique le calendrier de mise en service que nous visons pour le FMAN/FMC", avait-il répondu à un parlementaire anglais qui l'interrogeait. Les calendriers des deux pays sont "parfaitement alignés : nous voulons tous deux disposer d'une capacité FMAN/FMC en 2030".

Pour le délégué général pour l'armement, il est clair qu'il "ne faudrait pas" que la Grande-Bretagne mette "en service un missile anti-navires post-Harpoon en 2023 qui repousse, pour le Royaume-Uni, l'horizon d'aboutissement de ce projet". Si tel était le cas, la France et la Grande-Bretagne se retrouveraient alors avec des calendriers de besoins décalés... et une coopération plus compliquée à réussir. A Paris, l'attitude de la Grande-Bretagne est donc scrutée avec beaucoup d'attention. Londres vient de donner un signal a priori positif d'autant que le programme se poursuit dans le calendrier. Le Lieutenant-général Sir Mark Poffley, sous-chef d'état-major de la Défense (capacité militaire) au ministère de la défense avait estimé en juillet dernier que le remplacement des missiles Harpoon était "une priorité élevée dans nos considérations de programme".

Le ministère de défense (MoD) britannique a lancé il y a une dizaine de jours un appel d'offres discret sur l'un des sites de la Commission européenne en vue de se procurer une arme guidée de navire de surface de nouvelle génération (SSGW), soit un système d'armes anti-navire qui a pour objectif d'être intégré sur des navires de guerre de nouvelle génération de la Royal Navy. L'installation des systèmes est prévu d'ici à 2022 tandis que la première livraison des missiles est attendue d'ici à décembre 2023. Le contrat potentiel sera d'une durée de quatre ans, avec éventuellement, en option jusqu'à neuf années supplémentaires. Londres, qui est prêt à mettre sur la table entre 100 et 200 millions de livres (hors TVA) pour acheter ce type de missiles (entre 116,8 millions et 233,7 millions d'euros), notifiera un contrat en novembre 2021.

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Supersonique ou furtivité?

Deux schémas de missiles de pénétration étaient envisagés jusqu'ici : le missile supersonique manœuvrant, qui va vite et manœuvre en arrivant sur les défenses ennemies, ou bien le missile furtif, qui est un missile indétectable le plus longtemps possible, mais nécessairement subsonique. Jusqu'à présent, la France a beaucoup travaillé sur le supersonique manœuvrant tandis la Grande-Bretagne a surtout cultivé la technologie du subsonique furtif. Le directeur général de Defence Equipment and Support (DE&S), Sir Simon Bollom, avait estimé en juillet qu'un "missile supersonique n'est peut-être pas une solution" en matière de frappe dans la profondeur.

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L'étude de concept a par ailleurs eu pour objectif d'approfondir la compréhension des possibilités offertes par différentes architectures de missiles : supersoniques manœuvrant ou subsoniques et plus furtifs. A terme, les deux pays ont travaillé à faire émerger une solution capable de satisfaire l'ensemble des spécifications liées aux besoins anti-navires et aux besoins de frappe dans la profondeur. Soit sous la forme d'un vecteur unique (un missile qui répondrait à l'ensemble des capacités), soit sur la base d'une famille de vecteurs qui présenteraient un haut niveau de communalité, de modularité et de réutilisation possible de leurs différents composants. Le seconde solution semble plus logique tant les deux missiles remplissent des missions différentes : détruire un navire (missile anti-navire, qui a d'ailleurs une plus petite charge) ou un bunker (missile de croisière). Des différences d'appréciation entre la France et la Grande-Bretagne qui pourraient au final détricoter une coopération prometteuse.

Michel Cabirol

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