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Les quatre raisons qui ont poussé Airbus à investir dans OneWeb

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 29 juin 2015 à 04:56

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pourquoi Airbus a investi dans le projet de OneWeb? Parce que le business model des constellations de satellites est devenu possible. Ce qui a attiré de nouveaux investisseurs ainsi que Tom Enders, toujours autant séduit par les valeurs de l'Amérique.

Trop fort Greg Wyler, le fondateur de la start-up OneWeb, le milliardaire qui veut connecter la Terre entière à internet à des prix abordables grâce à son projet de constellation de 900 micro-satellites. Après avoir séduit dès le départ Sir Richard Branson, devenu un partenaire historique, il vient de réussir un très joli coup en attirant de nouveaux investisseurs, qui ont participé à une levée de capitaux de 500 millions de dollars destinée à financer son projet de constellation. "Le rêve de combler totalement le fossé numérique est en voie de devenir une réalité en 2019", a estimé jeudi Greg Wyler à l'issue de la finalisation de cette opération très attendue.

De nouveaux investisseurs du calibre d'Airbus Group, de l'opérateur américain de satellites Intelsat, qui a pris une participation de 25 millions de dollars, de Coca-Cola Company et du fabricant américain de puces pour smartphone, Qualcomm Incorporated, mais aussi d'un autre opérateur de satellites américain, Hughes Network Systems, une filiale d'EchoStar, du groupe indien Bharti Enterprises présent dans les télécoms et, enfin, de Totalplay, détenu par le milliardaire mexicain Ricardo B. Salinas, ont rejoint ce projet fou de construire, puis de mettre en orbite une constellation de 900 micro-satellites.

Pourquoi Airbus Group s'est lancé dans ce projet

Réticent il y a encore quelques mois à participer à des projets de constellation, Airbus Group s'est finalement laissé séduire et convaincre par Greg Wyler. Pourquoi ? Pour quatre bonnes raisons. "La situation économique a changé, souligne le directeur général de Space Systems, François Auque, que "La Tribune" a rencontré avant le salon aéronautique du Bourget (15-21 juin). Notamment le business model des constellations". Et de préciser que les coûts du segment sol des constellations ont beaucoup baissé grâce aux nouvelles  technologies de réseaux. "La réduction de ces coûts change évidemment le paysage économique des constellations", insiste-t-il.

Cette réduction des coûts a ainsi permis de convaincre de nouveaux investisseurs venus d'horizons très différents comme Coca-Cola et Intelsat. Ceux qui soutiennent ces projets avec des financements dédiés "tiennent aujourd'hui la route", note François Auque. Du coup, ces nouveaux acteurs du spatial peuvent "mobiliser des ressources considérables", observe-t-il. D'où la levée de capitaux de 500 millions de dollars réussie par Greg Wyler, qui lui permet de développer son projet de la constellation de 900 micro-satellites de façon plus sereine.

De nouveaux entrants à contrôler

Au-delà de ces deux raisons économiques, les acteurs classiques souhaitent également garder la main sur leurs marchés face à des entrants aux méthodes très déstabilisantes et aux projets novateurs, dont certains parviendront quoi qu'il arrive à se faire une place au soleil. D'où l'idée de contrôler ces nouveaux acteurs en utilisant la bonne vieille méthode de l'entrisme, plutôt que de s'opposer vainement à leur arrivée. Une analyse résumée par un bon observateur de l'industrie spatiale : "est-ce que ce projet est suffisamment sérieux pour me piquer mon marché ? Si oui j'ai plutôt intérêt d'y être et d'essayer de contrôler, ou bien, si c'est limite, je ne vais pas lui donner un coup de pouce".

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C'est aussi certainement un peu pour cela que Airbus Group a investi dans OneWeb. Une approche aussi bien offensive (nouveaux marchés à conquérir) que défensive (contrôler les nouveaux entrants pour ne pas être dépassé). C'est ce que fait également Intelsat. "Nous mettons à profit les nouvelles technologies en bénéficiant des innovations du secteur au profit de nos clients et de notre réseau", a d'ailleurs expliqué le PDG Intelsat, Stephen Spengler.

Tom Enders, le tropisme américain

Enfin, la dernière raison tient à la personnalité même du président d'Airbus Group, Tom Enders... qui n'a pas eu la chance de naître américain. Car tout ce qui se fait de l'autre côté de l'océan Atlantique sera toujours mieux qu'en Europe. "L'Europe est à l'exact opposé de la Silicon Valley", a-t-il d'ailleurs expliqué avant le salon du Bourget au "Point". "Il a toujours eu ce tropisme", souligne-t-on dans son entourage. Ce n'est donc pas si étonnant que le discours de l'entrepreneur américain Greg Wyler ait séduit le patron d'Airbus Group, qui engage pour une fois personnellement son groupe dans un pari industriel. D'autant que Tom Enders s'est laissé séduire ces derniers mois par les activités spatiales, notamment par les nouveaux développements. D'où l'investissement d'Airbus Group dans OneWeb.

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D'ailleurs, Tom Enders a emmené fin avril l'ensemble du comité exécutif d'Airbus Group dans la Silicon Valley. Une façon de s'imprégner des valeurs créatrices de l'Amérique et de la notion d'échec, qui est là-bas permise. Du coup, tous les salariés d'Airbus croisés ces dernières semaines parlent de la Silicon Valley comme de la Mecque de l'innovation. Mais bien heureusement des vallées, il en existe un peu partout dans le monde, y compris au sein même d'Airbus. Mais c'est peut-être moins exotique... ou moins américain. Dommage surtout que le groupe européen ait attendu Greg Wyler pour vouloir connecter la terre entière.

Michel Cabirol

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