Manurhin va-t-il passer sous pavillon étranger ? Très probable...

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Au moment où la France va recréer une filière de munitions de petit calibre Made in France à laquelle participe Manurhin, il est paradoxal de voir une PME française se faire souffler par un groupe étranger.
Au moment où la France va recréer une filière de munitions de petit calibre "Made in France" à laquelle participe Manurhin, il est paradoxal de voir une PME française se faire souffler par un groupe étranger. (Crédits : Manurhin)
En difficulté, le leader mondial des machines de cartoucherie est convoité par cinq groupes de défense internationaux.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac... Quatre mois après l'ouverture d'une procédure de sauvegarde en juin dernier, l'avenir de Manurhin semble s'inscrire inéluctablement à l'étranger. Le fabricant de machines de cartoucherie "Made in France", qui exporte 100% de sa production, fait saliver cinq groupes de défense internationaux, selon nos informations : trois européens, un américain et un asiatique. En revanche, aucun groupe tricolore ne s'est montré intéressé par cette PME basée à Mulhouse. Au regard de la situation très compliquée de Manurhin, le premier groupe, qui va dégainer, aura vraisemblablement gain de cause. Contacté par La Tribune, son PDG Rémy Thannberger n'a pas souhaité faire de commentaires.

Il reste deux mois environ à la direction de Manurhin, qui emploie au total 220 salariés, pour trouver une solution. Le groupe n'a plus vraiment le choix : soit il fonce dans le mur et dépose son bilan à la fin de l'année à l'issue de la procédure de sauvegarde, soit il trouve un groupe pour s'adosser soit il se fait tout simplement racheter. Il est à craindre que la dernière solution soit la plus plausible, Manurhin n'étant pas en position de force pour négocier son indépendance. Au moment où la France va recréer une filière de munitions de petit calibre "Made in France" à laquelle participe Manurhin, il est paradoxal de voir une PME française se faire souffler par un groupe étranger. Porté par l'ex-ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, ce projet aurait pu être les prémices d'une solution "Made in France" pour Manurhin.

Un carnet de commandes plein à craquer

Si Manurhin n'avait pas des problèmes récurrents de trésorerie et de financement à l'export, le leader mondial de son secteur serait en forme. Car la PME est assise sur une marque internationalement reconnue de la Colombie à Oman, en passant par la France. Elle a installé plus de 13.000 machines dans plus de 60 pays. En outre, elle dispose d'un carnet de commandes très bien garni, qui s'élevait à 93 millions d'euros à fin septembre. Elle a des perspectives commerciales très aguichantes. Selon nos informations, elle mène actuellement des campagnes sur une série de commandes estimée à 500 millions d'euros environ. Elle pourrait en rafler au moins un tiers, estime d'ailleurs un proche du dossier. Enfin, Manurhin évolue sur un marché mondial des munitions en très forte croissance.

"Nous pourrions immédiatement signer 100 millions d'euros de commandes supplémentaires mais comment les financer sans être accompagné? Voilà les questions qui se posent", a d'ailleurs expliqué fin septembre Rémy Thannberger au quotidien régional L'Alsace.

Pourtant, Manurhin a été stoppé dans son élan. Confrontée à une baisse spectaculaire de son chiffre d'affaires (30 millions d'euros, en baisse de 50 % par rapport à 2015) et à des pertes importantes (12 millions) en 2016, la principale filiale de Groupe Manurhin, MR Equipement, qui emploie 175 personnes, a été placée début juin sous le régime de la sauvegarde par le Tribunal de Grande Instance de Mulhouse.

Pourquoi Manurhin en est-il arrivé à cette impasse

La situation de Manurhin est essentiellement due à l'impossibilité à laquelle le groupe est confronté "depuis des mois, d'obtenir des banques françaises privées ou publiques, le moindre euro de crédit, et ce en dépit d'un historique bénéficiaire en 2013, 2014 et 2015", avait expliqué début juin le groupe dans un communiqué. Rémy Thannberger avait pourtant alerté à plusieurs reprises les pouvoirs publics.

En avril 2016, il regrettait dans un entretien accordé à La Tribune que les banques françaises étaient "réticentes à financer nos opérations de défense à l'exportationC'est l'une de mes principales préoccupations. A moyen et long terme, ce sera un vrai problème structurel pour développer Manurhin, qui est aujourd'hui le leader mondial dans son domaine". Et ce qui devait arrivait, arriva en juin dernier...

Pourquoi les banques ne veulent-elles pas accompagner Manurhin? Parce que la PME a un actionnaire qui fait fuir les banquiers, le groupe slovaque Delta Defence. En octobre 2015, l'ancien délégué général pour l'armement Laurent Collet-Billon avait pointé du doigt l'actionnariat et le problème récurrent de cash de Manurhin. "Nous souhaiterions que la question de son actionnariat et celle de sa trésorerie soient clairement traitées", avait-il averti. En pure perte...

Delta Defence, le boulet de Manurhin

Pourtant en février 2016, un accord entre les actionnaires français devait marginaliser Delta Defence (34%) en constituant un bloc de contrôle afin de stabiliser le capital et la gouvernance de la société autour de son management. Dans ce cadre, les deux actionnaires publics de Manurhin, la banque Bpifrance et GIAT Industries SA cédaient leur participation respective de 22,57 % au capital de MNR Group SA, à la Société Nouvelle d'Alsace (SNA), contrôlée par Rémy Thannberger et Robert Nguyen, directeur général de MNR Group. Les deux associés contrôlent désormais 52% du capital de Manurhin.

Cette cession s'accompagnait d'une opération de financement organisée par SNA visant à accompagner la poursuite du développement de l'entreprise. Une opération à laquelle devait contribuer Bpifrance et GIAT Industries à travers un crédit vendeur. Ainsi, la Banque Populaire d'Alsace était prête à accorder un crédit à la PME mulhousienne en conditionnant cependant son intervention, à celle de Bpifrance. Mais finalement cette dernière refuse, faute de disposer d'éléments probants portant sur l'identité des bénéficiaires ultimes de Delta Defence. La Société Générale a également fait la même démarche. Sans plus de succès... Et la dernière assemblée générale a tourné en juillet au dialogue de sourds entre SNA et Delta Defence. Un cauchemar dont va très certainement profiter un investisseur étranger, tout heureux de mettre la main sur une PME, leader mondial de son secteur.

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Commentaires
a écrit le 12/10/2017 à 10:37 :
"Manurhin est déjà dans les mains d'un groupe étranger,"

34% ce n'est pas un actionnaire majoritaire, c'était avant de leur céder des parts qui fallait réfléchir et non maintenant que les emplois salariés sont menacés.

L'oligarchie a tout à voir là dedans, si ce n'est pas sa volonté de nuire c'est son incompétence liée à son avidité qui est impliquée ici même.

"L'oligarchie de vos fantasmes n'a rien à voir là dedans."

de mes fantasmes bien sûr... Bon soldat néolibéral.

"Triomphe de l’oligarchie" https://www.monde-diplomatique.fr/2010/06/A/19241
a écrit le 12/10/2017 à 8:56 :
Le patriotisme ou meme le nationalisme ne peut plus sauver l'etat francais trop socialise. La rabotage, c'est que de rabotage sur le nom du reformer, du Macron ne apporte rien. Boire que du lait francais vous ne sauve pas.
a écrit le 11/10/2017 à 18:28 :
Malgré la qualité de cet article. Tout n'est pas sur la table.
a écrit le 11/10/2017 à 17:20 :
Comme STX en somme.Submergé de commandes,leader mondial,savoir faire unique au monde,....et patati et patata.Surtout bourré de dettes.Ils vendent à perte ou ils sont subventionnés?
a écrit le 11/10/2017 à 14:56 :
haha
les francais decouvrent ce que c'est des entreprises sous capitalisees dont les poches sont syphonnees par l'etat pour ses politiques sociales, et qui ne trouvent pas d'actionnaire negrier pour participer a une augmentation de capital dans un grand cadre de projet pas rentable ( car comme disait segolene royal, experte en la matiere vu l'etat de sa region : ' la rentabilite c'est pas important')
a écrit le 11/10/2017 à 14:47 :
Je propose de mettre sur une carte de France, le panneau " A vendre", de préférence à un groupe étranger.
a écrit le 11/10/2017 à 13:02 :
la premiere question est de savoir qui est derriere la ste slovaque...MAFIA? RUSSIE?
ce qui pourrait légétimer le refus des banques de se mouiller ...
ensuite qui a permi cette paticipation au capital d une entreprise pouvant etre consideree comme strategique ET POURQUOI ... rien a voir avec une fiscalite confiscatoire bla bla
Réponse de le 11/10/2017 à 19:51 :
russie?? ou CIA qui redistribue les munitions à des djihadistes modérés!!
a écrit le 11/10/2017 à 12:20 :
Une fiscalité confiscatoire, pas de fonds de pension avec des capitaux français, une entreprise de plus qui va passer à l'étranger avec son savoir faire.
a écrit le 11/10/2017 à 11:37 :
Chronique de l'incompétence (volontaire ?) des banquiers et des pouvoirs publics, sur un dossier dans lequel il est d'autant plus aisé de trouver des solutions, que le carnet de commande est rempli. Cette Bérésina n'arrive pas pas hasard, elle est orchestrée quelque part.
Réponse de le 11/10/2017 à 12:57 :
Je suis d'accord. Il devrait être facile de régler ce problème, l'Etat doit être le décideur du co-financement de ce genre d'entreprises, stratégiques pour la France. Si jamais cette entreprise coule ou est rachetée par l'étranger, alors là le ministre de la défense doit démissionner immédiatement ! Cela voudrait dire que le gouvernement ne sert pas les intérêts français mais des intérêts étrangers (Allemagne ou USA au choix). Comme ce fut le cas avec Alcatel, Alstom, etc ...
Réponse de le 11/10/2017 à 17:03 :
En 2011, la société Manurhin – qui connut son heure de gloire en équipant en armes de poing les forces de police, dont le fameux MR 73 – est en difficultés financières et cherche de nouveaux investisseurs, notamment publics. Les ministères de l'économie et de la défense ( Francois Baroin Ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie ,gouvernement Fillon 3) sont approchés par Denis Samuel-Lajeunesse, un dirigeant d'une des sociétés de conseil, Kepler Corporate Finance, dont s'est entourée Manurhin pour trouver des partenaires. Il se trouve que M. Samuel-Lajeunesse est un ancien directeur de l'Agence de participations de l'Etat (APE) et qu'il a été recommandé aux actionnaires de Manurhin par son manager temporaire qui n'est autre que... son beau-frère.
a écrit le 11/10/2017 à 11:29 :
Il ne sera bientôt plus question de souveraineté française, tout se décide ailleurs à notre place et nous n'aurons aucun moyen d'y résister! On nous fait la guerre et l'on ne s'en aperçoit même pas! Subtil!
a écrit le 11/10/2017 à 9:02 :
"depuis des mois, d'obtenir des banques françaises privées ou publiques, le moindre euro de crédit, et ce en dépit d'un historique bénéficiaire en 2013, 2014 et 2015""

Nos banques jouent un jeu bien trouble quand même, qu'elles ne prêtent qu'aux riches c'est de la doctrine néolibérale, leur mode de fonctionnement binaire ancestral, selon leur logique cela se tient, mais ne pas prêter à une entreprise qui a une réputation d'excellence, française et en plus qui a son carnet de commande plein c'est aberrant.

De là à penser que l'oligarchie française souhaite se débarrasser de cette entreprise, pour quelle raison sordide il ne vaut mieux pas le savoir, il n'y a qu'un pas...
Réponse de le 11/10/2017 à 11:36 :
"qu'elles ne prêtent qu'aux riches etc....." surtout rien a voir
la on dit que l'entreprise est beneficiaire 1er mondial etc....
Le pb est l'image de l'actionnaire principal et dont les banques ne veulent pas être associées.
Vous avez vraiment un probleme avec la société en totalité vous devriez peut etre aller vivre ailleurs genre cuba, un pays (soit disant) communiste anti capitaliste etc....
Réponse de le 11/10/2017 à 15:41 :
voilà ce que c'est de lire un article en diagonale, et surtout pas la fin....
Réponse de le 11/10/2017 à 16:38 :
Vous n'avez pas lu mon commentaire ou vous ne l'avez pas compris, avant donc d'affirmer que j'ai un problème, faites déjà un effort de compréhension.

Bien entendu votre rapidité à faire des procès d'intention qui n'ont pas lieux d'être a été signalé à la modération.
Réponse de le 12/10/2017 à 10:07 :
Manurhin est déjà dans les mains d'un groupe étranger, si vous avez lu l'article. Et les banques se méfient de ce groupe, à juste titre.
L'oligarchie de vos fantasmes n'a rien à voir là dedans.
Bien au contraire, inutile de prêter de l'argent à une société qui se fait siphonner par un acteur étranger.
Réponse de le 12/10/2017 à 11:14 :
Oups désolé, une erreur d'aiguillage je vous ai répondu mais c'est plus haut.

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