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Observation spatiale : quand l'Allemagne se joue de la France

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 08 décembre 2017 à 05:56 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:35

Falcon Eye Emirats Arabes Unis Thales Airbus

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L'Allemagne a passé une commande de 400 millions d'euros au constructeur de satellites allemand OHB System pour la réalisation de deux satellites d'observation optique. Au mépris des accords de Schwerin.

Elle est belle l'Europe de la défense... Sans état d'âme, l'Allemagne a déchiré fin novembre les accords de Schwerin signés avec la France en 2002. Berlin a passé une commande de 400 millions d'euros au constructeur de satellites allemand OHB System pour la réalisation de deux satellites d'observation optique. "Pour l'administration française, c'est un coup de canif aux accords de Schwerin dans la défense", explique-t-on à La Tribune. Ces accords ont instauré entre Paris et Berlin un échange d'images optiques Helios et radars SAR-Lupe. Un "Yalta de l'observation spatiale" en quelque sorte, l'optique pour la France et le radar pour l'Allemagne.

"Ce système a permis à chaque pays de se spécialiser et d'éviter de dupliquer les moyens, la France fournissant les images optiques, l'Allemagne et l'Italie les images radars", avait précisé en juillet 2015 l'ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Puis, ces accords avaient été renouvelés avec notamment le lancement du programme Composante spatiale optique (CSO) avec la réalisation de trois satellites d'observation, dont un pour l'Allemagne, qui a investi 210 millions d'euros en 2015. En contrepartie, Paris avait offert à l'Allemagne la part industrielle principale du futur drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) européen.

Le leadership de la France en danger

A moyen terme, la France va donc perdre son leadership dans l'observation optique et a confié les rênes du drone MALE à Berlin... avec le succès que l'on connait. Ainsi, récemment, Dassault Aviation a rapatrié en France ses équipes quand les Allemands ont exigé de développer les commandes de vol électriques. D'ailleurs, Jean-Yves Le Drian avait rappelé que le choix d'Helios "était celui de l'indépendance, de notre autonomie stratégique, dans un domaine devenu essentiel à la conduite des opérations. Nous étions alors les premiers à faire un tel choix en Europe et les troisièmes dans le monde". A l'avenir, la France devra désormais composer avec les Allemands dans l'optique spatiale. 

Tout était parfait jusqu'à cette commande de deux satellites d'observation optique à très haute résolution (30 cm) de Berlin à OHB, qui ne maîtrise pas cette technologie déjà dépassée. Même si elle s'en défend en jouant sur les mots, l'Allemagne a bel et bien rompu ces accords. La direction générale de l'armement (DGA) est même intervenue il y a deux mois environ. En pure perte. Sous l'influence de son industrie spatiale, l'Allemagne est passée outre cette fois-ci et a refusé une aide industrielle française. Elle avait déjà tenté dans le passé d'imposer le projet Hiros (High Resolution Optical System ou Système optique à haute résolution) développé à partir de 2009 avec les États-Unis. Mais Berlin y avait finalement renoncé après une intervention musclée de l'ancien délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon.

Mais de qui se moque l'Allemagne?

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L'Allemagne justifie cette décision en expliquant que ces deux satellites seront utilisés par les services secrets allemands (BND) placés sous l'autorité de la chancellerie et non du ministère de la Défense allemand lié par les accords de Schwerin. La ficelle est grosse... et les Allemands se moquent bien une nouvelle fois des Français. Une habitude mais ils ont bien raison d'insister finalement puisque les politiques français encouragent avec beaucoup de naïveté et de romantisme la coopération franco-allemande. C'est donc un nouveau renoncement de la France face à une Allemagne puissante qui avance. Car avec ce programme, Berlin crée un nouvel acteur (OHB) dans l'observation optique qui va, dans le futur, concurrencer Thales et Airbus à l'export. Mais les politiques passent et les emplois... disparaissent.

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