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Sous-marins : ce que le succès en Australie va changer pour DCNS

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 09 mai 2016 à 04:56 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:54

DCNS Australie Shortfin Barracuda sous-marins

DCNS Australie Shortfin Barracuda sous-marins

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Le succès en Australie change la trajectoire du groupe naval. Dans le cadre d'une éventuelle consolidation européenne, DCNS sort renforcé. De même, Hervé Guillou, jusqu'alors fragilisé à la tête de DCNS, bénéficie d'un nouvel état de grâce.

Pour DCNS, la belle histoire australienne - si bien sûr elle se confirme par un contrat signé fin 2016, voire début 2017 - a déjà des répercussions majeures sur la vie du groupe et en aura d'autres à moyen et long termes. Quoi qu'il arrive après l'Australie, l'année 2016 sera une très bonne année pour le groupe naval. Glorifié par l'ensemble de la classe politique, ce succès effacera certainement toutes les scories de l'année pour DCNS. A commencer par l'échec passé complètement inaperçu le 18 avril dernier de la FREMM... en Australie. Proposée par DCNS, la frégate multimissions a été retoquée quelques jours avant le choix du mégacontrat portant sur la vente du Shortfin Barracuda.

Elle n'a pas été sélectionnée pour le projet de construction de neuf frégates pour la marine australienne. Contrairement à la FREMM italienne (Fincantieri), à la frégate F100 Álvaro de Bazán de l'espagnol Navantia et à la Type 26 de BAE Systems. Cet échec a toutefois été vécu comme une décision renforçant l'offre française sur les sous-marins Barracuda, qui était jugée en France comme prioritaire, même si le programme Sea 5000 représentait une commande de plus de... 23 milliards d'euros (35 milliards de dollars australiens), explique un proche du dossier. Cela s'est révélé être vrai pour DCNS mais pour ThyssenKrupp Marine Systems, qui a proposé en vain la frégate F125, l'Australie aura été en revanche une Bérézina...

Hervé Guillou, "le" roi du pétrole

Le PDG de DCNS, Hervé Guillou, est devenu "le" roi du pétrole. Fragilisé en début d'année, il est aujourd'hui carrément indéboulonnable. "L'Australie sera le juge de paix"; entendait-on pourtant dire ces derniers mois sur l'avenir d'Hervé Guillou. Il a remporté le combat par KO, un succès façon Chirac en 2002. Car personne ne croyait vraiment à un succès en Australie. Mais lui, Hervé Guillou, y a cru depuis le début. Dans la dernière ligne droite de la campagne australienne, le patron de DCNS, qui est allé cinq fois en Australie en 18 mois, prend en main personnellement le dossier. Il y  travaille jour et nuit.

C'est d'ailleurs dans ce type d'exercice qu'Hervé Guillou excelle et révèle toute son habileté. D'autant plus qu'il est dos au mur. Son énorme capacité de travail ainsi que son esprit bouillonnant branché sur un mode start-up - une autre de ses qualités - ont été in fine une vraie plus-value pour l'offre de DCNS. "Il a vraiment été très bon", souligne-t-on chez DCNS, où pourtant il n'a pas toujours fait l'unanimité depuis son arrivée. Du coup, Hervé Guillou a aujourd'hui droit à un second état de grâce, mérité au vu de son succès inédit.

Il s'était pourtant mis à dos beaucoup, beaucoup de monde fin 2015, début 2016. Tour à tour, la DGA (direction générale de l'armement), son actionnaire privé Thales (35%), ainsi que plusieurs ministres influents ont critiqué sa gestion de DCNS, sa façon de mener la campagne australienne et son manque de diplomatie... Sans compter qu'il a également réussi à sérieusement agacer l'Élysée dans le dossier des Mistral revendus à l'Égypte. Seul le ministère de la Défense le soutient alors et le maintient à flot. Début 2016, sa cote est au plus bas mais le couperet ne tombera... pas, ses détracteurs attendant le résultat de la campagne australienne. Revenu de nulle part, Hervé Guillou a su déjouer les pronostics en remportant un succès éclatant. A lui maintenant de surfer sur ce succès pour rester incontournable au sein de DCNS.

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Un bureau d'études conforté

Le contrat australien aura également un impact très positif sur le bureau d'études de DCNS. Le programme Shortfin Barracuda permettra au groupe naval de faire la jointure entre le développement des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de type Barracuda et la prochaine génération de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). En ce sens, ce contrat tombe à pic. Si pour les bâtiments de surface, les ingénieurs R&D (recherche et développement) de DCNS vont être occupés par le programme de frégates intermédiaires (FTI) qui va être lancé très prochainement par le ministère de la Défense, il n'en était vraiment pas de même sur la partie sous-marin. Le bureau d'études va travailler sur le programme Barracuda jusqu'à la fin 2017, date à laquelle le premier SNA, le Suffren, va être terminé tandis que la troisième génération de SNLE va être lancée en 2021-2023.

Pour DCNS, il y avait donc un énorme problème de charges de son bureau d'études à gérer entre 2018 et au mieux 2021. Le succès de DCNS en Australie enlève donc une sérieuse épine dans le pied de la direction du groupe naval et règle 95% du problème de charges de travail du bureau d'études, à l'exception du domaine spécifique du nucléaire. Les travaux pour le Shortfin Barracuda vont commencer en 2017. "C'est une vraie bonne nouvelle pour DCNS et la France, qui vont conserver des savoir-faire de souveraineté", explique-t-on au sein du fabricant de sous-marins. Enfin, DCNS peut d'ores et déjà anticiper des recrutements pour le bureau d'études, qui seront ensuite transférés sur le développement des SNLE français.

Le contrat norvégien vital pour TKMS

Chez DCNS, l'euphorie de la victoire en Australie va être de courte durée. Car le groupe naval doit absolument continuer à jouer sa carte à fond dans la compétition en Norvège où la marine royale compte acheter quatre à six sous-marins pour un montant évalué de 3 à 4 milliards d'euros. Oslo a déjà présélectionné DCNS (Scorpène Nouvelle Génération) et le chantier naval allemand TKMS (U214). La Norvège compte choisir "dans le courant de 2016" le vainqueur, selon le ministère de la Défense norvégien. Après leur échec en Australie, les Allemands, qui ont été peut-être trop sûr d'eux, "ont un appétit de vengeance", estime-t-on dans le groupe naval. D'ailleurs, ils font déjà feu de tout bois pour critiquer l'offre de DCNS en Australie. Mauvais perdants ?

En Norvège, le groupe naval français a l'occasion de couler pratiquement TKMS en gagnant la compétition... et TKMS peut à l'inverse refaire une partie de son retard sur son rival européen. Le couteau entre les dents, les Allemands pourrait mener une campagne très agressive, estime-t-on chez DCNS. Mais le constructeur du Scorpène a quelques beaux atouts dans sa main en Norvège dans une compétition qui se jouera sur cinq critères : la performance des sous-marins, le prix, la coopération technologique avec le groupe norvégien Kongsberg, le soutien des États et des administrations et enfin, la coopération opérationnelle entre les marines.

DCNS a notamment cette chance, contrairement à TKMS, de disposer d'une marine  océanique à l'image de son homologue. "La marine norvégienne a besoin de s'appuyer sur des marines étrangères fiables et opérationnelles", note un bon connaisseur du dossier. Ce qui pourrait faire la différence entre la France et l'Allemagne, qui dispose d'une marine très souvent limitée à la mer Baltique... Le groupe naval français peut également compter sur l'État français et sur le soutien technique de la direction générale de l'armement (DGA), très performante dans le cadre du soutien à l'exportation. En outre, DCNS, qui propose le Scorpène déjà vendu à quatre pays exigeants (Chili, Malaisie, Inde et Brésil), est prêt à coopérer de façon très intime avec Kongsberg, détenu à 50% par la Norvège. Le "Thales norvégien" a réalisé ainsi en 2015 un chiffre d'affaires de 1,8 milliard d'euros.

DCNS renforcé dans le cadre d'une consolidation européenne

Enfin, DCNS, grâce à son succès en Australie, renforce un peu plus son "leadership" dans la cadre d'une éventuelle consolidation européenne face à TKMS dans le domaine des sous-marins, estime-t-on au sein de DCNS. La question pourrait se poser rapidement, certainement en 2017. Car certains fonds actionnaires du sidérurgiste ThyssenKrupp, qui détient 100% de TKMS, demandent régulièrement la vente de cette filiale. Notamment le fonds activiste Cevian Capital (15,08 % du capital) ainsi que Franklin Mutual Advisers (3,37%). D'autant que ThyssenKrupp est toujours en pleine restructuration en raison d'investissements malheureux qui ont longtemps plombé sa rentabilité. D'octobre à décembre (1er trimestre de son exercice décalé), il a essuyé une perte nette après intérêts minoritaires de 23 millions d'euros.

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Les fonds a activistes attendaient notamment le verdict de la compétition en Australie pour déterminer sa valorisation. Pour autant, TKMS serait aujourd'hui considéré comme un actif de souveraineté nationale par Berlin. Ce qui n'était pas le cas encore en octobre 2014. Ce nouveau paramètre va compliquer la vente du groupe naval, qui doit être racheté par une entreprise allemande, selon le souhait du gouvernement allemand. Mais ni Airbus, qui se désengage de la défense, ni Rheinmetall, qui ne semble pas avoir les reins financiers suffisamment solides, ne semblent être intéressés par une telle acquisition.

Michel Cabirol

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