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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

STX Saint-Nazaire : mais que veulent vraiment faire les Coréens?

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 14 avril 2015 à 04:56 - Mis à jour le 18 avril 2015 à 08:26

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En dépit de sa volonté de faire avancer la vente de STX France, l’État français semble impuissant face à l'inertie des actionnaires coréens, notamment la banque KDB, premier créancier du groupe STX en faillite.

La vente de STX France ? C'est carrément la bouteille à l'encre pour l'État français, qui détient via Bpifrance 33,4% du chantier naval basé à Saint-Nazaire et à Lorient. Alors que trois chantiers navals finlandais de STX Europe ont été rapidement cédés en 2014 dans le cadre de ce plan de restructuration du groupe coréen STX, la banque Korea Development Bank (KDB), premier créancier du groupe en faillite, prend tout son temps pour la vente de STX France et surtout ne dévoile aucune de ses intentions à l'État français, qui détient pourtant une minorité de blocage dans le chantier.

Ce qui irrite quelque peu aussi bien Paris que d'éventuels repreneurs de STX France. "Les Coréens ne sont pas décidés à bouger, donc il ne se passe rien", regrette-t-on à Paris.

"Nous essayons de susciter des envies, de faire bouger le dossier mais jusqu'à présent sans succès, note-t-on à Paris. Le dossier est un peu compliqué. Le problème est que nous sommes en tant qu'actionnaire minoritaire suiveur dans cette histoire et nous n'avons pas de leviers pour le faire avancer. C'est cela le problème. Les partenaires ne sont pas non plus des partenaires idéaux : ils sont en faillite. C'est aussi problématique".

Le dossier BPC retarde-t-il la vente?

Une des clés de la vente de STX France pourrait être également le dossier des deux porte-hélicoptères (BPC) vendus à la Russie mais pas encore livrés par la France en raison de la crise ukrainienne. "Tant que ce dossier, qui complique l'environnement de la vente, n'est pas réglé, les conditions de la cession ne sont pas remplies", explique un bon connaisseur du dossier.

En octobre 2013, la presse coréenne avait pourtant fait état de l'intention de KDB de procéder à la vente de STX Europe, principal actionnaire de STX France. D'ailleurs, "KDB, en difficulté financière du fait de son engagement important dans STX, réfléchit à la revente de la filiale européenne", avait confirmé Bercy dans une note confidentielle dévoilée par Le Figaro. Depuis plus rien ou presque. Fin janvier le directeur général de STX France Laurent Castaing a bien confirmé que le projet de vente des chantiers navals de Saint-Nazaire par son actionnaire coréen était "toujours existant", mais qu'aucun repreneur potentiel n'avait à ce jour "visité" les chantiers navals.

Macron à Séoul en vain...

Alors que les deux actionnaires échangent régulièrement et normalement sur STX France sur le plan opérationnel, les Coréens ne dévoilent pas leurs intentions actionnariales. "Nous sommes devant une boite noire, explique-t-on. Nous ne comprenons pas ce qu'ils veulent. Ils sont insaisissables, notamment en Corée". Pourtant la France n'a pas ménagé sa peine pour dénouer le dossier.

Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron s'est rendu les 23 et 24 novembre dernier en Corée. Pendant son séjour à Séoul, il a notamment rencontré des "think tanks" et des représentants du secteur économique et des banques coréens. Emmanuel Macron en a donc profité pour évoquer ce dossier en demandant aux Coréens de le faire avancer, y compris en cédant leur participation. En vain. Que veut la banque KDB? Mystère. Seul point satisfaisant pour l'Etat français, STX France marche "pas si mal" actuellement, fait-on valoir. Sous-entendu, il n'y a pas urgence à réaliser cette opération.

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Des repreneurs possibles

En dépit de tous les mystères de ce dossier, STX France intéresse toute une série de repreneurs. "Il y a un tas d'entreprises qui sont intéressées. Nous les avons toutes vues mais ce n'est pas nous qui sommes vendeurs", confirme même une source proche du dossier. A commencer par le chantier naval civil et militaire Fincantieri, qui a exprimé un intérêt formel aux autorités françaises. Tout comme le groupe du franco-libanais Iskandar Safa, qui est le propriétaire de Compagnie mécanique de Normandie (CMN). Mais le favori serait le chantier naval Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering (DSME), estiment plusieurs sources interrogées par La Tribune.

Selon un industriel, qui estime que Fincantieri sert de lièvre, le dossier sera réglé entre groupes coréens d'autant qu'il existe un vrai patriotisme économique en Corée. DSME a pourtant démenti en février avoir l'intention de reprendre à son compatriote STX Offshore & Shipbuilding les chantiers navals de Saint-Nazaire. "Notre entreprise n'est pas intéressée par l'acquisition d'un nouveau chantier, au vu de notre situation financière", a expliqué un porte-parole de DSME. A ce jour, semble-t-il, aucun des groupes intéressés n'a déposé un projet concret jusqu'ici.

Craintes de DCNS vis-à-vis de Fincantieri notamment

Le dossier STX, même "gelé" par les Coréens, inquiète énormément DCNS. Notamment de le voir passer sous pavillon italien. Car DCNS et STX ont de très nombreux accords de coopérations explicites et implicites. Bien au-delà des BPC, les bâtiments de projection et de commandement de la classe Mistral. "Quelque soit l'acheteur, nous voulons maintenir la paix des braves entre STX te DCNS sur la façade atlantique", fait-on valoir à La Tribune au sein du groupe naval, qui garde bonnes relations avec le chantier naval de Saint-Nazaire. Le groupe naval souhaite donc le maintien de la segmentation d'aujourd'hui : à STX, les grosses coques, à DCNS les bâtiments militaires.

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Pour autant, explique-t-on de sources proches du dossier à La Tribune, "la France a les moyens de protéger les intérêts stratégiques de DCNS" et "a la capacité d'imposer ces accords explicites et implicites" à Fincantieri si le chantier italien était choisi, ou à d'autres éventuels repreneurs. Notamment en empêchant une concurrence frontale entre STX et DCNS sur le marché militaire français et international dans le domaine des frégates, notamment. "C'est ce que nous voulons", précise-t-on au sein du groupe. Car certains se rappellent encore de la bataille féroce à la fin des années 80 entre Alstom Marine (devenu STX France) et DCNS pour gagner le marché des frégates française de la classe La Fayette et sur des marchés internationaux comme l'Afrique du Sud.

Michel Cabirol

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