Sylvie Goulard, une ministre des Armées... qui n'est pas désarmée

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La ministre des Armées Sylvie Goulard fera preuve de pragmatisme dans les coopérations européennes actuelles
La ministre des Armées Sylvie Goulard fera preuve de "pragmatisme" dans les coopérations européennes actuelles (Crédits : CHARLES PLATIAU)
Le ministère des Armées conserve la totalité du périmètre qu'avait l'ancien ministère de la Défense. Sylvie Goulard est bien une chef de guerre...

La première intervention d'un ministre néophyte devant la presse est toujours très attendue mais souvent décevante. Celle de la nouvelle ministre des Armées n'a pas dérogé à la règle pour deux raisons, l'une ayant trait à ce fameux manque de maturité de la ministre sur les dossiers de défense et d'armement - ce qui est parfaitement légitime -, l'autre sur le choix des questions, qui ont porté uniquement sur la politique internationale de la France. D'où des réponses de Sylvie Goulard très timides car ce sont des dossiers interministériels, voire du domaine réservé du président de la République.

Dommage... On n'a rien appris ou presque sur la Loi de programmation militaire (LPM), qui est pourtant un élément majeur de la politique de défense française. La ministre l'avait pourtant évoqué dans sa petite présentation introductive. De même qu'on n'a rien appris sur les relations entre elle et son prédecesseur encombrant, Jean-Yves Le Drian. Les deux ministres sont pourtant en charge la politique extérieure de la France. Encore dommage. On aurait également aimé savoir si lors de la rencontre à Bruxelles en marge du sommet de l'OTAN entre Emmanuel Macron et le président polonais, la question des sous-marins avaient été évoquée.

Beaucoup, beaucoup de questions restent donc en suspens. D'où une déception légitime... Normal, les quatre journalistes soigneusement sélectionnés pour poser des questions (Figaro, Le Monde, Europe 1 et la Croix) suivent principalement les questions internationales.

Une ministre qui n'est pas désarmée

Heureusement la ministre avait prévu une petite introduction où elle a pu s'exprimer sur le seul périmètre de son ministère. Elle a notamment déclaré que la prochaine LPM serait "ambitieuse" et "menée à bien avec le Parlement". Mais en même temps, elle a rappelé que le contexte budgétaire de la France devait être pris en compte. "Il faudra être exemplaire en termes de gestions et avoir un rigueur extrême" avec les budgets alloués, a-t-elle assuré. Cela aurait mérité beaucoup plus d'explications mais aucune question n'a porté sur la LPM.

Dans son discours introductif, Sylvie Goulard a tenu à tordre le cou à ceux qui pensaient que son ministère des Armées serait désarmé. Cela avait inquiété la communauté de défense. Ce n'est pas le cas. Le ministère des Armées a les mêmes attributions que l'ancien ministère de la Défense, a-t-elle affirmé : "le périmètre ne change pas". Le décret publié le 25 mai dans le Journal officiel confirme : "Outre les attributions dévolues au ministre de la défense, le ministre des armées est chargé de la politique du gouvernement à l'égard des rapatriés. Il dispose du service central des rapatriés".

Sylvie Goulard a expliqué le changement de la dénomination du ministère par une volonté d'Emmanuel Macron de simplifier les "titres des ministères. Ce n'est donc qu'un geste symbolique" que de nommer son ministère, le ministère des Armées. Ni plus, ni moins... A elle maintenant de s'appropier le plus rapidement possible les dossiers de son ministère.

Europe de la Défense ou défense européenne?

Dans sa feuille de route, elle a assuré que l'agenda européen était "crucial". A ce titre, la communauté de défense (armées, industriels, civils) aimerait savoir où elle met le curseur entre souveraienté nationale et Europe de la Défense. Mais il n'y a pas eu non plus de questions. Faut-il d'ailleurs l'évoquer en ce sens, a-t-elle précisé, ou bien se fixer sur la défense de l'Europe. En tout cas, elle sent que la montée du contexte sécuritaire dans les pays membres de l'Union européenne et les discours musclés de Donald Trump sur l'Europe de la Défense pourrait favoriser des coopérations.

Les déclarations abruptes de Donald Trump, qui a reproché jeudi à ses alliés de l'OTAN de ne pas consacrer suffisamment d'argent à leur défense, peuvent être utilisées comme un "aiguillon positif", a déclaré vendredi la ministre des Armées. "Il est vrai que l'investissement des Américains dans la défense du continent européen a été continu et important, ils paient à peu près 70% du budget de l'OTAN", a expliqué Sylvie Goulard sur Europe 1 au lendemain du "mini-sommet" de l'Alliance.

La ministre a expliqué qu'elle fera preuve de "pragmatisme" dans les coopérations européennes actuelles. "Nous continuerons à deux ou trois pays, a-t-elle précisé. Il n'y aura jamais de coopération européenne complète". Ce qui pourrait rassurer les militaires qui ne veulent pas d'une ministre béate avec l'Europe de la défense. Au premier rang des coopérations, l'Allemagne bien sûr où elle doit se rendre mercredi pour une réunion de travail. Mais elle n'a pas oublié non plus la Grande-Bretagne avec qui la France devra "préserver" les relations bilatérales.

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Commentaires
a écrit le 30/05/2017 à 10:08 :
Si elle reste à son Poste, on verra si l'action est à la hauteur de l'élocution !!!
a écrit le 30/05/2017 à 9:24 :
Le contexte actuel, très changeant, ne permet pas encore de prendre des décisions claires et de bâtir une stratégie. Entre le Brexit et les changement de cap de partenaires historiques - étant donné qu'avec Trump on n'est à l'abri d'aucune surprise, avec Poutine non plus d'ailleurs.
Le bon sens consisterait à bâtir un projet de défense Européenne intégré, avec une stratégie et des investissements coordonnés et non d'avoir des intervenants multiples qui parfois se marchent sur les pieds ou partent en sens inverse.
Il faut tout de même espérer que les Anglais restent nos partenaires. Si ce n'est pas au niveau économique, au minimum au niveau de la défense.

On a l'avantage d'avoir plusieurs pays membres de l'UE qui sont dans le top vingt des puissances militaires. L'ensemble des budgets cumulés nous place au niveau de la Chine. Et si on additionne l'ensemble des effectifs disponibles on se rend compte que ce n'est pas un problème de quantité, mais peut être de coordination et de synergie.
Ce sera difficile, mais à t'on le choix ou les moyens ?
Dans un premier temps, pour une question d’efficacité, il faudra certainement commencer en petit comité.
a écrit le 30/05/2017 à 1:59 :
Une ignorante aux Armées, qui il y a peu voulait supprimer les armées.
a écrit le 29/05/2017 à 15:57 :
s'il fallait retenir un point positif de l'attitude de Trump à l'égard de l'OTAN, c'est la nécessité absolue de l'Europe à se doter d'une puissance militaire réelle et autonome. Bien sûr, Il ne sera pas possible d'obtenir l'adhésion de tous les pays de l'UE à cette idée, mais si les principaux unissaient leurs efforts dans ce sens, nous pourrions avoir un système de défense cohérent et significatif, en terme de dissuasion, alors que celui ci repose actuellement essentiellement sur la France, depuis la demande de "brexit" du RU .
a écrit le 29/05/2017 à 13:53 :
J'espère qu'elle va s'inspirer de la demande du Sénat qui demande aujourd'hui à la France d'avoir des drones armés.Drones armés que nos deux précédents présidents se sont refusés à acquérir sous la pression de certains hauts militaires qui ont peur de perdre leurs prérogatives . Il faut comprendre que dans nos guerres asymétriques, c'est le moyen le moins coûteux pour éradiquer le terrorisme !
Réponse de le 29/05/2017 à 21:26 :
Un moyen moins coûteux mais pas une fin en soit.
Réponse de le 30/05/2017 à 14:07 :
Pas une fin en soit mais le meilleur moyen pour combattre à partir de l'hexagone en mettant un minimum de troupes au sol.C'est bien cela qui en dérange beaucoup !!!!!

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