Un petit déjeuner bien français

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Copyright Reuters (Crédits : Le Daniel)
Où sont produits le café, la confiture ou les céréales avec lesquels vous commencez votre journée ? Entre les géants de l'alimentaire, les sous-traitants de la grande distribution et les groupes familiaux, la bagarre est intense. Et les plus français ne sont pas toujours ceux qu'on croit.

Premier repas de la journée, souvent pris en famille, le petit déjeuner fait l'objet de toutes les attentions des groupes alimentaires. En France, il représente un « marché que nous estimons à 5 milliards d'euros », indiquait Éline Maurel, directrice d'études chez Xerfi Research, dans une note publiée l'été dernier. De quoi faire saliver géants mondiaux ou distributeurs qui tentent de séduire... avec des produits sortant parfois des mêmes usines. Car, face à son bol fumant, sa tartine et son verre de jus d'orange, il peut être instructif de se demander où sont fabriqués ces petits plaisirs du matin.

La bonne surprise, c'est que nombre d'entre eux pourraient revendiquer le label « fabriqué en France » si prisé de nos politiques. Et ce, même lorsqu'ils sont commercialisés par des groupes étrangers. Ainsi, les adeptes du café moulu, qu'il s'appelle Carte noire, Jacques Vabre ou Grand'Mère, remplissent les caisses de l'américain Kraft Foods. Mais c'est une usine française de 140 salariés, implantée à Lavérune, près de Montpellier, qui torréfie, moud et conditionne ces trois marques. Au rythme de 47 000 tonnes par an, dont plus de la moitié pour la seule marque Carte noire. Ceux qui préfèrent le café soluble nescafé ou Ricoré, proposés par le suisse nestlé, feront eux aussi travailler une usine française de 350 salariés installée à Rouxmesnil-Bouteilles, près de Dieppe (Seine-Maritime). Pour les convertis aux dosettes, enfin, les capsules Nespresso sont produites par Nestlé à Orbe, en Suisse, mais leurs rivales sont françaises : fabriquées à Anne-Masse, en Haute-Savoie, pour celles de marque Casino, et dans l'usine de l'américain Sara Lee à Andrézieux-Bouthéon (Loire), près de Saint-Étienne, pour celles de Maison du Café.

Beaucoup de sociétés familiales et coopératives

Les amateurs de thé, en revanche, auront plus de mal à trouver des produits conditionnés en France. Les sachets Lipton, propriété du géant anglo-néerlandais Unilever, ont toutes les chances de venir de l'usine belge de Forest. Le seul site français qui produisait cette marque, Fralib, à Gémenos, près de Marseille, est en cours de fermeture. Les salariés dénoncent une délocalisation vers la Pologne. Quant à Twinings, autre grande marque présente sur le marché français, propriété du britannique AB Foods, elle était jusqu'alors essentiellement conditionnée en Grande-Bretagne. Mais le groupe rationalise lui aussi sa production. Il a décidé de fermer son usine de North Shields et de supprimer 130 emplois dans celle d'Andover pour transférer une partie de sa production vers... la Pologne également. Avec l'aide de financements de l'union européenne, qui plus est Du côté des boissons encore, le jus de fruits est devenu incontournable au petit déjeuner, avec l'orange largement en tête. Pour ceux vendus au rayon frais, c'est Tropicana, une marque de l'américain Pepsico, qui arrive en tête avec 40 % de parts de marché, devant le français Andros. Dans les deux cas, ces jus sont conditionnés en France : dans l'usine Pepsico de Hermes, dans l'Oise, pour Tropicana. Et probablement dans l'usine Fruival de Portes-lès-Valence, pour le très secret groupe Andros. En revanche, si vous achetez votre bouteille au rayon ambiant, elle a de fortes chances, quelle que soit sa marque, d'avoir été conditionnée par le groupe néerlandais Refresco, grand spécialiste des boissons non alcoolisées, qui possède trois usines en France. Le site de Saint-Donat-sur-l'Herbasse, dans la Drôme, produit ainsi les jus Tropicana, mais aussi les Minute Maid du rival Coca-Cola, ainsi que de nombreuses marques de distributeurs.
Cette sous-traitance ne se limite pas aux jus de fruits, loin de là. Les distributeurs, pour leurs marques propres, font abondamment appel à ces groupes spécialisés, souvent mal connus. Dans le domaine des céréales pour petit déjeuner, par exemple, plusieurs entreprises s'affrontent pour emporter les marchés de la grande distribution et du hard discount. Le leader européen, Dailycer, détenu à parité par le fonds One Equity Partner et par la fondation allemande MSP Stiftung, dispose d'une capacité totale de plus de 100 000 tonnes par an, grâce à huit usines en Europe, dont une de près de 500 salariés à Faverolles, dans la Somme, qui fabriquait autrefois des céréales Banania. Face à lui figurent deux allemands : Hahne Cereals Group, qui a repris en 2001 le français Eurocer, installé à Villeneuve-sur-Lot, puis en 2009 l'alsacien Seven day, à Soultz ; et son rival H&J Brüggen, avec quatre usines, dont une ouverte en 2008 à Thiers, en Auvergne, où ont été délocalisés des produits jusqu'alors fabriqués à Lübeck, dans le nord de l'Allemagne. « Le coût des transports a atteint un niveau qui justifie la création d'un site de production et de logistique au c?ur de nos marchés du sud de l'Europe », justifiait le directeur général du groupe, Johannes Brüggen, lors de l'inauguration de cette usine. Ces céréales de distributeurs, souvent « made in France » donc, rivalisent sur les linéaires avec celles du géant américain Kellog's qui ne possède, lui, aucune usine dans l'Hexagone et confie sa production pour l'Europe à l'Allemagne (Brême), l'Espagne (Valls) et, surtout, la Grande-Bretagne (Wrexham, notamment, qui produit les corn flakes, le Special K et All Bran). Pour acheter français dans les grandes marques, mieux vaut se tourner vers Nestlé qui fabrique ses céréales Crunch et Lion dans son usine de Rumilly, en Haute-Savoie, et ses Chocapic, Fitness et Nesquik à Itancourt, dans l'Aisne. Entre les géants aux marques mondialisées et les sous-traitants inconnus travaillant pour les distributeurs figurent aussi nombre de sociétés familiales ou de coopératives. C'est le cas dans les pains industriels et autres viennoiseries préemballés qui figurent souvent en bonne place sur la table du petit déjeuner. Le leader dans ce domaine, c'est Harry's, racheté en 2007 par l'italien Barilla, avec six usines en France, dont deux à Châteauroux (Indre), le berceau de la marque, et les autres à Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), Saint-Vulbas (Ain), Gauchy (Aisne) et Valenciennes (nord). Mais il est sérieusement titillé par la société familiale vendéenne Brioche Pasquier, forte dans l'Hexagone de cinq sites de production de biscottes et de cinq autres pour ses brioches et viennoiseries. Et par le rival Jacquet, propriété du groupe Limagrain, avec quatre usines de pains et biscottes sur le territoire. Quant à la boulangerie dite « fraîche », achetée au supermarché ou dans certaines chaînes de boulangerie, elle peut, elle aussi, être l'?uvre de groupes industriels spécialisés, comme le lorrain Neuhauser, 320 millions d'euros de chiffre d'affaires, qui investit massivement et possède déjà onze usines en France.

Des pots de Nutella produits près de Rouen

Sur ces tartines, les confitures font souvent travailler des usines françaises, notamment celles d'Andros, avec sa marque fétiche Bonne Maman. Et pour les ados qui préfèrent le nutella, c'est à Villers-Ecalles, près de Rouen, que l'italien Ferrero produit une bonne partie des pots vendus en Europe.
Enfin le petit déjeuner ne serait pas complet sans un nuage de lait ou un yaourt. Là encore, des géants mondiaux s'affrontent. Danone est français mais ses petites bouteilles d'Actimel, « le geste santé du matin » dit la publicité, sont produites en Belgique, à Rotselaar, près de Louvain, où est née cette spécialité. En revanche, ses yaourts Taillefine ou Activia viennent de Bailleul, près de Lille. quant au lait en bouteille, il fait l'objet d'une bagarre entre deux marques françaises : Candia, créée en 1971 par la coopérative Sodiaal, et Lactel, lancée à la même époque par des coopératives qui seront reprises en 1988 par le mayennais Lactalis (propriétaire aussi de Président). Lactel et Candia, qui travaillent chacune avec des milliers d'éleveurs français, s'octroient un tiers du marché, tandis que les marques de distributeurs en détiennent 40 %. Au final, votre petit déjeuner a donc de bonnes chances de faire travailler des dizaines d'usines françaises. Même si les indications portées sur les emballages vous révèlent rarement ces petits secrets.

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Commentaires
a écrit le 17/08/2012 à 16:19 :
Attention: Anne Masse n'est pas la soeur de Jeanne!
a écrit le 17/08/2012 à 12:16 :
Erreur; la probabilité est très forte que sur l'emballage se trouve un graphisme (ovale) indiquant en premier lieu le code du pays, puis un numéro représentant la manufacture d'origine). Une simple recherche sur le WEB le décodera.

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