Guerre des prix dans la distribution : le gouvernement saisit le gendarme de la concurrence

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Les principaux fournisseurs des grands distributeurs se disent victimes de la guerre des prix entre grands distributeurs.
Les principaux fournisseurs des grands distributeurs se disent victimes de la guerre des prix entre grands distributeurs. (Crédits : reuters.com)
Face aux mouvements de concentration dans la distribution qui effraient les producteurs de biens alimentaires, le gouvernement a choisi de saisir l’Autorité de la concurrence. Il l’a annoncé ce jeudi, à l’issue d’une réunion avec les principaux acteurs du secteur.

A eux seuls, Carrefour, E.Leclerc et désormais Auchan et Système U d'une part, Casino et Intermarché d'une autre s'octroient 87% du marché de la distribution des produits alimentaires (source Xerfi). Ce jeudi même, les groupe Auchan et Metro on annoncé une alliance pour les achats de produits internationaux. Les rapprochements des derniers annoncés récemment, qui visent à mutualiser les achats afin de peser dans les négociations commerciales, attise les craintes du secteur agroalimentaire. Ces discussions encadrées notamment par la loi Hamon doivent durer jusqu'en février et s'ouvrent dans ce contexte tendu.

"Sensibilité concernant les regroupements"

C'est dans cette ambiance particulière, et alors que le PS continue de se diviser, que le gouvernement a convoqué rue de Varennes ce jeudi les principaux acteurs de ces filières.

En face du ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, de celui de l'Agriculture Stéphane Le Foll, ainsi que de Carole Delga, secrétaire d'Etat chargée de la Consommation et du Commerce figuraient par exemple Georges Plassat, le PDG de Carrefour, Serge Papin, celui de Système U, Vianney Mulliez, le président d'Auchan, mais aussi le dirigeant de la FNSEA (syndicat des agriculteurs) Xavier Belin, ou bien le représentant des industries agro-alimentaires (Ania), Jean-Philippe Girard.

Au menu des discussions: la "guerre des prix" qui, sans être neuve, sévit avec une acuité toute particulière depuis cet été et à laquelle répond en partie la concentration dans la grande distribution.

"Il y a une sensibilité concernant les regroupements des centrales d'achat, qui ont un sens mais c'est aussi une inquiétude (...) nous allons saisir pour avis l'autorité de la concurrence. (...) pour que nous puissions avoir une vision éclairée de la situation" a annoncé Emmanuel Macron.

Débat sur le CICE

Autres promesses du gouvernement ce jeudi: la création d'un comité de suivi composé de professionnels et de représentant des ministères. Il sera chargé en particulier de surveiller l'usage du Crédit d'impôt compétitivité (CICE). "Certains professionnels se sont émus de la pression qu'ils pouvaient subir pour que le CICE soit retranscrit dans la baisse des prix. Or ça n'est pas son but", a souligné le ministre de l'Economie.

En clair : des fournisseurs dénoncent le fait que les distributeurs utiliseraient ce crédit d'impôt, non pas pour embaucher mais pour financer la guerre des prix qu'ils se livrent.

Par ailleurs, Interrogé sur une éventuelle poursuite de la baisse de prix, le ministre de l'Agriculture a fait valoir que celle-ci ne tirait plus vers le haut le chiffre d'affaires des distributeurs. "Ce que l'on appelle le hard discount en France est en train de se réduire", a-t-il affirmé. Pourtant, dans quelques mois, un nouvel acteur ciblant justement les ventes à bas coûts ouvrira ses portes dans l'hexagone. L'américain Costco, qui fonctionne un peu sur le principe de Metro, mais pour le grand public, propose des produits à prix cassés en grande quantité.

Créations nettes d'emploi en 2014

La veille, lors du Salon international de l'agroalimentaire, l'Association nationale des industries agroalimentaires, principale fédération du secteur, mettait en avant des destructions d'emplois résultant notamment du recul des marges brutes pour certains d'entre eux. Quelque 5.000 emplois (temps partiels et producteurs-commerçants compris) auraient été détruits l'an dernier, d'après des chiffres d'Agreste cités par l'Ania. Toutefois "la tendance s'est inversée cette année", notamment grâce "aux entreprises exportatrices et innovantes", pointe-t-on à l'Ania. Son président chiffre même ces créations nettes autour de 1.500.

"Bonne conduite"

Enfin, le ministère de l'Agriculture projette d'œuvrer en faveur d'un étiquetage plus marqué de la provenance françaises des produits concernés, en particulier de la viande. Il diffusera également un "guide de bonne conduite" pour les appels d'offre de la restauration collective, afin qu'il privilégient le Made in France.

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a écrit le 23/10/2014 à 17:36 :
Je suis un libéral : La France décline à cause de ses impots, charges, réglementations, lois incessantes qui bloquent tout : immobilier (trop de lois et de normes et d'impots qui tuent le Batiment) le code du travail qui dissuade l'embauche (3000 pages contre 800 en Allemagne) La loi se couvre elle meme "nul n'est censé ignorer la loi". Mais en matière de Distribution, il faut contraindre : ils tuent les industries et les agriculteurs, et tuent des millions d'emplois
a écrit le 23/10/2014 à 15:28 :
20 ans de defense des entreprises contre la grande distribution (et les entreprises de l'auto) on découvre les méthodes de ces grands groupes qui vous vendent le meilleur prix en présurant le fabricant....les conditions d'achats les efforts de promotion les menaces de deférencement;.. les petits cadeaux ... divers et variés,.... le mieux est en cas d'augmentation de la tva le fournisseur doit assumer;.. ca fait plaisir au gouvernement;..que va til se passer RIEN RIEN on va reduire les paquets de tout ou va
Réponse de le 23/10/2014 à 17:17 :
ce que vous dites est parfaitement exact et je complète en disant que les grands groupes industriels font exactement la meme chose avec leurs fournisseurs et leurs sous traitants. j'ai déjà expliqué ça lors de l'article sur VALEO paru dans la TRIBUNE il y a deux jours
a écrit le 23/10/2014 à 15:02 :
normalement montebourg devrait hurler qu'il est temps de casser les prix et de redonner du pouvoir d'achat ( comme il a fait dans les telecoms, avant de constater que c'etait pas forcement terrible pour l'investissement)
a écrit le 23/10/2014 à 14:19 :
La déflation est en route. Si tel est le cas, l'état français s'effondrera car incapable de se refinancer. Ce pays devrait être mis sous tutelle et probablement désossé. Les gens en seraient mieux.
a écrit le 23/10/2014 à 12:59 :
On va encore se faire taper sur les doigts par Bruxelles pour protectionnisme, que nous appelons patriotisme, et pour fausser la concurrence!

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