Le roi de la patate sous vide va construire une seconde usine en Seine-Maritime dans l’espoir de rapatrier, en France, une partie de la transformation des pommes de terre que les fabricants de frites belges et néerlandais nous achètent à prix d’or.Le spécialiste de la pomme de terre vapeur sous vide jette ses forces dans la bataille de la patate qui oppose la France à ses voisins des plats pays. Voilà, en effet, plusieurs années qu'une large partie de la production hexagonale de tubercules file chez les puissants fabricants belges et néerlandais de frites et de chips. Confrontés à un gros déficit de matière première(*), ces derniers déboursent de coquettes sommes pour mettre la main sur l'abondant gisement bleu, blanc, rouge.
Comme beaucoup de transformateurs français, Lunor dont l'outil industriel est vieillissant peine à s'aligner sur les tarifs pratiqués par les acteurs musculeux du Nord de l'Europe. « On est clairement en concurrence avec eux sur le sourcing », est bien obligé de constater Patrick Aps, directeur de la coopérative agricole normande Natup, sa maison mère. « Les pommes de terre cultivées en France sont transformées en Belgique et aux Pays-Bas et nous reviennent sous forme de frites », se désole en écho son président, Antoine Declercq.
Les chiffres accréditent son constat. Premier exportateur mondial de patates crues, notre pays accuse « un déficit commercial de 322 millions d'euros sur les produits transformés à base de pommes de terre », déplorait déjà il y a quelques mois le Haut commissariat au plan tout en invitant les industriels français de l'agro-alimentaire à revenir dans le jeu. Et de préférence sans tarder.
Vers une meilleure rétribution des patatiers
Message apparemment reçu 5 sur 5 chez Natup. Le groupe coopératif (1850 salariés - 1,6 milliard de chiffre d'affaires) s'apprête à engager 30 millions d'euros au profit de sa filiale. « C'est l'un des plus gros investissements que nous ayons jamais consenti », précisent ses dirigeants. L'enveloppe ira à la construction d'une seconde usine à Luneray en Seine-Maritime, au voisinage direct du site originel de Lunor (230 salariés aujourd'hui) bâti dans les années 50. Le futur établissement, que le groupe promet « ultra-performant et 4.0 », doit permettre de « mieux rémunérer les producteurs » et, au passage, de relocaliser la valeur au plus près des champs.