Menu-pineau, meslier Saint François, genouillet et fié gris : autant de cépages anciens du Val de Loire, presque disparus du paysage viticole, qui ont ressurgi depuis quelques années. Avec une floraison et un débourrement (la période d'ouverture des bourgeons) en général plus tardifs, ils sont mieux armés que les cépages locaux, cabernet franc et Gamay pour les vins rouges, sauvignon et chenin en blancs, pour gommer les effets du réchauffement climatique.
Après les printemps particulièrement doux constatés depuis 2015, les périodes de gel qui leur ont systématiquement succédé en avril ont largement réduit, voire détruit entièrement, les récoltes.
Lionel Gausseaume, viticulteur de l'appellation Touraine à Chessy en Loire et Cher, a ainsi introduit du meslier Saint François et du menu-pineau sur son exploitation composée à 70% de sauvignon. Maximilien de la Chaise, à la tête d'un domaine de 12 hectares à Quincy dans le Cher, a lui remis au goût du jour le cépage genouillet et escompte réaliser à terme un apéritif à bulles.
Ce changement de matériel végétal, avec de nouveaux porte-greffes (la partie enterrée des ceps de vigne), se traduit également par l'introduction en Val de Loire de cépages méridionaux, syrah et viognier notamment. Les fréquentes sécheresses constatées depuis cinq ans engendrent un phénomène de mûrissement prématuré de certains raisins. A la clé, le pourrissement d'une partie des récoltes avec des fruits confits et donc inutilisables.
A contrario, le gel fréquent peut empêcher notamment le cabernet franc d'arriver à son terme. Pour tenir compte du climat, Christophe Réthoré, viticulteur à Saint-Rémy de Mauges dans le Maine et Loire, a planté un hectare de syrah qui, ajouté au cabernet, produit des vins d'Anjou rouges plus tanniques. Côté blancs, ses deux hectares de viognier améliorent le nez floral des sauvignon en l'agrémentant de notes d'abricot.