Un premier centre d'aide alimentaire anti-gaspi voit le jour à Paris

Géré par le Secours populaire, il redistribue tous les jours à des personnes en précarité les invendus des supermarchés, auxquels une loi anti-gaspillage de 2016 a interdit de jeter les produits consommables.
Giulietta Gamberini
L'innovation sociale et technologique ne s'exclut pas, au contraire, sont complémentaires, a souligne le maire du 13e Jérôme Coumet, rappelant la proximité de la halle Freyssinet, méga-incubateur dont l'ouverture ne devrait pas tarder.
"L'innovation sociale et technologique ne s'exclut pas, au contraire, sont complémentaires", a souligne le maire du 13e Jérôme Coumet, rappelant la proximité de la halle Freyssinet, méga-incubateur dont l'ouverture ne devrait pas tarder. (Crédits : REUTERS)

Les frigos qui longent les murs, remplis de produits laitiers, de charcuteries et de pizzas, font penser à une supérette classique. Mais ce deux pièces du 13e arrondissement de Paris est en réalité un exemple d'innovation sociale du Secours populaire. Il s'agit du premier centre d'aide alimentaire de Paris entièrement approvisionné par des produits frais invendus ou en surplus, à date de péremption courte, que les chaînes de distribution auraient tout simplement jetés à la poubelle jusqu'à il y a quelques mois.

Confronté à la saturation de son autre centre d'aide alimentaire en libre service du 18e arrondissement, inauguré en 2013, le Secours populaire cherchait depuis quelques années les financements nécessaires pour l'ouverture d'un nouveau lieu. La loi n° 2016-138 du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire est tombée à pic, explique Abdelsem Ghazi, Secrétaire Général de la Fédération de Paris : en interdisant la destruction volontaire de denrées alimentaires encore consommables par les commerces de détail, en modifiant le régime juridique de la responsabilité des producteurs et en rendant obligatoire le recours à une convention avec une association caritative, elle a permis le développement de partenariats directs impensables auparavant.

"Un professionnalisme qui rassure les grandes chaînes

Un Simply Market, un Casino, un Auchan et un Monoprix du 13e ont ainsi accepté de remettre tous les matins leurs invendus au Secours populaire qui, depuis le 6 mars, les redistribue l'après-midi même à une quinzaine de familles ou de personnes seules. "Nous passons les chercher avec un camion frigorifique à une heure précise: un professionnalisme qui rassure les grandes chaînes", observe Benjamin Elzein, salarié de l'association, qui gère une équipe de 5 à 10 bénévoles. A terme, les supermarchés devraient être 10 et les foyers aidés chaque jour une bonne cinquantaine, espère-t-il.

Le projet a été soutenu par la Fondation Carrefour - les supermarchés de la marque devraient donc logiquement suivre -, ainsi que par les mairies de Paris et du 13e arrondissement. "L'innovation sociale et technologique ne s'exclut pas, au contraire, sont complémentaires", a souligne le maire du 13e Jérôme Coumet, rappelant la proximité de la halle Freyssinet, méga-incubateur dont l'ouverture ne devrait pas tarder.

L'aide alimentaire, une porte d'entrée

L'aide alimentaire devient de plus en plus névralgique dans les activités du Secours populaire : en 2016, elle a concerné plus de la moitié des 2,9 millions de personnes accompagnées, a révélé l'association le 30 mai à l'occasion de l'inauguration du nouveau lieu. Le seul centre du 18e arrondissement distribue quelque 250 kilos de produits chaque jour à un total de 400 foyers par semaine. Sa fréquentation a augmenté de 17% en 2016 sur un an.

Mais en plus de pallier une urgence immédiate, elle constitue aussi souvent la porte d'entrée pour un accompagnement plus global. Pour y avoir accès, les demandeurs doivent en effet préalablement s'inscrire dans l'une des antennes de l'ONG, qui peuvent également leur suggérer d"autres types d'aide : alphabétisation, conseil juridique etc. Lors du RV, ils sont accompagnés dans leur choix et instruits sur les modes de consommation des divers produits. Raison de plus pour l'association d'envisager une duplication du centre d'aide alimentaire anti-gaspi dans d'autres arrondissements parisiens, si les résultats de cette première expérience s'avèrent probants.

Giulietta Gamberini

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