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Etats-Unis : des constructeurs automobiles européens accusés d'importer des pièces issues du travail forcé des Ouïghours

latribune.fr

Publié le 21 mai 2024 à 05:55 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 19:58

Ces accusations concernent en particulier Jaguar Land Rover, a précisé la commission des finances du Sénat.

Ces accusations concernent en particulier Jaguar Land Rover, a précisé la commission des finances du Sénat.

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Un rapport du Sénat américain a accusé lundi les constructeurs allemands BMW et Volkswagen, le britannique Jaguar Land Rover ainsi que le suédois Volvo d'avoir importé aux Etats-Unis des véhicules dont certaines pièces seraient issues du travail forcé des Ouïghours en Chine.

Bad buzz pour les constructeurs européens. Un rapport du Sénat américain a en effet accusé lundi les constructeurs allemands BMW et Volkswagen, le britannique Jaguar Land Rover ainsi que le suédois Volvo d'avoir importé aux Etats-Unis des véhicules dont certaines pièces seraient issues du travail forcé des Ouïghours en Chine.

Or, dans le cadre de la loi sur le travail forcé des Ouïghours (UFLPA), entrée en vigueur fin 2021, les Etats-Unis interdisent l'importation de produits dont la chaîne d'approvisionnement est en partie liée au travail forcé de cette minorité musulmane de Chine, notamment grâce à une liste de fournisseurs ou sous-traitants avec lesquels les entreprises ne sont pas censées travailler.

Les constructeurs automobiles pointés du doigt par le rapport sont accusés d'avoir intégré des pièces fabriquées par un fournisseur inscrit sur cette liste. Ces accusations concernent en particulier Jaguar Land Rover, a précisé la commission des finances du Sénat, dans un communiqué. Ces constructeurs « ont tous intégré des composants provenant d'un fournisseur interdit pour cause de travail forcé des Ouïghours », a accusé le président de la commission, Ron Wyden, cité dans le communiqué. BMW est également dans le collimateur, accusé d'avoir importé des milliers de véhicules en parfaite connaissance de cause, dont plus de 8.000 Mini Cooper, n'y mettant fin que sous la pression répétée de la commission sénatoriale, insiste le rapport.

Une absence de système de contrôle

Le rapport souligne en particulier que ces constructeurs automobiles n'ont pas mis en place les systèmes de contrôle nécessaires pour « s'assurer que les pièces provenant du Xinjiang n'étaient pas utilisées dans des voitures ou camions importés aux Etats-Unis ».

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«Le groupe BMW a pris des mesures pour mettre fin à l'importation des produits concernés et communiquera auprès des clients et concessionnaires quant aux véhicules concernés» a indiqué le constructeur à l'AFP.

Volkswagen a pour sa part assuré prendre « très au sérieux les accusations de violation des droits humains et est déterminé à empêcher tout usage du travail forcé dans notre chaîne d'approvisionnement », a déclaré un porte-parole du groupe allemand. « Nous avons agi rapidement et de manière responsable pour remplacer la pièce (issue du fournisseur interdit, NDLR) et respecter l'UFLPA », a-t-il ajouté.

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Les autorités américaines, ainsi que plusieurs autres pays occidentaux, ont condamné la pratique massive de travaux forcés menée par le gouvernement chinois à l'égard de la minorité ouïghoure, estimant par ailleurs que leur traitement s'apparentait à un « génocide », ce que Pékin nie catégoriquement. Selon des groupes de défense des droits humains, au moins un million de personnes, majoritairement issues de la minorité musulmane, ont été incarcérées dans la région du Xinjiang et sont victimes d'abus, notamment la stérilisation forcée des femmes et du travail contraint.

La loi de prévention, votée à la quasi-unanimité par le Congrès américain en décembre 2021, interdit toute importation de produits provenant du Xinjiang, à moins que les entreprises de la région puissent prouver que leur production n'intégrait pas de travail forcé. Ainsi, Washington a annoncé jeudi 16 mai l'ajout de 26 entreprises chinoises du secteur textile, accusées d'utiliser du coton provenant de la région chinoise. Plus de 80 entreprises chinoises sont désormais inscrites sur la liste.

L'Europe a aussi placé les entreprises sous surveillance

De son côté, le Parlement européen a voté fin avril une loi imposant un « devoir de vigilance » aux entreprises qui devront veiller au respect de l'environnement et des droits humains dans leurs chaînes de production dans le monde, sous peine de sanctions.

Les eurodéputés ont approuvé à 374 voix pour, 235 voix contre, ce texte lors d'un vote qui intervient exactement onze ans après l'effondrement de l'usine textile Rana Plaza au Bangladesh. Ce drame avait mis en lumière l'absence de contrôle sur les conditions de travail dans les pays tiers. « C'est la fin de l'impunité totale des multinationales. Désormais Zara, Nike et les autres sont responsables de leur chaîne de production. C'est une grande victoire. La mobilisation paie ! », s'était alors félicité Raphaël Glucksmann, tête de liste des socialistes français aux élections européennes.

Les entreprises concernées par cette directive seront tenues de prévenir, d'identifier et de remédier aux violations de droits humains et sociaux (travail des enfants, travail forcé, sécurité...) et dommages environnementaux (déforestation, pollution...) dans leurs chaînes de valeur partout dans le monde, y compris chez leurs fournisseurs, sous-traitants et filiales. Des amendes dissuasives sont prévues, pouvant aller jusqu'à 5% du chiffre d'affaires mondial.

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Les voitures électriques chinoises lourdement taxées

Le rapport du Sénat américain intervient après que les Etats-Unis ont fait quadrupler, mi-mai, les droits de douane à 100% contre les voitures électriques chinoises. Au-delà, Washington fait passer ceux visant l'acier et l'aluminium de 7,5% à 25%, tout comme pour les batteries, et ceux pour les semi-conducteurs de 25% à 50%, également appliqués désormais aux panneaux solaires et certains produits médicaux. La directrice du Conseil national économique rattaché à la Maison Blanche, Lael Brainard, a justifié ces choix par le fait que la Chine « finance sa croissance aux dépens des autres ».

« C'est un signal aux constructeurs américains que l'administration Biden cherche à protéger l'industrie contre les véhicules électriques chinois », a pour sa part souligné auprès de l'AFP Paul Triolo, chercheur spécialisé sur la Chine pour Albright Stonebridge Group. Mais le véritable impact pour les groupes américains pourrait concerner les droits de douane appliqués aux batteries et aux chaînes d'approvisionnement, « du fait de la domination des entreprises chinoises dans ces secteurs », a-t-il ajouté.

Derrière les arguments économiques, cette décision peut aussi être vue comme politique. Taxer les produits chinois était en effet une idée du précédent président Donald Trump qui avait imposé des droits de douane sur quelque 300 milliards de dollars de marchandises en provenance de Chine. Le gouvernement de Joe Biden avait entrepris un réexamen de ces mesures et la décision de ce dernier arrive au moment où le président américain se prépare à affronter à nouveau son adversaire républicain lors de l'élection présidentielle de novembre.

(Avec AFP)

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