L'affaire GM&S tourne à l'imbroglio entre l'Etat et les constructeurs

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(Crédits : Philippe Wojazer)
L'Etat a accusé PSA de ne pas participer au tour de table qui doit permettre le sauvetage de GM&S, la PME creusoise menacée de disparition. PSA a opposé un démenti formel, haussant le ton contre des "informations erronées" et mettant en garde contre une nouvelle action syndicale contre l'un de ses sites. A la veille de la décision du tribunal de commerce sur l'avenir de GM&S, ses salariés ont décidé d'accroître la pression en bloquant le site Renault de Villeroy.

L'affaire GM&S est-elle en train de tourner au vinaigre pour le gouvernement et les constructeurs automobiles français ? Alors que le gouvernement tente de sauver l'entreprise creusoise menacée de liquidation judiciaire, les constructeurs automobiles, eux, s'agacent d'être montrés du doigt et ce malgré leurs engagements financiers et industriels.

La tension monte entre PSA et le gouvernement

La tension est montée d'un cran hier après une communication du ministère de l'Economie indiquant que PSA n'était pas prêt à entrer dans le tour de table exigé par le repreneur potentiel, le groupe GMD, spécialiste français de l'emboutissage.

« L'Etat et le groupe Renault ont confirmé leur volonté de financer chacun 5 millions d'euros, soit un total de 10 millions, souligne Bercy dans son communiqué. Le groupe PSA a confirmé ce jour au ministre de l'économie et des finances qu'il ne souhaitait pas participer à ce financement. Il manque donc 5 millions d'euros pour faire aboutir la reprise », peut-on lire dans le communiqué du ministère.

Ce à quoi, PSA a aussitôt répondu par la voie d'un communiqué envoyé tardivement lundi... « Le groupe (PSA, ndlr) regrette que des informations erronées aient pu être diffusées par le Ministère », écrit le premier groupe automobile français. Et de rappeler qu'il s'est « toujours engagé à investir dans GM&S avec un plan précis de 4 millions d'euros permettant de générer un chiffre d'affaires de 36 millions d'euros. PSA est de loin le support le plus important exprimé dans ce dossier ».

Décision imminente du tribunal de commerce

Le tribunal de commerce doit statuer ce mercredi sur le plan de reprise proposé par GMD et qui prévoit de sauver 120 des 277 emplois du site. Les salariés de GM&S ont donc décidé d'accroître la pression. Ce mardi matin, ils ont décidé le blocage du site Renault de Villeroy. Ils réclament un engagement plus important des constructeurs automobiles français mais également des indemnités plus larges pour les salariés qui seront licenciés dans le cadre du plan de reprise.

Le risque est que cette affaire lasse les protagonistes des discussions. PSA a ainsi menacé de se retirer : « La mise en œuvre de ce plan n'est envisageable qu'en l'absence de toute nouvelle action des salariés de GM&S envers un de ses sites qui serait considérée comme une nouvelle agression vis-à-vis de ses 70.000 salariés français. Une telle action délierait le Groupe PSA de tout engagement. » Pour rappel, les salariés de GM&S avaient bloqué, début juillet, le site PSA de Sept-Fons provoquant de lourds dommages dans la chaîne d'approvisionnement industriel de PSA. Le groupe avait même eu recours à des hélicoptères pour acheminer des pièces essentielles à la poursuite de sa production.

Un enjeu local essentiel

Chez le repreneur stéphanois, l'enthousiasme n'est plus le même. Dans un courrier adressé à Carlos Tavares, consulté par Le Monde, Alain Martineau, PDG de GMD, explique : « Cette reprise est uniquement motivée par des conditions d'aménagement du territoire, de difficultés sociales et de perturbations qui sont toutes du ressort des pouvoirs publics. » Autrement dit, la reprise de GM&S est davantage commandée par des exigences politiques locales et nationales, que par une logique industrielle et économique. Il faut dire que l'enjeu pour la Creuse est immense puisque c'est le premier employeur local qui risque de disparaître...

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Commentaires
a écrit le 19/07/2017 à 14:42 :
GMD est le seul candidat, il peut donc demander ce qu'il veut, 99 millions, pourquoi pas, pour refaire l'usine entièrement. La somme prévue est fixée au doigt mouillé ou il y a des données "comptables" ? J'avais entendu que c'était lancé comme ça (genre : c'est ça ou rien).
a écrit le 19/07/2017 à 11:51 :
Des choix difficiles et symboliques.

Le coût du réinvestissement total serait alors à 15 Millions ?
Tant mieux pour les employés de l'entreprise, leurs familles et pour la commune.

L’outil de production a certainement besoin de rénovation, sur les photos de l’usine on voit même des toitures qui ressemblent à des plaques amiantées ? Si c’est le cas un operateur énergétique pourrait participer au financement en les remplaçant par des panneaux solaires ?

Entre dépenses de sauvetage et recettes.
A 15 millions pour 120 emplois, cela fait 125 000 € l’emploi, ce qui représente en termes de financement l’équivalent de 3000 € par habitant de la commune. En France, pour 66 Millions d’habitants il y a 36 Millions de foyers fiscaux, dont 17 Millions sont imposables, disons 1 sur 3. Avec le même ratio, au niveau local sur 5000 habitants cela représente environ 9000 € par foyer fiscal imposable.
Je sais, cela ne correspond à rien mais c'est pour avoir un ordre de grandeur. Car il y a malgré tout une limite à l’application de la méthode à l’échelle Nationale.
Pour les 15000 communes Françaises entre 500 et 10000 habitants (désolé pour les communes de moins de 500), cela doit représenter environ 150 Milliards pour 1 200 000 emplois.
Bien sur tout cela n’est viable que si les emplois sont pérennes, sinon il faut réinjecter de l’argent en permanence.
L’usage des robots a plus de chances d’être pérennisé, puisque l’ajout d’un robot pour 1000 salariés remplace en moyenne l’équivalent de 5 emplois (étude du MIT et de la Boston University). Par contre coup la disparition d’emplois dans le monde est estimée à 10 % par l'OCDE et beaucoup plus pour les pays industrialisé, presque 40 %.

Cela rend envisageable :
- le concept de revenu universel prôné par B.Hamon, estimé à 350 Milliards pour quasiment l’ensemble de la population.
- la taxation des robots, qui est contreproductive puisque les pays les plus robotisés seront les plus performants économiquement parlant. Donc ceux ceux qui auront le plus de chances de développer leur propre industrie...
a écrit le 18/07/2017 à 22:43 :
Si c'était HOLLANDE qui avait fait cela, on aurait les gros titres des journaux sur un monumental "couac gouvernemental".
Et si cela avait été SARKOZY, la presse chanterait des cantiques à la gloire du sauveur de GM et S
(Souvenez-vous de la presse lors de la fameuse vente de RAFALES au BRESIL)
Réponse de le 19/07/2017 à 0:38 :
@monti python: l'État n'a pas vocation à gérer les entreprises. Une entreprise, c'est fait pour gagner de l'argent et si ce n'est pas le cas, elle doit disparaitre. Le malheur en France, c'est qu'on s'est habitué à l'assistanat permanent à tous les niveaux et cela schlérose le système. Le contribuable est pressé comme un citron pour continuer la gabegie, il faut dire halte :-)
Réponse de le 19/07/2017 à 13:41 :
C'est bien pour cela qu'il faut en finir avec les subventions agricoles directes et indirectes, les prix garantis aux agriculteurs et les quotas : assistanat depuis 50 ans dans toute sa splendeur. Avec comme résultat qu'à la moindre crise, ils saccagent tout.
Réponse de le 19/07/2017 à 13:41 :
C'est bien pour cela qu'il faut en finir avec les subventions agricoles directes et indirectes, les prix garantis aux agriculteurs et les quotas : assistanat depuis 50 ans dans toute sa splendeur. Avec comme résultat qu'à la moindre crise, ils saccagent tout.
a écrit le 18/07/2017 à 18:09 :
Le produit marketing tente l indépendance mais ses commandites ne veulent pas changer la politique industrielle on va vers un clash .
Il ne peut faire autrement que s incliner à moins qu il nous réserve une agréable surprise
; Un référendum sur la loi travail et , alors là bravo champion ......
a écrit le 18/07/2017 à 16:39 :
Le gouvernement est par nature incapable de sauver une entreprise sauf à lui passer directement commande ou par l’intermédiaire de ses filiales. Cela n'expliquera pas pourquoi cette entreprise voit diminuer depuis plusieurs années ses ventes et ne peut s'adapter. Ce n'est pas une affaire de 5 millions.
a écrit le 18/07/2017 à 14:04 :
"Il manque donc 5 millions d'euros pour faire aboutir la reprise"

CICE pour PSA : 52 M€ en 2013 et 74 M€ en 2014.

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