Les constructeurs de camions rechignent à réduire les émissions de CO2

 |   |  772  mots
L'américain PACCAR, qui possède les camions Kenworth, Peterbilt, et, en Europe, DAF Trucks, a été condamné en juillet 2016 à payer une amende de 752 millions d'euros infligée par Bruxelles pour avoir participé au cartel des camions. Outre DAF, cette entente illégale a impliqué Man, Scania, Daimler, Iveco, Volvo.... Ci-dessus, le Kenworth T680, camion à pile à hydrogène (zéro émission polluante) présenté au CES Las Vegas... en 2018.
L'américain PACCAR, qui possède les camions Kenworth, Peterbilt, et, en Europe, DAF Trucks, a été condamné en juillet 2016 à payer une amende de 752 millions d'euros infligée par Bruxelles pour avoir participé au "cartel des camions". Outre DAF, cette entente illégale a impliqué Man, Scania, Daimler, Iveco, Volvo.... Ci-dessus, le Kenworth T680, camion à pile à hydrogène (zéro émission polluante) présenté au CES Las Vegas... en 2018. (Crédits : TruckPR / Flickr (CC BY-NC-ND 2.0))
Le lobby de l’automobile rejette l’objectif de 15% de réduction d’émissions de CO2 pour les camions d’ici à 2025. Il souhaite le réduire à 7%. Un article de notre partenaire Euractiv.

L'exécutif européen a dévoilé son premier objectif de réduction d'émissions pour les camions en mai dernier dans le cadre d'une approche en deux étapes à l'horizon 2030, date à laquelle la Commission souhaite réduire les émissions de CO2 des poids lourds de 30 %.

« Tous les secteurs doivent contribuer à nos engagements pour le climat pris dans le cadre de l'Accord de Paris », a déclaré le commissaire au climat, Miguel Arias Cañete alors qu'il dévoilait les propositions en mai dernier, tout en insistant sur le fait que l'objectif intermédiaire de 2025 pouvait être atteint grâce aux technologies existantes.

Le carburant représente environ 30% des coûts des transporteurs

Si elle soutient cette approche par étape, l'ACEA, l'association des constructeurs automobiles estime toutefois que l'objectif obligatoire pour 2025 doit être abaissé. « Étant donné l'état du marché et des technologies, une réduction des émissions de CO2 de 7 % d'ici à 2025 serait un juste équilibre entre un objectif ambitieux et réaliste », précise-t-elle dans un document de prise de position publié le 27 août.

Pour 2030, l'ACEA suggère un objectif de 16 % de réduction - soit deux fois moins que la proposition de la Commission. L'argument principal de l'association est que les constructeurs de camions sont déjà en train de mettre en place des mesures de réduction des émissions de CO2, puisque les émissions sont étroitement liées à la consommation de carburant. L'économie d'énergie est un argument de vente crucial pour les camions.

Le carburant représente environ 30% des coûts des transporteurs, selon l'ACEA. Les camions ont aussi une durée de vie environ six fois plus longue que les voitures et prennent donc plus de temps à être remplacés.

6.800 € d'amende par gramme de CO2 dépassé/tonne-kilomètre

L'industrie est particulièrement inquiète des sanctions prévues contre les fabricants si les objectifs ne sont pas atteints, et souligne que l'exécutif les a définis en comparant les émissions de CO2 des utilitaires et des camions, mesurées en grammes de CO2 par kilomètre.

« Cette comparaison est trompeuse puisqu'un camion plus lourd portant un charge plus grande est plus efficace qu'une camionnette ». Les émissions devraient donc être mesurées en grammes de CO2 par tonne-kilomètre selon le lobby.

MAN, constructeur allemand de camions, a calculé que les amendes fixées à 6.800 € par gramme de CO2 dépassé/tonne-kilomètre risquent de s'accumuler rapidement pour devenir des centaines de millions pour les fabricants, qui pour certains, seront menacées de faillite.

Les camions ne sont pas « juste des grosses voitures », insiste l'ACEA, qui rejette l'approche trop simpliste de l'exécutif européen.

« Les poids lourds sont des outils de travail détenus par des professionnels qui, à des fins commerciales, cherchent toujours le véhicule le plus performant, en prenant en compte la consommation de carburant et l'efficacité. »

L'ACEA donne sa position officielle à quelques jours du début des discussions sur la possible limitation des émissions de CO2 des camions au Parlement européen. Bas Eickhout, eurodéputé néerlandais, présentera son projet de rapport à ce sujet à la commission environnement le 29 août.

Objectif de réduction de 25% d'ici 2025 et 45% d'ici 2030.

L'eurodéputé, qui fait partie des Verts, appelle à une action européenne concrète pour réduire la pollution au diesel et le changement climatique. Pour lui, il faudrait un objectif de réduction de 25 % d'ici 2025 et 45 % d'ici 2030.

Une position soutenue par quatre États, les Pays-Bas, l'Irlande, la Lituanie et le Luxembourg. Il y a quelques mois, ces pays avaient écrit à la Commission pour défendre un objectif de 24 % pour 2025 et 35 ou 45 % pour 2030.

Bas Eickhout voudrait aussi que chaque constructeur produise une proportion minimale de  véhicules à émissions nulles et faibles, qui augmenterait aussi entre 2025 et 2030. À cette date, tous les nouveaux bus mis sur le marché européen devraient n'émettre aucune émission, selon lui.

« Le marché pour les véhicules de livraison urbains et régionaux à zéro émission change rapidement », souligne-t-il dans son rapport. Selon lui, ces véhicules devraient atteindre les mêmes coûts que le diesel en Europe « dans les cinq prochaines années ».

« Il existe un intérêt environnemental et économique évident à commercialiser ce genre de véhicules dès leur mise à disposition », affirme Bas Eickhout, qui estime qu'une part minimale favorisera l'investissement et l'adoption rapide des bus électriques dans l'UE.

___

POUR ALLER PLUS LOIN :

Lire aussi : Cartel des camions: une amende record de 2,93 milliards d'euros

___

Par : Frédéric Simon, Euractiv.com

(Article publié le mercredi 29 août 2018, à 10:06)

___

Retrouvez toutes les actualités et débats qui animent l'Union européenne sur Euractiv.fr

EURACTIV 2017 new logo

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/08/2018 à 15:27 :
On peut se demander pourquoi en France le Diesel est toujours subventionné pour les camions.
Réponse de le 30/08/2018 à 19:38 :
Cher ami. Le diesel n'est pas sponsorisé en France pour les camions ou si c'est le cas expliquez comment car moi qui baigne dedans je ne vois aucune subvention bien au contraire.
Par contre regardez autour de vous et vous constaterez que faute d'autres alternatives, 100% des objets ou mobiliers que vous voyez ont été au moins une fois transporté dans un camion diesel !
a écrit le 30/08/2018 à 11:52 :
Si les émanations réelles des poids lourds sont aussi bien contrôlées que pour les voitures, c'est encore une norme qui restera lettre morte.

Ensuite, s'il est clair que la science progresse et que l'on doit s'attendre à ce que les moteurs deviennent toujours plus efficaces, les physiciens savent qu'il y a un seuil incompressible d'énergie à dépenser pour faire rouler un camion dans l'atmosphère terrestre et dans une géographie vallonnée et qu'on s'en rapproche.

Il faut s'interroger sur la faisabilité des nouvelles normes dans le monde réel avant que les politiciens n'en fassent un objet de polémique.
a écrit le 30/08/2018 à 11:34 :
La réalité c'est que dans notre pays le transport camion est un non sens.

A partir de 250km il faudrait du ferrovière et au delà y ajouter le navigable.
La boucle du dernier km qui selon le lobby pollu le plus sera de toute façon électrifiée.

par ailleurs mais si ce carburant peut faire débat l'hydrogène reste une bonne alternative qu diesel notament sur les camions.
Réponse de le 30/08/2018 à 17:11 :
Le problème du ferroviaire et de ses process de fonctionnement : traction, triage, sans parler des contraintes sociales, est qu’il ne peut pas garantir une date et une heure de livraison. Il n’est pas utilisable dans une économie travaillant en flux tendu ......
Réponse de le 31/08/2018 à 9:51 :
Expliquez aux suisses aux allemands et à l'Europe du Nord que le ferroviaire n'est pas utilisable....
a écrit le 30/08/2018 à 10:19 :
Mieux vaut pourrir la planète que que d'améliorer ses produits ,c'est plus rentable! lobby quand tu tiens la démocratie.
a écrit le 30/08/2018 à 10:06 :
il est plus facile de taper sur le petit automobiliste que sur une profession de camionneurs qui envahissent les routes et les autoroutes,qui consomment et polues beaucoup l'air serait plus respirable et le fret ferroviaires ou fluviales serait beaucoup plus rentable
avec les progres la voiture diesel polue beaucoup moins que l'essence et encore moins que les mastondontes qui occupent les routes
Réponse de le 30/08/2018 à 19:48 :
Une voiture Diesel récente consomme 5 litres au 100km pour transporter le plus souvent une personne et elle fait environ dans ce cas 1,2 tonne. Un tracteur routier et sa semi-remorque transporte environ 27 tonnes de fret avec un poids total de 44 tonnes et il consomme en moyenne 30 litres pour 100 km. Donc 6 fois plus de gazole seulement pour environ 2700 fois moins de poids transporté et un poids roulant 40 fois plus important ! Chercher qui pollue le plus surtout que les Pl ont une norme Euro 6 depuis 2013 qui a été durcie déjà deux fois avec la version C et des écarts de pollution constatés avec la norme sur les 7 premières années de vie bien plus stricts que pour les autos !
a écrit le 30/08/2018 à 9:18 :
On interdit le diesel qui produit beaucoup moins ce co2 que l'essence, qui est favorisée, et on fait la chasse au co2: cherchez l'erreur!
a écrit le 30/08/2018 à 8:58 :
Le lobby contre la démocratie où quand la corruption entre politiciens et hommes d'affaires touche son paroxysme.

Vite un frexit, parce que quand on voit comme nos politiciens européens ont tous des casseroles on voit bien que l'UE ne fait qu'amplifier cette gangrène.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :