Peugeot 208, 2008, Renault Clio, Captur... les enjeux d'un leadership français

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Plus de 220.000 unités du 2008 ont été vendues en 2018, soit davantage que la 308.
Plus de 220.000 unités du 2008 ont été vendues en 2018, soit davantage que la 308. (Crédits : Peugeot)
Les constructeurs automobiles français Peugeot et Renault viennent de renouveler leur gamme dites du segment B. Un enjeu industriel majeur pour des produits qui réalisent près d'un tiers des ventes totales de ces marques. Face à une concurrence très offensive, les Français ont placé leurs nouveaux modèles sous le signe du premium.

Voilà le quatrième et dernier acte de l'offensive automobile française pour l'année 2019. Après la Peugeot 208, puis 2008, et la Renault Clio, voici le nouveau Renault Captur. Ce SUV de segment B complète une salve de lancements où les Français sont réputés parmi les mieux placés: sur le segment B (Clio et 208) comme sur le segment dit B-SUV (Captur et 2008).

Environ un tiers des ventes

L'enjeu industriel est immense puisque cette gamme constitue une bonne partie des volumes de nos constructeurs. Pour l'ensemble du groupe PSA (hors-Opel), les ventes de voitures de ces deux segments, et qui regroupent les Peugeot 208 et 2008 mais également les Citroën C3, C3 Aircross et la DS3, représentent un tiers des ventes totales. Cette proportion monte à 36% chez Citroën et descend à 29% pour Peugeot. Chez Renault, on est dans les mêmes proportions puisque les ventes de Clio et Captur ont représenté 30% des ventes totales de la marque au losange (hors Dacia).

Sur le seul segment des berlines, les Français peuvent se targuer d'avoir retrouvé le leadership après se l'être fait chahuter par des modèles concurrents féroces. Ils ont ainsi détrôné la Ford Fiesta qui est passée de 460.000 voitures par an en 2009 à 270.000 l'an passé. Ils ont également profité de la très lente érosion de la Polo, véritable référence du segment dans les années 1990 avec plus de 450.000 voitures par an, à "seulement" 295.000 voitures en 2018.

Lire aussi : Nouveau Peugeot 2008 : les enjeux d'un SUV revisité, ambitieux et agrandi

Avec 335.000 voitures, c'est donc Clio qui a repris le leadership en Europe, défendant vaillamment sa première place alors qu'elle était dans sa dernière année de commercialisation avant une nouvelle génération.

Chez Peugeot, on n'était pas peu fier non plus de voir la 208 retrouver des ventes robustes, malgré, pour elle aussi, un contexte de fin de vie. La petite citadine du lion a largement surfé sur le sillage de la dynamique 3008, ce SUV qui fait un tabac. La 208 s'est même permis de monter sur la première place du podium français sur plusieurs mois en 2018.

Le succès fulgurant du B-SUV

Mais c'est sur le segment des B-SUV que les Français ont le plus brillé. D'abord parce qu'ils ont totalement inventé ce concept de 4X4 citadin, alors que les autres constructeurs étaient occupés sur celui des SUV compacts (Nissan Qashqaï, Volkswagen Tiguan...). En 2013, Renault et Peugeot lancent successivement leur Captur et 2008, qui ne sont autres que des versions rehaussées des citadines sus-citées. A l'époque, on les considérait comme des opportunités de business pour pas cher puisqu'elles partageaient la même plateforme et pas mal de pièces. D'opportunité, cette typologie est devenue un segment de marché à part entière, affichant une belle croissance, supérieure à celle des Qashqai et consorts, totalement saturé et arrivé à maturité. À l'époque, les Français sont quasiment les seuls, face à un Nissan Juke très clivant et un Opel Mokka mal fini. Ils vont ainsi écouler leur B-SUV dans des volumes importants. Plus de 220.000 unités pour le 2008 en 2018, soit davantage que la 308. Chez Renault, le Captur a également fait des étincelles avec 240.000 immatriculations annuelles en Europe.

Lire aussi : Comment Renault veut faire de son nouveau Captur sa vache à lait

Mais le temps du monopole est révolu, les Français ne sont désormais plus seuls, et la guerre est autrement plus agressive. Le groupe Volkswagen a dégainé un véritable rouleau compresseur pour s'emparer des volumes d'un segment qui explose (+41% en 2018). La marque allemande a sorti deux modèles, le T-Roc et le T-Cross. Seat, de son côté, a lancé l'Arona. Tandis que Skoda, encore une autre marque du groupe, vient de commercialiser le Kamiq. Avec le Kona, le groupe Sud-Coréen Hyundai a installé un produit extrêmement compétitif. En tout et pour tout, le segment B compte désormais une vingtaine de modèles, contre un seul en 2012.

Priorité aux profits

Mais les Français considèrent qu'ils disposent d'une longueur d'avance. Ils jouissent de leur leadership, ce qui donne un vrai statut commercial ne serait-ce que dans le renouvellement d'une clientèle qui s'annonce fidèle compte tenu de leur taux de satisfaction. En outre, ils en sont désormais à leur seconde génération, là où les autres vont devoir essuyer les plâtres.

Mais le volume n'était pas la crainte la plus importante. Pour les Français, il y a un enjeu impérieux de faire de cette gamme non plus seulement un gisement de volumes mais également un foyer de profits à travers une gamme plus riche et plus soignée. Les quatre modèles français lancés cette année ont largement travaillé leur niveau d'équipement mais également la qualité perçue. La Clio a totalement revu son agencement intérieur en misant sur la qualité perçue et une connectivité plus intuitive. Côté Captur, Renault a décidé de coiffer la gamme d'une finition Initiale Paris, le label haut de gamme de la marque. Chez Peugeot, une nouvelle génération de i-Cockpit débarque sur 208 et 2008: le tableau de bord digitalisé devient 3D.

Peugeot et Renault ont donc décidé de positionner cette nouvelle gamme un cran au-dessus en termes qualitatifs. C'est très important sur les berlines, réputées pour être peu rentables en raison d'un marché ultra concurrentiel. Mais cette "premiumisation" est également la règle sur ces nouveaux SUV, notamment pour préserver cette longueur d'avance.

"Avec Volkswagen, il y avait une véritable crainte de voir la barre montée très haut, et nous avons finalement été très surpris par le niveau de finition pas très ambitieux", nous raconte sous cape, un ingénieur d'un groupe français.

Sauf que, pour cette nouvelle génération, les Français ont pris un risque. Ils ont allongé leur véhicule. Peugeot a ajouté 14 cm à son 2008 pour le porter à 4,30 m tandis que le Captur a pris 11 cm, à 4,23 m. D'une certaine façon, ils perdent la principale raison d'être de ce segment, celui de la compacité. De plus, ils laissent un espace vacant pour les nouveaux entrants, notamment le T-Cross qui mesure 4,10 m.

Un risque? Ou une nouvelle opportunité pour lancer un SUV encore plus compact ? Rien n'est à exclure. En attendant, les Français ont un autre objectif bien plus ambitieux, c'est de capitaliser sur leur expertise sur ces SUV très compacts pour enfin percer en Chine...

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Commentaires
a écrit le 09/07/2019 à 11:55 :
Constructeurs français ? Trois des modèles cités ne sont pas produits en France.
a écrit le 09/07/2019 à 11:34 :
Avec le passage à l'électrique, les Cadors français devraient se méfier de très bons sous-traitants comme Heuliez tout à fait capables de produire ces véhicules ( Heuliez fabriquait l'espace ni 1) et des années d'expérience en électrique, véhicules de mairies ou autres.
Faut pas oublier qu'ils ne fabriquent pratiquement rien, ils montent et laissent aux sous-traitants la R&D.
Réponse de le 09/07/2019 à 15:02 :
Heuliez, Matra, c'est la même chose... ou presque !!! Que d'approximations...
a écrit le 08/07/2019 à 18:13 :
Deux commentaires :
cette 2008 est laide et agressive .
Il n'ya pas que les profits qui explosent , il y a aussi les émissions de CO2 dus à ces véhicules . Bizarre que les écolos et autres bien pensants se taisent .
a écrit le 08/07/2019 à 11:53 :
Tout ça reste des voitures de technologie très classique à moteurs à combustion.
Il est plus que temps que les constructeurs aient une vision un peu stratégique. Notamment en enjambant la filière véhicules électriques à batterie qui du fait des restrictions d'usage qu'elles imposent (autonomie limitée et temps de recharge prohibitifs les restreignant à un usage urbain et périurbain, même en développant à grands frais un réseau dense de bornes de charge rapide) restera un marché de niche et en mettant résolument le cap sur l'hydrogène (pile à combustible ou combustion directe).
Réponse de le 08/07/2019 à 17:12 :
Pas si sûr s' agissant de la filière électrique et de l' habituel obstacle avancé d' une "autonomie limitée" car celle-ci explose et les réseau s' ajuste avec prudence au nombre de voitures vendues, installer des bornes de recharges pour le seul plaisir ne permettrait d' ailleurs pas dans cette configuration de régler l' équation financière.
L' électrique va se développer donc pour la simplicité qu' elle porte et même si les grincheux du moment y trouvent à redire et ces deux-là (PSA et Renault) ont d' ores-et-déjà de convaincantes variantes électriques au catalogue.
Réponse de le 08/07/2019 à 22:41 :
Les lois de l'électricité ont la peau dure..., même en admettant qu'on arrive un jour à faire des batteries de 100kWh (à peu près ce qu'il faut pour parcourir 800km en n'utilisant pas trop la clim, le chauffage, le dégivrage, les essuie-glace, en roulant cool, et qu'on arrive à recharger en 5mn à une borne de recharge rapide, celle-ci devra délivrer une puissance de 1,2MW ; en admettant qu'une station de recharge d'autoroute ait une trentaine de telles bornes et qu'on ait une telle station tous les 50km dans chaque sens ça fait environ 600 bornes de recharge pour une autoroute comme Paris Bordeaux soit 720MW (sans compter les pertes de transport de l'électricité) à leur fournir (0,5 EPR) sans parler du réseau haute tension à construire pour les alimenter. Alors que l'hydrogène peut être produit et stocké, par exemple en utilisant la totalité des capacités de production de renouvelables non pilotables (PV+éolien), le reste de la production électrique étant produit par le nucléaire et les barrages.
a écrit le 08/07/2019 à 11:23 :
La puissance de VW repose sur une économie française en partie toujours sous occupation allemande mais moi qui déteste cette marque, forcément subjectivement, quand j'ai vu passer la publicité avec "la machine à raclette" pendant un bon moment j'ai vénéré celle-ci, oubliant le message vulgaire, prétentieux et grossier "DAS AUTO" par un "Nous chez VW, nous finançons de véritables créatifs qui peuvent vous surprendre". Tu m'étonnes que j'ai été surpris !

La meilleure publicité, tous genres confondus, que je n'ai jamais vu on rabaisse ce que l'on vend pour sublimer le client, l'humanité même au sens le plus large, génial ! Cette publicité est extraordinaire je n'en reviens toujours pas...

BEn oui c'est une raison suffisante, largement, pour acheter des VW.

Et les constructeurs français en étant resté à abrutir systématiquement les gens dans leurs publicités, tandis que VW les élève.

Bravo à eux mais un changement radical de vision publicitaire est indispensable à nos constructeurs français s'ils veulent un jour être devant tout le monde, arrêtez de prendre les consommateurs pour des crétins consuméristes, internet le hurlant tous les jours un peu plus.

Vraiment marre de ces publicités minables, à part citroen qui a eu quelques éclairs de génie.
Réponse de le 08/07/2019 à 15:43 :
C' est tellement vrai que le dieselgate bien scénarisé toutes ces années et dont VW a été le précurseur en a surpris quelques uns en contribuant à élever le débat ... Tiens juste une question, pourquoi l' allemand n' avait pas prévu l' explosion du segment B ?
Réponse de le 09/07/2019 à 14:34 :
"C' est tellement vrai que le dieselgate bien scénarisé toutes ces années et dont VW a été le précurseur en a surpris quelques uns en contribuant à élever le débat ... "

?

Trop de sous entendus tue la compréhension.
Réponse de le 09/07/2019 à 19:02 :
Ben je comprend qu'un mauvais produit bien emballé fera toujours son petit effet, sur plus de 54 voitures, aucune Allemande sauf les Ford qui ne sont pas Allemandes ne m'a laissé de bons souvenirs, si je devais faire un musée de 52 ans de conduite, il n'y en aurait aucune.
Réponse de le 10/07/2019 à 8:11 :
"sur plus de 54 voitures, aucune Allemande sauf les Ford qui ne sont pas Allemandes ne m'a laissé de bons souvenirs"

J'ai lu et relu cette phrase je ne comprends toujours pas ce que vous voulez dire, vous n'avez jamais acheté de voitures allemandes ? Si oui vous en êtes contents ou pas ?!

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