Qui est Heex, la startup française qui croit encore en la voiture autonome

La petite startup parisienne a mis au point une solution qui permet d'accélérer la recherche de la voiture autonome. La société fondée par Bruno Mendes da Silva compte s'implanter prochainement dans la Silicon Valley pour se rapprocher des clients, mais également des investisseurs... Car même si le rêve de la voiture sans volant a pris du plomb dans l'aile, la recherche continue.
Nabil Bourassi

5 mn

De gauche à droite, Arnaud de la Fortelle, Bruno Mendes da Silva, et Etienne Boutan.
De gauche à droite, Arnaud de la Fortelle, Bruno Mendes da Silva, et Etienne Boutan. (Crédits : Heex)

Qui croit encore à la voiture autonome ? Les constructeurs automobiles, qui n'avaient que ce mot à la bouche il y a encore quatre ans, sont désormais focus sur la voiture électrique... La voiture autonome s'est heurtée aux désillusions d'un projet séduisant sur le papier, mais infiniment plus complexe dans la réalité. Chacun a revu ses ambitions à la baisse et se contente désormais de parler d'assistance à la conduite.

Pour autant, la recherche sur la voiture autonome n'est pas totalement abandonnée... Mais elle est largement rationalisée. C'est ici qu'intervient une startup française fondée par Bruno Mendes da Silva et Etienne Boutan. Heex a mis au point une technologie qui permet de mieux cibler la recherche.

Le principe de la recherche de la voiture autonome est de faire rouler des voitures des millions de kilomètres afin de nourrir l'intelligence artificielle du maximum de scénarios possibles sur la route. Chez Google via sa filiale Waymo, un acteur ambitieux en matière de voiture autonome, les kilomètres enregistrés se comptent en milliards. Les ingénieurs doivent ensuite dérouler les boîtes noires de ces prototypes afin de caractériser la moindre situation, et ainsi calibrer au mieux, l'apprentissage de l'intelligence artificielle. Un véritable travail de fourmi. Heex permet d'explorer ces boîtes noires et d'identifier les situations qui sortent des conformités. "Soit vous payez des ingénieurs, des centaines de milliers d'euros par an, pour passer du temps à dérusher des centaines d'heures du parcours de ces voitures autonomes, soit vous leur donner la possibilité d'aller directement sur les moments critiques", résume Bruno Mendes da Silva.

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Ainsi, Heex propose une solution qui permet de caractériser les situations non-conformes aux scénarios déjà modélisés. Cela peut-être un obstacle avec une forme étrange, ou tout simplement un groupe de personnes qui parce qu'ils portent des chapeaux par exemple ne sont pas identifiés comme des personnes par l'ordinateur de bord.

Une accidentologie encore trop forte

"Le principal obstacle au déploiement de la voiture autonome, c'est le zéro erreur", soutient Bruno Mendes da Silva. Selon lui, l'intelligence artificielle ne peut pas se permettre l'approximation. L'opinion publique, et donc la réglementation, ne le supporterait pas. Le jeune patron de 31 ans rappelle qu'aux Etats-Unis, il y a un accident tous les 508.000 kilomètres... L'expérimentation Waymo affiche un ratio d'un accident tous les 29.440 kilomètres. "Le meilleur système autonome du monde (Waymo, ndlr) est aujourd'hui 17 fois moins performant qu'un automobiliste, et ce malgré plus de 10 milliards investis par cette société depuis 2009", explique Bruno Mendes da Silva.

Ce passage en revue des parcours des voitures autonomes est donc indispensable... Et sa technologie permet de gagner énormément de temps et d'argent.

Deux cerveaux pour Heex

C'est presque par accident que Bruno Mendes da Silva a fondé Heex. "J'ai été fasciné par l'intervention d'Arnaud de la Fortelle dans une émission de télévision...".  Arnaud de la Fortelle, c'est l'autre cerveau de Heex. Titulaire d'un doctorat en mathématiques appliqués, polytechnicien, ancien des Ponts et Chaussées, il a dirigé pendant 15 ans le département robotique de l'école des Mines où est formée l'élite française de l'ingénierie. "J'ai vu un génie de la technologie mais qui n'avait pas de business plan, je suis allé le voir avec Etienne Boutan et on a monté Heex", raconte ce géant de deux mètres passé par l'Essec après un Bac littéraire. "Je suis un ancien basketteur de haut niveau, j'ai l'expérience du collectif, de la gestion du stress et du management, mais aussi de l'exigence de la qualité d'exécution", assure le natif des Yvelines aussi précis dans sa feuille de route stratégique que dans ses ambitions.

Problème, trouver des financements en France est encore un parcours de combattants... "Il y a un climat de plus en plus favorable pour les levées de fonds pour les startups françaises en Europe, mais c'est encore très limité pour les startups deeptech qui ont besoin de beaucoup de R&D, et c'est un risque mieux financé aux Etats-Unis parce qu'ils ont plus de maîtrise sur les sujets très technologiques", souligne Bruno Mendes da Silva qui s'apprête à annoncer une levée de fonds d'une dizaine de millions d'euros.

"Aujourd'hui, spécifiquement sur la voiture autonome, les investisseurs américains tendent beaucoup plus l'oreille pour suivre les solutions qu'on a développé vis-à-vis des investisseurs français pour qui la voiture autonome reste un sujet extrêmement récent dans lequel ils n'ont pas d'expérience",

Heex va d'ailleurs se rapprocher du pôle de recherche le plus avancé en matière d'autonomie, la Silicon Valley. Bruno Mendes da Silva a annoncé l'ouverture d'un bureau à San Francisco. L'entreprise prévoit une quinzaine de recrutements.

Vers dix ans de recherche encore pour les constructeurs

Côté commercial, Heex est en discussion avec de nombreux acteurs intéressés par la voiture autonome, et pas seulement des constructeurs automobiles. Des groupes de transports publics sont en discussion avec Heex. Car si le rêve d'une voiture 100% autonome est encore loin, il existe de multiples étapes qui nécessitent une intelligence artificielle bien rodée. Les constructeurs automobiles s'apprêtent ainsi à déployer des systèmes d'autonomie de niveau 3 (sur une échelle de 1 à 5, 5 étant l'autonomie complète). Mais s'ils mettent sous le boisseau leurs ambitions sur les deux derniers niveaux, ils gardent évidemment un œil dessus, au moins pour les dix prochaines années. Un œil aiguisé par la technologie Heex parie Bruno Mendes da Silva.

Nabil Bourassi

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Commentaire 1
à écrit le 10/12/2021 à 18:25
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Hexe, en allemand, ca veut dire sorciere; je suis pas sur que ce soit vendeur, sauf a proposer qqch de magique ( mais disons que globalement on met plutot les sorcieres du cote malfaisant)

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