Renault : crise managériale à quelques jours d'un conseil d'administration crucial

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Carlos Ghosn doit résoudre plusieurs problèmes managériaux afin de pérenniser l'Alliance avec les Japonais Nissan et Mitsubishi.
Carlos Ghosn doit résoudre plusieurs problèmes managériaux afin de pérenniser l'Alliance avec les Japonais Nissan et Mitsubishi. (Crédits : Reuters)
Thierry Desmarest aurait quitté ses fonctions d'administrateur indépendant du conseil d'administration du constructeur automobile français, selon Les Echos. Ce départ survient quelques jours avant un conseil d'administration important qui doit acter une très attendue réforme de gouvernance chez Renault, et qui aurait déjà provoqué le départ de Stefan Mueller, l'un des favoris au poste de numéro deux de Renault...

Quelques jours avant un conseil d'administration très attendu sur l'évolution de sa gouvernance, Renault traverse une crise managériale en toute discrétion. En l'espace de quelques jours, la presse a dévoilé plusieurs départs dont celui de Stefan Mueller, directeur délégué à la performance, mais également de Thierry Desmarest, administrateur indépendant de Renault.

L'Etat préférait un Français

Le premier faisait figure de favori, en concurrence avec Thierry Bolloré, directeur délégué à la compétitivité, pour devenir le numéro 2 du groupe automobile français, dont le nomination doit être votée jeudi prochain, la veille de la présentation des résultats financiers du groupe Renault. De son côté, Thierry Desmarest est l'un des capitaines d'industrie les plus respectés et influents de France en vertu de son titre d'ancien PDG de Total. Selon Les Echos, plusieurs administrateurs auraient critiqué l'opacité du processus de nomination du dauphin de Carlos Ghosn, PDG de Renault.

Le nom de Thierry Bolloré était pourtant l'un de ceux les plus fréquemment cités pour succéder au charismatique patron du groupe automobile. De plus, l'Etat français (15% du capital) aurait milité pour que le successeur désigné soit français.

Les entourages des deux protagonistes ont néanmoins tenté de dédramatiser l'enjeu de leur décision. Ainsi, Stefan Mueller aurait décidé de quitter le groupe pour "raisons personnelles", tandis que Thierry Desmarest aurait de toute façon prévu de quitter le conseil d'administration juste après cette réunion, et ce, en dépit de son mandat qui court jusqu'en 2020.

La méthode

Il est également possible que le conseil d'administration ait divergé sur la méthode choisie. Pour l'heure, on ignore quelle forme prendra la nouvelle gouvernance qui sera entérinée cette semaine. Carlos Ghosn se contentera-t-il de nommer un numéro deux. Ou va-t-il se désengager en confiant les manettes opérationnelles de Renault à Thierry Bolloré tout en restant président du conseil d'administration, comme il l'a fait il y a un an chez Nissan? Ce scénario est largement préféré par les marchés comme par le gouvernement français.

L'autre enjeu de la réforme de la gouvernance est de savoir qui sera propulsé successeur de Carlos Ghosn pour diriger l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Carlos Ghosn et Bruno Le Maire, ministre des finances, aurait longuement discuté par téléphone vendredi pour évoquer ces sujets. L'Etat français aurait ainsi exigé une feuille de route plus précise et plus ambitieuse pour l'intégration des différents participants de l'alliance.

L'Etat veut une fusion, pas Carlos Ghosn

Mais cette question épineuse revêt des aspects stratégiques et politiques contradictoires. On sait que l'Etat français pousse pour que Renault prenne le contrôle de l'alliance, tandis que les Japonais veulent un rééquilibrage managérial en leur faveur, conformément à leur taille économique au sein de l'Alliance. De son côté, Carlos Ghosn a toujours expliqué que l'avenir n'était pas dans une fusion mais dans la consolidation de l'alliance, seule à même de préserver les identités de marques et l'indépendance de chaque entité. Carlos Ghosn observe que nombre de fusions ont échoué dans l'industrie automobile en raison de chocs culturels insurmontable. C'est pourquoi, il a œuvré pour poursuivre les partenariats industriels (direction des achats, plateforme commune, partage de R&D...) afin de rendre l'alliance "indétricotable", pour utiliser son néologisme.

Lire aussi: Carlos Ghosn ou les limites du PDG "jupitérien"

Mais pour les marchés, l'alliance doit donner une meilleure visibilité managériale pour garantir sa pérennité, c'est à dire un plan de succession de Carlos Ghosn. Ils estiment que l'alliance repose encore trop sur sa personnalité, et tout l'enjeu est de faire en sorte que l'alliance lui survive. C'est pourquoi certains investisseurs réclament une réforme en profondeur de la gouvernance avec plus de contre-pouvoirs. Le mandat de Carlos Ghosn à la tête de Renault venant à échéance à la prochaine assemblée générale des actionnaires, cette réforme de la gouvernance ne pouvait plus attendre...

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a écrit le 15/02/2018 à 15:55 :
Sur le marche Americain, seul Nissan y est present, et la marque Renault ravive de mauvais souvenirs a de nombreux Americains...Ce serait une erreur enorme de melanger deux images de marque opposees, ce qui aboutirait a ruiner l' image de Nissan aupres des Americains...!
a écrit le 13/02/2018 à 12:48 :
Une fusion dans laquelle l'Etat Français resterait actionnaire est inacceptable pour nos Amis Japonais. Une fusion qui verrait l'Etat Français disparaître totalement de l'actionnariat serait également regrettable. Conclusion : Le Président Ghosn a parfaitement raison de préférer un renforcement de l'Alliance franco-japonaise.
a écrit le 13/02/2018 à 9:13 :
on oublie que c'est Renault qui a racheté et sauver Nissan, dés lors je ne vois pas pourquoi on redonnerai un pouvoir à cette entreprise...
Si Nissan voulait ce pouvoir il fallait rester indépendant et ne pas être racheter....
L'état peut très bien rester actionnaire et ne pas dicter de politique a Renault , cela permet à l'état tous les ans de récupérer des dividendes , par les temps qui court c'est plus tôt pas trop mal et même bien pour le désendettement de la France....
Que l'état s'occupe plus tot des entreprises qui vont mal , on peut fournir une liste....
Quand à la vision de C.Ghosn ce dernier à parfaitement raison, c'est exactement la même chose dans le transport aérien avec AF/KLM il faut garder les marques et surtout ne pas faire de fusion , les changement culturels seront trop importants et on risque le contraire de l'effet escompté.
faire des économies sur les achats , programmes informatiques , gestion du personnel commun , etc...mais il faut laisser les marques renault-nissan-mitsubishi
Réponse de le 13/02/2018 à 10:44 :
Petit détail Renault n'a pas racheté Nissan il a seulement pris une participation , il n'y a pas de consolidation comptable et comme Nissan possède une participation dans Renault on parle de participations croisées .
Réponse de le 13/02/2018 à 12:22 :
Le groupe Nissan détient 15 % du capital du groupe Renault. Inversement, le groupe Renault détient 43,4 % du capital du groupe Nissan.
Daimler AG détient 3,10 % de Nissan.
Renault c'est environ 3,5 millions de véhicules, Nissan plus de 6 millions.
a écrit le 12/02/2018 à 19:40 :
L’État français n'a rien à faire dans les affaires internes de l'entreprise, d'ailleurs il n'y a qu'à jeter un œil sur la gestion de SNCF, EDF....etc, c'est catastrophique !
Tous ces gents ( état français ) ne connaissent rien à l'entreprise....et de surcroit ils donnent des leçons....incroyable !
Carlos Ghosn a toujours expliqué que l'avenir n'était pas dans une fusion mais dans la consolidation de l'alliance !
Cela ne pesage rien de bon pour la pérennité de l'entreprise, celle ci n'a pas besoin de "fonctionnaires"!!!!!
Réponse de le 12/02/2018 à 20:15 :
Quelques énarques à caser, sans doute! Remarquons que le prédécesseur de l'actuel PDG avait fait le bon choix pour lui succéder, et c'était un énarque inspecteur des finances.
Réponse de le 12/02/2018 à 20:45 :
L'heure est à la fusion des grands groupes industriels français pour qu'ils deviennent "hors sol" C'est la vision mondialiste de l'économie qui passe par la destruction des Etats-nation et accessoirement de la démocratie; Ces grands groupes deviennent "apatrides" et ne payent plus d'impôts à qui que ce soit, sauf à quelques paradis fiscaux. Sûr que cela va reduire le chômage, mais peut-être pas en France
Réponse de le 13/02/2018 à 10:46 :
Dans le cas présent le futur n° 2 du groupe n'a jamais été fonctionnaire !!!
a écrit le 12/02/2018 à 19:22 :
Le seul vrai successeur c'est TAVARES , mais il est parti chez PSA ! Too bad pour Renault .
a écrit le 12/02/2018 à 18:11 :
Être payé aussi cher pour faire produire des voitures aussi moches....du gaspillage!
a écrit le 12/02/2018 à 18:10 :
S'il y a "crise" c'est uniquement parce que l'Etat français est encore actionnaire de Renault, où il n'a plus rien à faire depuis longtemps, et qu'il s'imagine en outre avoir la moindre compétence en matière de gestion d'entreprises, malgré les exemples contraires donnés par les entreprises publiques depuis des décennies. Et ce n'est à l'évidence pas Macron qui va enfin nous sortir de ce statut de "dernier pays communiste d'Europe".
Réponse de le 13/02/2018 à 10:55 :
Lecajac , Non Renault n'est pas l'actionnaire majoritaire car il possède moins de 50% du capital de Nissan ( 43%) et par ailleurs Nissan possède 15% du capital de Renault , c'est ce que les spécialistes appellent une participation croisée.
a écrit le 12/02/2018 à 12:13 :
La présence de l'état français dans ce dossier va le rendre à terme très difficile et c'est inquiétant pour l'avenir de l'alliance, les japonnais n'étant pas prêt à voir leur stratégie dictée par des fonctionnaires de Bercy et on les comprend.
Réponse de le 12/02/2018 à 14:20 :
Renault est actionnaire majoritaire de Nissan, suite à une décision extrêmement risquée d'un précédent PDG, L.Schweitzer, ayant pour objectif le sauvetage et redressement d'une entreprise nippone alors moribonde et de fait à ce stade, il semble que cette entrée dans le capital du groupe japonais lui attribue le leadership au sein de l'alliance, sinon à quoi bon...
Sont bien gentils les japonnais mais Avtovaz et Dacia devraient demander leur quote-part de pouvoir décisionnel en ce cas?

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