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Entreprises & FinanceAutomobile

Volkswagen s'implante en Algérie dans un contexte protectionniste très restrictif

Photo de Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

Publié le 28 novembre 2016 à 13:30 - Mis à jour le 28 novembre 2016 à 13:55

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La firme allemande se contentera d'assembler des voitures en Algérie en espérant ainsi contourner les lois extrêmement restrictives du gouvernement en matière d'importations. Celui-ci veut vaincre un déficit commercial important, tout en constituant une filière industrielle sur son territoire. Ses mesures extrêmement brutales pourraient néanmoins pénaliser son économie sans pour autant la doter d'une filière automobile solide...

Et une de plus ! L'Algérie va accueillir une nouvelle usine automobile sur son territoire. Volkswagen vient d'annoncer la signature d'un protocole d'accord avec le gouvernement algérien pour bâtir un site de 100.000 unités sur son territoire, soit quatre fois plus que la capacité de Renault qui est pour l'heure, le seul constructeur automobile installé dans le pays.

"Pour nous, c'est un pas logique vers une hausse de nos ventes en Algérie", a déclaré Josef Baumert, directeur de la logistique et de la production de la marque allemande, qui a signé un protocole d'accord aux côtés d'Abdessellam Bouchouareb, ministre algérien de l'industrie.

Opérationnel dès 2017 ?

Un premier bâtiment devrait être opérationnel dès 2017 sur ce site de 150 hectares à Relizane, à 220 kilomètres à l'ouest d'Alger. Plusieurs modèles sont prévus pour desservir le marché algérien : la Volkswagen Golf, la Seat Ibiza et la Skoda Octavia. Il y aura également le Volkswagen Caddy, stratégique pour attaquer le marché des petites entreprises. Toutes ces voitures seront assemblées, et non pas fabriquées sur place. La marque allemande s'est associée, via une prise de participation, avec la société Sovac, son importateur historique en Algérie pour monter ce projet.

Pour Volkswagen, cette usine doit permettre de percer sur le marché algérien, alors que le gouvernement algérien a décidé de serrer les boulons en matière d'importations automobiles. Lors d'un déplacement public en juin dernier, Abdelmalek Sellal, Premier ministre algérien, a menacé de retirer la licence de distribution à tous les concessionnaires qui vendraient des voitures non produites sur le territoire national, et ce... dès 2017 ! Autrement dit, seul Renault aurait droit de cité puisque pour l'heure, il est le seul constructeur de voitures en Algérie. "C'est cela la feuille de route tracée par le gouvernement afin de renforcer la capacité de production nationale", avait-il lancé, espérant ainsi reconstruire une industrie "hors-hydrocarbures".

Un ultimatum intenable

Pour Sefiane Hasnaoui, cité par le site Le Monde Afrique, président de l'Association des concessionnaires automobiles algériens, l'ultimatum du gouvernement est intenable : "Compte tenu des délais de programmation industrielle incompressibles, nous ne pourrons pas reprendre nos importations avant plusieurs mois. Avec l'épuisement des stocks, les délais d'attente vont continuer de fragiliser nos entreprises avec à la clé, des compressions de personnels, voire des fermetures partielles ou définitives", avait-il réagi après les déclarations du Premier ministre.

En réalité, l'Algérie s'est depuis longtemps lancée dans une stratégie protectionniste en matière automobile. A travers des droits de douanes, puis par des quotas d'importations restrictifs. Certaines concessions se sont ainsi vues attribuer des quotas qui correspondent à 20 fois moins leur volume de vente habituel.

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Il s'agit de limiter les importations automobiles qui coûtent très cher en termes de déficit commercial. Plusieurs milliards de dollars chaque année... En 2012, lors d'un pic à 600.000 voitures, le marché algérien avait accusé un déficit commercial de 7 milliards de dollars. A l'époque, alors que les cours des hydrocarbures dont dépend beaucoup l'économie algérienne étaient au plus haut, ce déficit était facilement absorbé. Mais la chute des cours a contraint le gouvernement algérien à réagir pour réduire ce foyer de pertes qui s'est élevé à près de 14 milliards de dollars en 2015.

Renault avait alors été le premier à répondre présent à Alger, inaugurant une usine dès 2014. Mais le site n'a qu'une capacité d'assemblage de 25.000 unités par an, pouvant être porté à 75.000 à terme. On est loin des 400.000 unités produites à Tanger.

Paradoxe algéro-marocain

Car l'ennui de cette stratégie protectionniste c'est que la production nationale n'est pas destinée à l'export. Ainsi, on retrouve ce paradoxe où le Maroc détient de plus grandes capacités de production malgré un marché automobile beaucoup plus petit (130.000 immatriculations en 2015, année record). C'est d'ailleurs le point d'achoppement des négociations entre le gouvernement algérien et PSA. Le premier souhaitant que le second envisage un site de la même envergure que celui qu'il compte inaugurer au Maroc à horizon 2019 qui sera de 200.000 unités à terme. "Mais nous n'aurons pas besoin d'autant de capacités en Algérie", indique un haut cadre du constructeur automobile français.

De plus, il n'est pas certain que les projets d'implantation des marques soient concluants pour les ambitions industrielles du gouvernement algérien. Pour le moment, les constructeurs se contentent surtout d'installer des capacités d'assemblage, et non pas de construction, qui ne permettent pas de constituer une profondeur industrielle à travers un tissu de fournisseurs et d'équipementiers.

Pour le site d'information Tout sur l'Algérie, l'industrie automobile algérienne n'est pas encore en capacité d'offrir les conditions d'une filière intégrée. "Avec des taux d'intégration faibles et n'atteignant que 40% au bout de plusieurs années, le pari semble risqué. Dans tous les cas, la mise en place d'une industrie automobile sera longue et difficile", écrit le média qui craint que le marché automobile algérien s'effondre en 2017.

Ford et Suzuki sur le départ ?

La presse algérienne s'interroge sur cette stratégie du gouvernement algérien qui risque également de priver le pays d'une concurrence automobile vertueuse. Plusieurs marques seraient sur le point de plier bagage comme Ford ou Suzuki. Hyundaï et Fiat se seraient, en revanche, associés pour tenter de trouver un accord avec un acteur local (Tahkout) pour s'implanter industriellement dans le pays et ainsi maintenir leur présence. Nissan serait également en discussion avec les autorités du pays.

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Renault et Volkswagen eux-mêmes risquent d'être pénalisés puisqu'ils subiront également des quotas sur les modèles qu'ils n'assemblent pas sur place. Ils le seront d'autant plus si le marché automobile algérien se casse les dents à force de restrictions...

Nabil Bourassi

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