Le Nigéria, futur géant mondial de l'automobile ?

Une étude du cabinet PwC met en exergue le potentiel du Nigéria, pays de plus de 170 millions d'habitants, dans la construction automobile. Mais en l'absence de tissu de fournisseurs, les grands groupes mondiaux ont du mal à franchir le pas de la construction et se contentent pour le moment d'assembler des voitures sur de petits volumes.
Nabil Bourassi

4 mn

Muhammadu Buhari, le président nigérian, veut encourager l'émergence d'une véritable industrie automobile sur son sol.
Muhammadu Buhari, le président nigérian, veut encourager l'émergence d'une véritable industrie automobile sur son sol. (Crédits : REUTERS)

Le Nigéria est bien parti pour devenir un incontournable pays émergent en matière automobile au 21e siècle. D'après une étude du cabinet d'audit PwC, ce pays pourrait devenir la première puissance automobile d'Afrique. Plus encore, il a le potentiel pour devenir un hub de portée mondiale pour l'industrie automobile.

Avec environ 170 millions d'habitants aujourd'hui, c'est déjà le pays le plus peuplé d'Afrique. Mais son impressionnante progression démographique devrait, d'ici à 2050, l'amener à la troisième place mondiale, avec quelque 440 millions d'habitants. PwC estime que le Nigéria pourrait enregistrer une croissance moyenne comprise entre 4,5% et 5,5% à horizon 2050. Cette croissance économique va encore accélérer l'émergence d'une nouvelle classe moyenne -laquelle a déjà été multipliée par 6 depuis l'an 2000-, et donc offrir des débouchés pour des voitures neuves.

Seulement 10.000 voitures assemblées sur place

Pour les constructeurs automobiles, c'est un véritable Eldorado. En 2015, il ne s'est vendu que 50.000 voitures neuves au Nigéria, à comparer avec les 2 millions de voitures du seul marché français, sur un territoire pourtant trois fois moins peuplé... Mais même à ce niveau, le pays n'est pas capable de répondre à sa demande intérieure puisque la production nationale ne dépasse pas les 10.000 voitures, d'où un déficit commercial de près de 3,4 milliards de dollars sur la seule partie automobile.

Pour PwC, le gouvernement nigérian s'est pourtant impliqué pour ancrer ce potentiel industriel majeur. Il a développé des filières de fabrication locales, d'assemblage mais aussi de pièces détachées. Il s'agit d'une étape décisive pour attirer des investissements industriels plus importants. En effet, la constitution d'un tissu de sous-traitants est considérée comme un préalable avant qu'un constructeur ne décide de s'implanter industriellement dans un pays. Pour le Nigéria, tout l'enjeu est là.

D'importantes taxes à l'import

Pour accélérer les choses, le gouvernement nigérian a imposé des taxes prohibitives à l'import. Depuis juillet 2014, elles atteignent quasiment 70% du prix d'achat d'une voiture. Dès lors, les constructeurs n'ont plus le choix et doivent investir dans le pays s'ils veulent accéder à ce marché potentiellement gigantesque.

Mais en attendant que celui-ci atteigne la taille critique, les marques investissent timidement. Ainsi, Honda a inauguré en juillet 2015 sa première usine africaine au Nigéria, d'une capacité de... 1.000 voitures par an ! Idem du côté de PSA qui a relancé l'assemblage de son usine, mais pour des volumes très réduits... Enfin, Volkswagen a réactivé son site d'assemblage de Passat.

Carlos Ghosn a parfaitement résumé cette stratégie :

"Puisqu'on est incapable de fixer une date de décollage, ce que nous faisons, c'est de positionner nos marques, pour être prêt le moment venu. Cela passe notamment par l'implantation d'usines d'assemblage pour des grands pays comme le Nigeria, où Nissan compte déjà une implantation industrielle, et où Renault s'apprête à en installer une", avait déclaré le patron de la marque automobile française en janvier 2015.

La concurrence des autres pays africains

En clair, l'industrie automobile nigériane est encore embryonnaire puisqu'elle ne dispose pas de réels sites de construction mais seulement d'assemblage, ce qui prive le pays de ce fameux tissu de fournisseurs. Et Abuja, capitale du pays, réalise qu'elle doit accélérer car d'autres pays nourrissent de grandes ambitions.

Ainsi, l'indien Tata (qui possède également Jaguar et Land Rover) a décidé de s'installer au Kenya quand BMW a jeté son dévolu sur l'Afrique du Sud. Il y a également le Maroc qui a pris une longueur d'avance face au Nigéria, notamment sur son ambition de devenir un "hub" de l'industrie automobile. Avec ses 34 millions d'habitants, le Maroc n'offre certes pas la dynamique démographique du Nigéria -ni la demande qui va avec-, mais le pays a tout misé sur l'export avec l'usine géante de Renault à Tanger (400.000 voitures par an) et celle à venir de PSA à Kénitra (120.000 véhicules/an).

Terrorisme, pétrole, monnaie... les autres problèmes du Nigéria

Mais le Nigéria doit également affronter d'autres problèmes qui vont au-delà des considérations industrielles. Rappelons que le pays reste encore en proie à d'importants troubles géopolitiques et religieux avec les exactions du groupe armé d'obédience islamiste Boko Haram. Le pays a aussi été fortement impacté par la chute des cours du pétrole. Si le pays dispose d'un faible taux d'endettement public (20% en 2015), l'Etat nigérian tire toutefois 75% de ses revenus fiscaux de la manne pétrolière. Selon la Coface, la croissance du PIB est passée de 6,3% en 2014 à 2,7% en 2015, et pourrait tomber à 1,5% en 2016.

Dans sa note, la Coface observe que les industriels font face à une incertitude sur les importations de produits compte tenu de la volatilité des changes, d'autant que les autorités monétaires locales jouent sur la baisse du naira, la devise nigériane, ce qui pourrait encore augmenter le coût des importations.

Les perspectives pour l'industrie automobile nigériane sont ainsi très séduisantes sur le papier, mais en pratique, elles risquent de s'inscrire sur du très long terme, ce qui fait dire à Carlos Ghosn : "Le marché nigérian va décoller, c'est inéluctable, mais nous ignorons quand."

Nabil Bourassi

4 mn

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Commentaires 7
à écrit le 01/08/2016 à 9:52
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C EST VRAIS QUE LE CONTINENT AFRICAIN MANQUE D INFRATRUTURES POUR SE DEVELOPEZ?Y CONTRUIRE DES VOITURE S IL N Y A DE ROUTE C EST RIDICULE ET IDIOT? DANS CERTAIN PAYS IL Y MANQUE NON SEULEMENTS DES ROUTES MAIS LA MISSE EN ELECTRIFICATION ET LA FORMAT...

à écrit le 30/07/2016 à 8:44
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...c'est basé ( l'article ) sur un rapport de PwC ..., or dans PwC , il y a wC !

à écrit le 29/07/2016 à 18:03
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L'article semble être très séduisant sur les perspectives de croissance du secteur automobile au Nigeria. Arguments fondes principalement sur la croissance démographique. Vivant au Nigeria, je me permets rappeler une chose fondamentale: pour que les...

à écrit le 29/07/2016 à 16:29
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Pour évaluer le Nigéria faites le test : Tenter de passer une semaine de façon totalement autonome et indépendante dans la capitale. Cela vous donnera un aperçu du Nigéria réel et authentique. Il est probable que les auteurs du rapport PwC ne conna...

à écrit le 29/07/2016 à 10:31
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N'importe quoi! Avec l'instabilité politique et l'insécurité de ce pays, ça m'étonnerait que le Nigeria devienne un géant automobile. Les industriels ont besoin d'un minimum de stabilité pour s'installer.

à écrit le 29/07/2016 à 10:30
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Le nombre d'habitant n'est pas le plus important dans le choix d'implantation d'une usine. Il faut un réseau routier digne de ce nom, une stabilité politique, peu de corruption, des ouvriers un minimum qualifié et réalisant un tvl digne de ce nom et ...

à écrit le 29/07/2016 à 8:57
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Bah si le Nigéria n'a pas sa propre marque se faire envahir par les multinationales de l'automobile déjà existantes, qui comme nous le savons sont d'une honnêteté sans faille, n'est certainement pas une bonne nouvelle. Les véhicules simples et pe...

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