Comment acculturer les propriétaires à la colocation ?

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La colocation a-t-elle de l'avenir en France?
La colocation a-t-elle de l'avenir en France?
La demande de colocation est bien présente en France. Mais les propriétaires bailleurs rechignent encore à proposer des logements en colocation. Ce serait pourtant plus rentable pour eux.

Si elle ne peut pas être la seule réponse à la crise du logement, la colocation reste un moyen de détendre les marchés locatifs où le coût pour se loger est trop élevé par rapport aux revenus des ménages. Cependant, dans les zones tendues, les propriétaires sont souvent récalcitrants à louer en colocation.

Selon deux sondages réalisés, l'un début mars par le groupe De particulier à particulier, l'autre par Weroom, ils ne sont que 3 sur 10 pour le premier, et 4 sur 10 pour le second à envisager de louer à des colocataires. La crainte d'avoir comme locataires des jeunes, souvent des étudiants estimés trop bruyants, reste très présente dans l'esprit des propriétaires bailleurs.

Le profil du colocataire type a évolué avec la conjoncture économique

Pourtant, le public qui demande à être logé en colocation a évolué ces dernières années. Car la forte croissance des prix des logements dans les grandes villes a poussé davantage de jeunes salariés à se tourner vers cette solution, plus économique.

Ce phénomène s'est même étendu aux mères divorcées, ainsi qu'aux personnes âgées vivant seules. Weroom estime ainsi à entre 1 et 2 millions le nombre de colocataires en France.

Thomas Villeneuve, fondateur de la start-up Weroom, une plateforme de mise en relation entre propriétaires bailleurs et colocataires, explique:

"Les propriétaires bailleurs doivent comprendre que ce n'est plus un risque de louer son logement en colocation."

"Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les agents immobiliers s'intéressent de plus en plus à la colocation. Ce marché dépasse largement le cliché des colocations d'étudiants bruyants", ajoute-t-il.

Un investissement plus rentable

Il serait même plus rentable pour un propriétaire de louer en colocation.

"En zone tendue, le loyer global d'une colocation est en général de 15 à 20% plus cher que lorsqu'on loue à un seul ménage", constate Thomas Villeneuve.

"Louer les chambres séparément permet d'accroître le loyer global et donc la rentabilité de l'investissement", fait-il remarquer.

Un cadre juridique mieux défini depuis mars 2014

La colocation a aussi pu souffrir par le passé d'un cadre juridique mal défini. Ce à quoi la loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (Alur), adoptée le 26 mars 2014, a voulu remédier, donnant une définition juridique et un cadre réglementaire à la colocation.

Des mesures qui, comme l'expliquait à l'AFP le président de la Fnaim, Jean-François Buet, n'ont cependant pas levé les freins culturels à la colocation en France :

"Il y a clairement un potentiel pour la colocation. Mais il est limité. On a aussi une population qui vieillit et des propriétaires qui ont envie d'être rassurés", estime-t-il.

Au Royaume-Uni, la colocation, ça fonctionne

Dès lors, il est intéressant de se pencher sur ce qui fonctionne à l'étranger en matière de colocation. Ainsi, au Royaume-Uni, qui accueille le tiers des colocataires en Europe - environ 5 millions sur un total de 15 millions, selon Weroom - les bailleurs sont davantage conscients de l'aspect rentable de la colocation. Pour des entreprises, comme Weroom, qui souhaitent se développer sur ce créneau, il est beaucoup plus simple de convaincre un propriétaire britannique qu'un propriétaire français.

Sur le territoire du Grand Londres, notamment, les propriétaires savent pertinemment qu'ils ne trouveront pas de locataires individuels avec des revenus suffisants pour assumer le niveau très élevé des loyers.

"Ils ont bien intégré que la colocation permet de mieux rentabiliser leur investissement, car ils peuvent louer plus cher", explique Thomas Villeneuve.

En outre, au Royaume-Uni, "tout ménage qui met en location une chambre vacante dans son logement bénéficie d'un crédit d'impôt", rapportait à l'AFP Karim Goudiaby, Pdg du site internet Appartager.com.

Preuve que le marché de la colocation au Royaume-Uni est bien plus mature qu'en France.

Là où les loyers sont bas, comme à Berlin, la demande est moins forte

En Allemagne, en revanche, le marché peine à se développer. Les villes où la demande est la plus présente sont celles où les prix à la location sont les plus élevés et où l'activité économique est forte (Munich, Frankfort, Stuttgart). Plus surprenant, à Berlin, où les loyers sont bas, la demande est moins forte, malgré un mode de vie à la réputation plus communautaire.

"Le seul "lifestyle" ne peut pas suffire pour créer un marché. La colocation se développe en priorité dans les villes où il y a de vraies problématiques économiques pour se loger", constate Thomas Villeneuve.

"Ensuite, pour que le marché explose, il faut effectivement que la colocation soit associée à un mode de vie propre à une ville", ajoute-t-il.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2015 à 6:59 :
La taille des logements est en cause. Le grand Londres inclut ce que nous appelons la grande banlieue, donc davantage de maisons avec 3 ou 4 chambres, plus faciles à partager que les 2 pièces
La surpopulation est un facteur de dégradation
a écrit le 23/04/2015 à 14:50 :
Preuve que le marché de la colocation au Royaume-Uni est bien plus mature qu'en France. Les anglais sont pragmatiques. Ce n'est pas difficile le français proprio est trop timoré. Un locataire c'est dangereux (impayé.……) mais 2 voire plus n'y pensez pas.
Réponse de le 24/04/2015 à 6:49 :
@quick : incroyable le nombre de bêtises qu on peut lire ..Si le droit français protège avant tout le locataire le droit britannique protège avant tout le propriétaire et a comme conséquence qu un propriétaire prefere non pas la rentabilité mais la "solvabilité" des locataires .
a écrit le 23/04/2015 à 11:42 :
C'est bien plus rentable pour le propriétaire. Et dans les villes où existe une forte densité d'étudiants la demande est soutenue. Par ailleurs, la part des loyers devient de plus en plus importante pour les tout petits revenus. La aussi, la colocation (par exemple, entre plusieurs jeunes actifs dans enfant) au sein d'un même logement serait une solution. Mon fils partage une tri-location (trois colocataires) dans un bel appartement en région parisienne : des avantages pour les jeunes (appart bien situé, lumineux, près des transports publics, et loyer divisé par trois) et le proprio : le loyer qu'il demande est un peu plus cher, mais reste encore correct. Et les impôts (TH) sont aussi divisés par trois. Tout le monde y trouve son compte.
a écrit le 23/04/2015 à 11:07 :
Pourquoi les HLM ne proposent pas la colocation ? De nombreux logements de 3 à 5 pièces ne sont occupés que par une personne âgée seule

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