Hidalgo défie l’État sur l’accessibilité du logement social neuf

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La ville de Paris veut maintenir l'objectif de 100% de logements sociaux accessibles.
La ville de Paris veut maintenir l'objectif de 100% de logements sociaux accessibles. (Crédits : © Youssef Boudlal / Reuters)
Au lendemain de l’adoption de la loi Élan à l’Assemblée nationale qui abaisse à 10% le seuil de logements accessibles dans le neuf, la maire (PS) de la capitale Anne Hidalgo, a annoncé que les futurs habitats sociaux demeureraient accessibles aux personnes en situation de handicap.

Anne Hidalgo ne perd jamais une occasion d'interpeller le gouvernement d'Édouard Philippe quand il s'agit de questions sociales. Dans une lettre adressée aux bailleurs municipaux le 13 juin, la maire (PS) de Paris a fait savoir que « Paris maintiendr[ait] son objectif de 100% de logements sociaux neufs accessibles ».

« La solidarité et la fraternité sont des valeurs cardinales, poursuit l'édile, elles s'expriment par un service public municipal de qualité, notamment en faveur des familles et de l'éducation, mais aussi par notre capacité à permettre à chaque citoyen d'accéder à un logement adapté à ses besoins. »

34% de logements sociaux accessibles à Paris

En effet, l'avant-veille, les députés de l'Assemblée nationale ont adopté le projet de loi Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Élan), dont l'une des mesures, critiquée par les associations de personnes en situation de handicap, fait passer de 100% à 10% de logements accessibles dans la construction neuve.
Adjoint (PCF) au logement, à l'habitat durable et à l'hébergement d'urgence, Ian Brossat, contacté par La Tribune, assume une telle politique localisée :

« Notre parc social est relativement ancien. Seuls 34% de ces logements sont accessibles aux personnes en situation de handicap. Le rattrapage de l'accessibilité passe d'abord par le neuf qui nous permet de rattraper la non-accession du stock. »

L'élu assure qu'il ne contrevient pas à la loi en agissant ainsi.

« Le texte ne fait qu'imposer un minimum de 10%, se défend Ian Brossat, et nous avons décidé d'aller plus loin. Le gouvernement fait une erreur historique mais cela ne changera rien pour nous. Bien sûr, si nous pouvons l'imposer aux bailleurs sociaux, nous ne pouvons pas agir ainsi avec les promoteurs du parc privé. »

"Aucune garantie que les travaux soient réalisés"

Les 90% de logements neufs restants devront être évolutifs, c'est-à-dire accessibles grâce à des travaux simples, comme des décalages de cloisons. La majorité présidentielle comme les promoteurs-constructeurs promettent d'ailleurs que les outils techniques existent déjà pour le faire.

La secrétaire d'État Sophie Cluzel a, en outre, annoncé le 4 juin dernier la publication, très prochainement, d'un décret visant à « préparer » cette transition. En revanche, l'adjoint d'Anne Hidalgo se méfie d'un tel discours au regard des « difficultés actuelles que rencontrent les bailleurs ».

La baisse des APL de cinq euros par bénéficiaire, inscrite dans le projet de loi finances 2018, a effectivement eu une conséquence directe sur le budget de fonctionnement des organismes HLM. « Nous n'avons aucune garantie que ces travaux soient réalisés. Aussi, autant faire en sorte qu'ils le soient dès le départ », assène Ian Brossat.
La Ville détaillera l'ensemble des actions prises en faveur des personnes en situation de handicap lors du Conseil de Paris de juillet.

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Commentaires
a écrit le 16/06/2018 à 1:30 :
Ne pas oublier que les machine tombent en panne. Il faut compter 2 mois pour changer un ascenseur si prévu. Sinon, c'est 18 mois pour penser et réaliser le projet. Que fait une personne en fauteuil roulant ?
a écrit le 15/06/2018 à 9:34 :
C'est amusant (ou à pleurer): Paris réserve maintenant ses logements sociaux prioritairement aux fonctionnaires de la ville, qui dans leur immense majorité ne sont pas handicapés. On aura donc un taux très faible handicapés dans les immeubles qui seront les mieux pourvus....
a écrit le 15/06/2018 à 7:58 :
Service de qualité ???
Paris est une ville dégueulasse , le Vélib ne fonctionna pas , les fonctionnaires municipaux ne bossent pas et sont super payés grâce à nos impôts !!!
vivement 2020 qu'on la vire !!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 14/06/2018 à 19:24 :
Faire 100 % de logements neufs accessibles pour compenser les vieux immeubles non accessibles, c'est de la bêtise. Veut-on construire des ghettos pour handicapés pour que tous habitent au même endroit ? Est-il judicieux de proposer des équipements accessibles dans des immeubles aux étages supérieurs ? Le jour où un malheureux qui a des prothèses pour se déplacer ou un fauteuil roulant habitera au 10ième étage et que son ascenseur sera en panne pour une ou deux semaines, il se débrouillera comment ? Il aurait été plus normal de demander à ce que les étages jusqu'au deuxième maximum soient équipés. Au delà, c'est comme dit Garlaban se croire un pays si riche qu'il peut prévoir partout les solutions les plus coûteuses pour le cas où elles auraient une utilité. En tout cas, d'après ce que j'ai compris le résultat de ces normes pour 100 % des logements a été la multiplication des duplex dans les nouveaux immeubles...
Réponse de le 14/06/2018 à 23:06 :
Le renouvellement du parc immobilier français est très lent (1% par an), et même à 100% de logements neufs aux normes, on manquera cruellement de logements adaptés sachant que la population vieillit beaucoup plus rapidement que l'on construit.

Le ghetto d'handicapés, c'est la France dans 15 ans, avec 25% de la population ayant plus de 75 ans, et qu'on ne pourra pas accueillir en EHPAD faute de places.
a écrit le 14/06/2018 à 18:27 :
bien vu garlaban, le handicap ce n 'est pas que le logement c ' est aussi la préservation de l ' autonomie sociale, économique, relationelle...nos énarques-députés ont ils demandé l ' avis des assos et des concernés pour élargie leur esprit?
apparemment pas , on trouve les mêmes travers qu' à la sncf :ils sont aussi aussi" bornés" que les cheminots
a écrit le 14/06/2018 à 17:36 :
Le problème c'est pour la vie sociale des personnes qui souffrent d'un handicap. il faut que tous les logements soient accesssibles. Pour aller diner chez la famille, chez des amis...
Réponse de le 14/06/2018 à 18:58 :
Votre argument semble intéressant. Mais faut-il pour que quelques personnes en fauteuil roulant puissent vivre une vie sociale comme les autres que les autres soient tous pénalisés en perdant de précieux mètres carrés et en surenchérissant leur logement ?
La vie est dure pour tout le monde. Les handicapés ont leurs soucis, les autres en ont d'autres, parfois aussi importants ou graves. Il faut arrêter de faire croire aux gens qu'il est possible avec l'égalité des droits, d'un coup de baguette magique d'effacer les différences. Certains handicaps empêchent de vivre comme "les autres" (quels autres d'ailleurs ? parce que les solitaires sans handicaps n'ont pas davantage de vie sociale bien remplie qu'une personne en fauteuil roulant par exemple), c'est ainsi et il faut l'accepter au lieu de rêver de vivre comme le prince charmant et sa princesse.
Il me semble qu'il est tout aussi possible d'avoir de l'imagination lorsqu'on a la chance d'être bien entouré. Celui qui ne peut se déplacer peut recevoir les autres plus souvent à charge pour eux d'organiser et régler les repas, chacun leur tour... Il est possible de demander aux municipalités d'avoir plus de salles à louer pour se recevoir entre amis... et que ces salles communes (ce qui est probablement déjà le cas soient, elles, toutes accessibles aux handicapés et leur soient loués moins cher...).
C'est ce que font les jeunes qui ont le même souci de réception, ils se reçoivent chez ceux d'entre-eux qui ont l'appart le plus grand ou ils louent des salles pour organiser leurs soirées entre amis.

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