Le BTP se convertit à son tour à la révolution numérique et énergétique

 |   |  867  mots
Les promoteurs et cimentiers se doivent de prendre en compte en amont et en aval les transitions énergétique et numérique.
Les promoteurs et cimentiers se doivent de prendre en compte en amont et en aval les transitions énergétique et numérique. (Crédits : Ralph Orlowski)
Les 3 et 4 juillet 2018, les promoteurs immobiliers, réunis par le réseau RICS, et les cimentiers, rassemblés par le laboratoire Cement Lab, ont « pitché » sur les révolutions énergétiques et numériques désormais indispensables dans la conduite de leurs métiers.

0,002 %. C'est le pourcentage de l'investissement dans la recherche et le développement dans le domaine de l'immobilier. Pendant longtemps, les professionnels ont considéré que leur métier consistait à trouver un terrain et à obtenir le permis de construire avant de s'associer avec des constructeurs et de livrer le produit fini. Désormais, cette époque est terminée. Qu'ils soient promoteurs ou cimentiers, ils se doivent de prendre en compte en amont et en aval les transitions énergétique et numérique qui révolutionnent leurs activités.

La donnée, longtemps collectée, est désormais utilisée

Les acteurs s'organisent en effet pour prendre ce virage à bras-le-corps. Le 26 juin dernier, Certivéa et la Smart building alliance (SBA), remarquant que « les promoteurs et les foncières ont saisi l'importance des critères du smart dans la valorisation de leurs biens », ont lancé le label « Ready-to-service ». Selon le président de la SBA, Emmanuel François, il s'agit, ni plus ni moins, d'« un cadre de référence définissant l'ouverture des données » et d'« une clé d'équipement des infrastructures soit dans l'ancien soit dans le neuf ».

« La donnée, l'immobilier en a collecté pendant des années, relève aussi Robin Rivaton directeur général de Real Estech. Des entreprises sont désormais capables de les traiter pour une gestion au quotidien ». « L'immobilier est traversé par le digital, confirme le pdg de Sogeprom Eric Groven, la façon dont on construit les bâtiments et on conçoit la ville va profondément changer ».

Les organismes de formation s'adaptent donc aux exigences du marché. Intervenant devant le réseau des professionnels de l'immobilier RICS le 3 juillet, Sophie Mougard, directrice de l'Ecole des Ponts, s'est dite « au service des acteurs économiques » et de « tous ceux qui vont concevoir et gérer une ville intelligente et connectée, une ville durable ».

« Tout est absolument ouvert : les données sont dans le cloud. Il va falloir concevoir des plateformes flexibles, plaide l'opérateur de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Jean-Charles Viard d'Ivanhoé Cambridge, la technologie devient un pilier comme la structure. La difficulté consiste à insérer les bonnes technologies et à trouver les bons opérateurs ».

Rester connecté

« Pitchant » au Cement Lab le 4 juillet, initiative du Syndicat français de l'industrie cimentière pour traiter ces sujets, Matthias Sicard, de la société norvégienne Disruptive Technologies, installe, lui, des capteurs de température dans les armoires électriques, disjoncteurs et transformateurs connectés à un nuage afin de faciliter leur intégration quel que soit le site  :

« Nous avons une plateforme cloud ouverte avec un générateur de données, mais nous ne faisons pas de traitement. Chaque capteur a un identifiant unique spécifique pour chaque client, et tout est doublement encrypté dans le capteur avant le cloud. C'est du stockage intermédiaire [avant que le client ne récupère ses données, ndlr]. »

Chez Strains, toutes les parties prenantes d'un projet peuvent accéder via une plateforme sécurisée à une modélisation 3D des ouvrages d'art pour vérifier si tout est aux normes et ce afin de réduire les coûts de déconstruction-reconstruction. Idem avec Bulldozair qui, via une une application smartphone et tablette, permet au maître d'œuvre resté au bureau et au chef de chantier de s'échanger plans, photos ou reportings accessibles même hors connexion.

L'IA et le BIM sont déjà là

Même les assureurs s'adaptent à cette tendance lourde. Chez Allianz Real Estate, Sébastien Chemouny a également adopté les capteurs pour « constituer du big data et apporter du confort, de la maintenance et de la sécurité », ainsi que la maquette numérique (BIM), pour « suivre l'immeuble de sa conception à sa vente ».
Pareil chez Covivio (ex-Foncière des Régions) où son directeur du développement durable, Jean-Éric Fournier, utilise le BIM pour « mieux construire et mieux gérer ». Selon le cabinet de conseils Sia Partners, dont La Tribune s'est procuré les données en avant-première, d'ici à la généralisation du BIM dans le neuf en 2022, 220.000 emplois gagnent déjà en qualification et 2.500 sont en passe d'être créés.

Parallèlement à la donnée et à la maquette numérique, l'intelligence artificielle (IA) s'invite chaque jour davantage dans les processus de décision. L'investisseuse Tania Bontemps, présidente d'Union Investment Real Estate France, l'érige même en « grand chantier en cours », considérant que le « machine learning », l'apprentissage par la machine, va lui permettre de créer une « grande » base de données utiles et disponibles. La jeune pousse Dataswati utilise, elle, l'IA pour la météo et l'humidité des briques après séchage.

« On est à la croisée des chemins et nous souhaitons collaborer avec les startups, considère Laury Barnes, directrice de la R&D chez le cimentier Vicat, nous ne sommes plus dans un système linéaire mais dans un système neural (relatif au nerf, ndlr). Cette nouvelle organisation demande plus de connexions et de réactivité ».

Sans oublier de l'innovation en interne ainsi que de l'interactivité permanente entre petits et grands entrepreneurs.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/07/2018 à 9:09 :
Oui ben ya du pain sur la planche !

Production de déchets d'un habitant par an: 400kg
Production de déchets l'industrie par habitant par an: 14 tonnes.

ET c'est le secteur du btp le plus "productif" en la matière...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :