Le mulhousien Rector Lesage veut produire des préfabriqués en béton décarboné

SERIE D'ÉTÉ. SAGAS D'ENTREPRISES FAMILIALES DANS LE GRAND-EST (3/4). Grâce à un procédé innovant de fabrication de poutrelles en béton précontraint, l'entreprise mulhousienne Rector Lesage prospère sur le marché français. Elle accueille sa cinquième génération d'actionnaires, qui devront se préoccuper d'enjeux environnementaux.

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Les signatures de contrats sont reparties à la hausse de 25 % mi-2020, a observé Rémi Lesage, président de Rector Lesage à Mulhouse.
"Les signatures de contrats sont reparties à la hausse de 25 % mi-2020", a observé Rémi Lesage, président de Rector Lesage à Mulhouse. (Crédits : Olivier Mirguet)

Quel peut être l'avenir de la construction béton face aux contraintes environnementales ou réglementaires imposées aux bâtiments neufs ? Chez Rector Lesage, à Mulhouse, la décarbonation apparaît comme la bataille de la génération à venir. "Le béton coûte cher en carbone parce que le calcaire et l'argile qui le constituent doivent être chauffés à 1.200 degrés", explique Rémi Lesage, président de cette entreprise familiale de 1.200 salariés, représentant de la quatrième génération de dirigeants. "Le béton est aussi vertueux", rappelle-t-il. "Il demeure généralement un produit local. Une poutrelle ne voyage jamais sur 300 kilomètres, cela n'aurait aucun sens économique", explique-t-il.

Pas question, pour la famille Lesage, d'abandonner son matériau favori. L'origine de la saga industrielle de cette famille alsacienne remonte au milieu du XIXe siècle, quand l'aïeul Pierre-François Lesage invente un procédé de vidange des eaux usées, apprend à valoriser les matières sous forme d'engrais et fait fortune. Son fils Oscar crée une tuilerie-briqueterie à Mulhouse en 1897. Ses enfants reconstruiront l'entreprise détruite après la guerre. Le tournant essentiel intervient à la fin des années 1950, avec le dépôt d'un brevet sur la conception des poutrelles précontraintes rectilignes. Depuis 1985, le groupe s'est désengagé de l'activité terre cuite pour se consacrer au béton.

Alléger les murs en béton

Rector Lesage a établi un réseau de 18 usines, dont deux en Pologne et deux en Belgique. L'entreprise a développé de nouvelles techniques de construction rapide, telles que les planchers ou les prémurs préfabriqués qui permettent de s'affranchir du coffrage intégral. L'enjeu environnemental a conduit les équipes de recherche et développement à inventer de nouveaux accessoires tel que le Rectoplast, un plastique coffrant en polypropylène recyclé, mais aussi à tenter de réduire le poids des prémurs en béton en employant de nouvelles méthodes. "Celui des versions bas carbone va passer de 40 kilos par mètre carré à 20 kilos par mètre carré", annonce Rémi Lesage. La concurrence de la construction bois n'est pas perçue comme un obstacle. "Le bois aura besoin du béton pour assurer une bonne isolation thermique du bâtiment, et le béton aura besoin du bois pour atteindre sa neutralité carbone en 2050", assure Rémi Lesage.

Cette stratégie d'innovation s'avère pour l'instant payante. Malgré la crise sanitaire qui a bloqué les chantiers dans le bâtiment au printemps 2020, l'entreprise a réalisé l'année dernière ses meilleures ventes historiques de poutrelles, terminant l'exercice sur un chiffre d'affaires de 240 millions d'euros. "La conjoncture est étonnamment bonne", observe Rémi Lesage. "Nous avons cru que le sursaut des commandes ne serait qu'un effet de rattrapage en milieu d'année, mais nos signatures de contrats sont bien reparties à la hausse de 25 %", constate-t-il.

Pas de directeur général familial

Depuis 1994, Rémi Lesage concentre son attention sur le pilotage stratégique de son entreprise. les trois derniers directeurs généraux ont été recrutés en externe. Ronan Blanchard est le dernier directeur arrivé en mars 2020. "Rector intervient sur deux types de marchés : la maison individuelle et le segment des entreprises", rappelle ce dernier, choisi pour développer l'ensemble des activités sur des marchés emblématiques. "Nous allons partir sur la construction du village des Jeux Olympiques de Paris avec nos pré-dalles bas carbone. Nous aurons aussi des poutres en lamellé-collé sur lesquelles nos planchers seront posés", annonce-t-il. "La mission de notre directeur général va consister à faire croître la valeur de l'entreprise aussi vite que le nombre d'actionnaires. Soit deux fois et demie en une génération", lui a indiqué Rémi Lesage, sur un ton à moitié sérieux.

Le dirigeant a dénombré 120 descendants de ses arrière-grand-parents, soit autant d'actionnaires. Et martèle sa volonté d'intégrer la prochaine génération dans l'entreprise. "On incite les jeunes à connaître la famille, ils peuvent effectuer leurs stages d'études ou des stages ouvriers", propose-t-il. "A 64 ans, je suis l'animateur, la clé de voûte. Une clé de voûte ne travaille pas. Ce sont les nervures qui travaillent", explique-t-il dans un syllogisme rappelant les lois de l'architecture. Dans la tradition du capitalisme rhénan, Rémi Lesage a appris à travailler sans les banques. "Nous menons une politique prudente en termes d'emprunts. Nous avons gardé le souvenir d'une crise sévère au début des années 1990, où nous étions très endettés. Je me suis juré de ne plus jamais dépendre des banques. Aujourd'hui, endettement net est positif", a-t-il calculé. Rector Lesage, qui vient d'investir 20 millions d'euros dans son usine à Toulouse et 12 millions d'euros en Pologne, a dégagé l'année dernière un résultat net de 10 millions d'euros. Satisfaisant pour une année de crise.

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Commentaire 1
à écrit le 19/08/2021 à 11:05
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Le béton est un très mauvais matériau en terme d'isolation en comparaison du bois, de la brique, de la pierre, voire du torchis. Mais on continue à l'utiliser à fond pour la construction, tout en pleurnichant qu'il faut sauver la planète en économis...

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