Biotech : ce qu'il faut faire et ne pas faire pour s'introduire au Nasdaq

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Une poignée de biotechs française se sont introduite au Nasdaq, dont Erytech en novembre.
Une poignée de biotechs française se sont introduite au Nasdaq, dont Erytech en novembre. (Crédits : DR)
Embauche d'une équipe élargie pour préparer l'introduction en Bourse, vision concrète du marché, anticipation des coûts... Si une cotation en Bourse aux Etats-Unis fait rêver les biotechs, l'opération n'est pas un parcours de santé.

Profondeur du marché, possibilité de lever des sommes beaucoup plus importants qu'en Europe... Une introduction en Bourse aux États-Unis est pour de nombreuses biotech françaises le Graal pour financer des produits en phase avancés, voire les commercialiser soi-même comme compte le faire DBV Technologies.

Quels sont les écueils à éviter et les bons réflexes à adopter pour réussir une telle opération ? Plusieurs analystes et un représentant d'une biotech française ont tenté de répondre à cette question lors d'une conférence organise par France Biotech, mercredi 15 novembre.

Trouver l'équilibre entre les hedge funds et investisseurs à long terme

Miser uniquement sur un ou deux gros investisseurs est un piège qui peut fermer des portes.

"Il y a un marché à 33 milliards de dollars pour un nombre d'investisseurs réduit", explique un analyste de Morgan Stanley. Et "ces derniers se parlent. Il faut donc essayer parler au marché dans son ensemble".

"Il faut trouver le juste équilibre entre des investisseurs sur le long terme et des hedge funds (fonds d'investissement spéculatifs, NDLR)", fait-il également valoir.

Les investisseurs sur le long terme "seront plus lents à répondre aux attentes" des biotech et des fabricants de dispositifs médicaux. Toutefois, ces derniers "développent des expertises poussées dans le secteur de la santé", et peuvent donc donner une crédibilité à la société, en plus de l'accompagner sur le long terme, juge-t-il. Les hedge funds, sont quant à eux plus "réactifs", mais sont alléchés par "les nombreuses fusions-acquisitions animant le marché de la santé". Ils sont donc amenés à partir à tout moment.

Autre élément : être raisonnable sur la valorisation attendue.

"Il faut être à la fois agressif et prudent sur ce sujet", estime le directeur financier de Cellectis, société spécialisée dans des traitements contre le cancer basés sur l'édition du génome, Eric Dutang.

Pour préparer son entrée en Bourse -survenue en mars 2015-, la biotech a rencontré le maximum d'investisseur "pour ressentir leurs appétences" pour la stratégie thérapeutique de la société française. Elle a également passé au crible le marché et les sociétés cotées aux États-Unis avec une stratégie thérapeutique proche, Juno Therapeutics et Kite pharma (racheté récemment par Gilead), notamment.

"Avoir des comparables, si possibles à tout stade développement, peut aider à mesurer l'offre et intéresser investisseurs", abonde Franck Sebag analyste chez EY.

Plus de rigueur demandée qu'une introduction sur Euronext

Pour les sociétés ayant connu une cotation sur le marché boursier français (la plupart des cas de biotech et medtech françaises souhaitant être cotées aux États-Unis), la procédure de cotation au Nasdaq sera bien plus complexe, avancent les analystes.

"Elle est plus exigeante et nécessite une préparation approfondie. Il faut mettre en place une culture d'entreprise" et savoir faire face "à une pression réglementaire réelle.", lance Franck Sebag.

"Il faut se préparer au moins un an à l'avance avant de se coter au Nasdaq, contre quatre à six mois pour Euronext en France", abonde Linda Hesse, spécialiste du droit boursier chez Jones Day.

Aux États-Unis, l'équipe dédiée à l'opération doit être plus élargie. Elle comprend des banquiers d'affaires pour convaincre des investisseurs, des comptables et surtout plusieurs avocats.

"Il doit y en avoir beaucoup plus que pour une introduction en France", assure-t-elle. Une sécurité nécessaire dans un contexte particulièrement procédurier.

"Il faut être sûr que les administrateurs et dirigeants de la biotech aient de bonnes assurances pour faire face à des contentieux", explique Linda Hesse.

Des informations erronées ou manquantes dans le prospectus (document financier donnant des données sur l'entreprise, ses instruments financiers, dans le cadre d'une introduction en Bourse, NDLR) peuvent poser problème rapidement outre-Atlantique.

"Des cabinets d'avocats utilisent des algorithmes pour vérifier si tout est en règle. Dans le cas contraire, ils peuvent porter plainte contre les sociétés pour essayer de gagner de l'argent. Et outre la biotech, ses dirigeants peuvent aussi être tenus responsables personnellement de ces manquements ajoute-t-elle."

S'attendre à des coûts importants

Si une introduction au Nasdaq peut rapporter gros, sa préparation peut aussi coûter une somme non négligeable. Eric Dutang évoque le cas de Calyxt, filiale de la biotech spécialisée dans l'édition du génome des plantes.Elle a levé 64,4 millions de dollars lors de son introduction en juillet 2017. En parallèle, "le coût introduction de Calyxt au Nasdaq a grimpé à 3 millions d'euros hors rémunération des banques", détaille-t-il.

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